suzane album toÏ toÏ
La chanteuse Suzane sera au Trianon le 26 mars et le 1er décembre à l'Olympia (c) Liswaya

INTERVIEW. Après plus de 200 concerts en 2019, en France et à l’étranger, une nomination aux Victoires de la musique dans la catégorie “Révélation scène”, la chanteuse Suzane sort son premier album “Toï Toï”. Un disque aux mélodies addictives, entre chanson réaliste façon Piaf et boucles électro à la Stromae.

Suzane: “Monter sur scène, pouvoir écrire des chansons comme je le fais et donner toute ma vie à la musique, c’est ce que j’ai toujours souhaité. J’ai une détermination à toute épreuve et j’ai beaucoup de doutes. Je me lève le matin et je me demande combien de temps cette vie va durer”

Elle s’est produite sur les plus grandes scènes en France, en Chine, au Japon, mais on ne la connaît pas encore vraiment. Suzane est presque arrivée par effraction dans le paysage musical: “je suis entrée sans frapper” sourit la chanteuse. Un an après la sortie de son EP, plus de deux cents concerts et 15 millions de streams, elle est aujourd’hui l’une des artistes les plus en vue de la scène  francophone, que le grand public va découvrir lors des Victoires de la musique le 14 février, où elle est nommée dans la catégorie “Révélation scène”.

Originaire d’Avignon, Océane Colom, alias Suzane est venue à Paris pour vivre son rêve de devenir chanteuse. Sans aucune connaissance dans le métier, elle a d’abord été serveuse dans un restaurant du 20ème arrondissement. C’est là que sont nées ses premières chansons, dont “Suzane“, où elle parle de chanter un jour à l’Olympia. Elle s’y produira en décembre. Un vrai conte de fée pour l’artiste que l’on verra également au Trianon en mars, avant une série de concerts dans les festivals cet été.

Un succès aujourd’hui couronné par la sortie d’un premier opus au titre ludique “Toï Toï”, “une expression allemande qui veut dire bonne chance, très utilisée dans les arts de la scène.” confie-t-elle. Un album à l’efficacité redoutable, composé de mélodies addictives, entre chanson réaliste façon Piaf et boucles électro à la Stromae. Le tout accompagné de mots tendus inspirés de l’époque, où elle évoque la pollution de la planète plutôt “flippante” (“Il est où le SAV ?”), le harcèlement sexuel (“SLT”), notre dépendance aux réseaux sociaux et aux smartphones (“Monsieur Pomme”), l’homosexualité féminine (“Anouchka”) ou l’homophobie (“P’tit gars”). Suzane ne veut pas être un feu de paille, mais durer le plus longtemps possible pour continuer “à écrire des chansons toute ma vie.” Elle est bien partie pour cela.

En un an, vous êtes passée de l’anonymat à la lumière avec plus de 200 concerts en France et à l’étranger. Dans vos rêves les plus secrets, pouviez-vous imaginer un tel parcours?

Suzane : On peut le rêver le fantasmer, mais quand on le vit réellement, c’est vraiment quelque chose. J’ai vécu cette année de grands moments de bonheur hyper intenses, mais en même temps, j’ai connu de grands tracs. Les deux vont ensemble. On ne peut pas profiter de belles victoires sans avoir peur. Monter sur scène, pouvoir écrire des chansons comme je le fais et donner toute ma vie à la musique, c’est ce que j’ai toujours souhaité. C’est ce qui me nourrit et aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est un mode de vie qui m’oblige. J’ai une détermination à toute épreuve et j’ai beaucoup de doutes. Je me lève le matin et je me demande combien de temps cette vie va durer.

Vous avez fait des centaines de déplacements en train, voiture, bus, avion… comment parvenez-vous à gérer la fatigue ?

Suzane : Je suis en train de découvrir la vie de tournée. J’ai fait quelques salles avant, mais c’était dans un autre contexte. J’étais danseuse classique, cela n’a rien à voir. On ne tournait pas comme ça. C’est vrai que voyager en train toute la journée, prendre des avions, se déplacer tout le temps, c’est une chose à laquelle il faut s’habituer. Il y a des jours où j’arrive dans la salle où je n’ai plus aucune énergie. C’est fou, mais c’est vraiment la musique qui me réveille. Dès que je monte sur scène, il suffit juste que j’entende les premières notes pour me sentir remplie d’une énergie folle.

A propos de la scène, vous dites “j’ai pris l’espace, c’était comme un combat”. Le risque n’est-il pas de perdre son innocence quand on doit constamment se bagarrer pour s’imposer?

Suzane : Je me bagarre dans le sens où on m’a tellement dit que je ne pouvais pas faire ce métier, que ce n’était que du fantasme… J’ai toujours trouvé que les adultes qui me disaient cela avaient perdu cette insouciance et ce truc de se dire “je vais pouvoir tout faire, je suis libre”. C’est mon combat depuis toujours. Je pense que je ne perdrai pas l’envie de vouloir me battre, de monter sur scène pour montrer justement que cette insouciance était importante à garder. J’ai eu un père sportif qui pratiquait la boxe. Il m’a appris à aller chercher les choses. Mais je me bats aussi contre mes angoisses. Avant de monter sur scène, je ne me dis pas que je vais y arriver. J’ai un énorme trac. Parfois je me demande ce que je fais là. C’est la peur qui m’envoie sur scène.

