serge gainsbourg le mot exact
"Serge Gainsbourg. Le mot exact" : une grande exposition à découvrir au Centre Pompidou à partir du 25 janvier (ULF ANDERSEN / AFP)

Exposition « Serge Gainsbourg. Le mot exact » . Avec plus de 500 textes de chansons pour lui et tant d’autres, « l’homme à la tête de chou » a édifié une œuvre considérable. Même s’il tenait la chanson pour « un art mineur », il sera, trente-deux ans après sa disparition, le sujet principal et unique d’une grande exposition au Centre Pompidou à Paris, à partir du 25 janvier 2023. On y court !


« Serge Gainsbourg. Le mot exact » : un maître dans l’art d’utiliser la langue française… et d’en jouer 


serge gainsbourg le mot exact
« Serge Gainsbourg. Le mot exact » : affiche de l’exposition à voir au Centre Pompidou

Longtemps, jusqu’à ses 30 ans, il était convaincu que la peinture constituait sa raison artistique. Un jour, il confia : « Mes premières évasions, je les dois aux contes : Perrault, Grimm, Andersen, puis Kipling et Fenimore Cooper. J’ai pleuré aux dernières pages du « Dernier des Mohicans », paru en 1826. Chez les Russes, c’est Gorki que je préfère. Très hard. J’ai rencontré Rimbaud, Baudelaire et Edgar Allan Poe au moment où j’attaquais ma formation de peintre… »

Tenu pour le « prince des arts mineurs », devenu pendant quatre décennies l’un des acteurs principaux de la chanson d’en France, Serge Gainsbourg (2 avril 1928- 2 mars 1991) a écrit au fil de sa vie plus de cinq cents textes et aussi un roman, « Evguénie Sokolov » paru en 1980 chez Gallimard.

En 2019 dans « Le Gainsbook » (Editions Seghers), Sébastien Merlet écrivait : « Là où d’autres artistes, chanteurs, auteurs, compositeurs, construisent et entretiennent une carrière, Serge Gainsbourg a bâti une œuvre. Méthodiquement. Mieux que quiconque, il incarne l’âge d’or de la chanson française : sa production épouse les contours de la plus foisonnante période de l’industrie du disque. Considérable par sa richesse et son ouverture à de nombreux genres musicaux, par la diversité de ses interprètes, par ses incursions dans le cinéma, la télévision et la publicité, l’œuvre de Serge Gainsbourg est unique et demeure toujours moderne plus de trente ans après la mort de l’artiste, reconnue et célébrée en France comme à l’étranger ».

Aussi inspiré que roi de l’esbrouffe, il va donc être la star de « Serge Gainsbourg. Le mot exact », une exposition toute à lui consacrée en cette année nouvelle 2023 du 25 janvier au 8 mai, montée par la Bibliothèque publique d’information au Centre Pompidou à Paris. Pendant près de quatre mois, sous le commissariat général de Monika Prochniewicz et Caroline Raynaud, objectif envisagé : « redorer le blason littéraire de Gainsbourg ».



Trop souvent cantonné à sa caricature (un peu pitoyable) de « Gainsbarre » (confession en 1983 : « Un jour, j’ai mis un masque sur mon visage et je n’arrive plus à l’enlever… ») et d’homme à femmes (très jeunes pour nombre d’entre elles), l’esthète ambivalent, « l’homme à la tête de chou » se contentait de paraître. Maniant la vulgarité et la grossièreté à loisir, en en faisant son fonds de commerce.

Est-ce volontairement qu’en public, il cachait son paysage littéraire ? Faut-il rappeler qu’au début de sa carrière, alors crooner de piano-bar dans les casinos de villes côtières (Le Touquet, Deauville,…) et dans les cabarets parisiens, il adapta Victor Hugo et Gérard de Nerval et reprit même, en son intégralité, « Le serpent qui danse » de Charles Baudelaire- n’hésitant pas à confier : « Tous mes textes ne sont que des collures. Je n’ai pas d’idées»

Pourtant, parolier, scénariste et romancier, Gainsbourg était obsédé, dans son travail, par la quête du mot exact- ce que veut prouver et rappeler l’exposition de la BPI / Centre Pompidou.

Ainsi, les commissaires ont pensé l’événement en trois parties : la bibliothèque de Serge Gainsbourg, ses influences littéraires et le « style Gainsbourg » en tant que parolier.

Dans sa maison de la rue de Verneuil dans le 7ème arrondissement parisien, la bibliothèque dans le bureau c’est un paysage littéraire hétéroclite, les livres remplissent les étagères, des auteur.e.s ami.e.s lui ont offert des dédicaces…

Dans l’espace suivant de l’expo, gros plan sur les influences littéraires du maître des lieux. C’est là qu’a été façonné son personnage d’artiste, jusqu’à en créer un double médiatique. C’est là également que sont amassés de nombreux objets personnels exposés (cannes, parfums, gants…), ainsi que ses “petits papiers”, cartes de fidélité de restaurants, de boîtes de nuit ou de boutiques de luxe- tous éléments de la légende « gainsbourgienne » et témoins de la construction minutieuse du personnage…

Enfin, dernière partie de l’exposition : le « style Gainsbourg » en tant que parolier. Gainsbourg, c’est plus de cinq cents chansons- pour lui, pour les autres parmi lesquel.le.s Jane Birkin, Bambou, Brigitte Bardot, Juliette Gréco, Anna Karina, France Gall, Vanessa Paradis, Alain Chamfort, Etienne Daho, Julien Clerc ou encore Alain Bashung…

Son travail d’écriture parait alors bien plus précis que Gainsbourg l’affirmait, présentant la chanson comme « un art mineur ne demandant pas d’initiation, contrairement à la peinture »– trois chansons en sont une preuve évidente : « Attends ou va-t-en » avec France Gall, « Sous le soleil » avec Anna Karina et « Alice hélas » avec Catherine Deneuve. Et, pour la première fois, sont présentées au public les paroles manuscrites et les partitions de « L’Anamour », « Ford Mustang » et « L’enfant qui dort », toutes trois écrites en 1968.

Au début, donc, est le mot. Gainsbourg confiera ne pas travailler sur l’expérience émotionnelle mais sur la matière sonore. Le mot exact, puis le manipuler, en surgissent des formules. Gainsbourg sur sa méthode : « Je pars du titre. Puis, ce titre me donne le poème qui m’apporte, par le découpage de la versification, la structure musicale de la mélodie. En somme, dès que j’ai trouvé le titre, la chanson est pratiquement terminée ».

Rimes complexes et/ou acrobatiques, anglicismes, onomatopées, formules courtes et percutantes mixés à des sons venus d’ailleurs, le jazz, les percussions, le reggae… Gainsbourg en quête du mot exact, c’est aussi et surtout un patchwork bigarré réalisé par un maître dans l’art d’utiliser la langue française… et d’en jouer !

Serge Bressan

  • A voir : « Serge Gainsbourg. Le mot exact ». Bibliothèque publique d’information / Centre Pompidou, Place Georges-Pompidou, 75 004 Paris. Du 25 janvier au 8 mai 2023. Entrée libre. Lundi, mercredi, jeudi, vendredi, 12h – 22h. Samedi, dimanche, jours fériés, 10h – 22h. Fermeture les mardis. Plus d’infos : www.bpi.fr
  • A lire : « Serge Gainsbourg- Écrire, s’écrire » de Pierre-Julien Brunet. Presses universitaires de Rennes (coll. Epures), 128 pages, 9,90 €. Parution : 5 janvier 2023.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Laissez un commentaires
Merci d'entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.