De quoi avez-vous peur ?

Suzane : De l’échec, qui souvent dans ma vie personnelle, m’a paralysée. J’ai arrêté ma scolarité juste avant de passer mon BAC. J’avais eu de super notes en français mais au moment de l’examen, je n’y suis pas allée. La musique est la seule chose qui ne m’empêche pas d’affronter ma peur.

Suzane: “J’ai compris que la compétition c’était juste avec moi-même. Je suis dans ma course. Si ça se passe bien pour les autres, tant mieux. Moi, mon but c’est d’arriver au bout de ce que je veux faire en cherchant à m’améliorer”  

Vous souvenez-vous du moment où vous avez eu envie d’écrire vos premières chansons ?

Suzane : J’étais attirée par les mots. La première fois que j’ai compris qu’ils pouvaient rimer c’était en CM1 avec Mme Denieul qui nous parlait de Jean de La Fontaine, dont j’aimais les histoires, avec une morale. J’écrivais des petites rimes. J’aimais le français, faire des dissertations. Mais c’était encore très scolaire. Je le faisais uniquement quand on me le demandait. Jusqu’au jour où c’est devenu une urgence. J’avais 23-24 ans. Je venais d’arriver à Paris. Là, j’ai senti que c’était le bon moment.

Votre regard est souvent juste. A l’image de “Monsieur Pomme “ (Apple) qui parle de notre dépendance aux réseaux sociaux et aux smartphones…

Suzane : J’utilise moi-même les réseaux sociaux pour faire connaître ma musique et communiquer avec les gens qui m’ont vue en concert. Après, il ne faut pas en être esclave. Je pense que cela peut développer beaucoup de névroses dans le sens où on va regarder constamment ailleurs. Cela donne le sentiment que la vie des autres est plus belle que la nôtre et je trouve ça dommage. Il faut faire très attention à ça.

Dans le métier, ressentez-vous le sentiment de concurrence entre artistes ?

Suzane : C’est quelque chose que j’ai connu dans le milieu de la danse, où on n’a pas vraiment de copines. On est amies en surface. Mais le jour où il faut “caster” pour avoir le premier rôle, il n’y a plus de “ma chérie”qui tienne. Il y a beaucoup de compétition et ça m’a usée. Jusqu’au jour où j’ai compris que la compétition c’était juste avec moi-même. Je suis dans ma course. Si ça se passe bien pour les autres, tant mieux. Moi, mon but c’est d’arriver au bout de ce que je veux faire en cherchant à m’améliorer.

Il y a une chanson très émouvante “P’tit gars” qui aborde le thème de l’homosexualité et de l’homophobie. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire sur ce sujet?

Suzane: Je suis sensible à ce thème parce que je l’ai vécu. J’ai eu la chance d’avoir une famille très ouverte qui a vite compris que j’étais comme ça, que ce n’était pas un choix. J’ai voulu parler de ce truc de se sentir enfermé et de se dire “comment je vais pouvoir l’annoncer à mes proches ?” J’avais envie d’écrire cette chanson pour que la personne concernée se sente un peu moins seule. Moi, je ne l’ai pas vécu aussi violemment que certains amis, mais j’ai ressenti le rejet. Dans ma chanson “Anouchka” , je parle du fait de pouvoir être soi-même. Avec “P’tit gars” j’évoque ce sentiment terrible du rejet par sa propre famille.

Pensez-vous qu’on ait avancé dans la lutte contre le harcèlement sexuel, dont vous parlez dans la chanson “SLT”, que vous avez écrite il y a quatre ans?

Suzane : Le fait déjà d’en parler c’est qu’on avance. J’ai l’impression que la parole se libère. Les femmes manifestent, prennent la parole et les garçons sont souvent avec nous. Je trouve ça très bien. C’est un combat qu’on mène tous ensemble. Dans ma vie de femme, j’ai vécu ces choses-là. Dans ma vie professionnelle, ça m’est arrivé d’avoir un supérieur qui joue de sa hiérarchie. On a tendance à dire que le harcèlement est un sujet de la société actuelle. Il existe depuis la nuit des temps, sauf qu’on n’en parlait pas. Ce n’est pas une histoire d’hystérie ou de féminisme extrême.

A présent, quel est votre idéal ?

Suzane : Après l’album, je vais partir en tournée, faire des festivals. J’ai un concert à l’Olympia prévu en décembre, l’Olympia que je rêvais de faire, dont je parle dans ma chanson “Suzane”. Je l’ai écrite il y a quatre ans, dans ce restaurant du 20ème arrondissement de Paris, où je travaillais. Là, on l’ouvre à mon nom, c’est incroyable. J’ai envie de profiter de ce moment et de le partager avec tous ces gens qui ont écrit l’histoire avec moi.

Quelle impression cela vous fait d’être nommée aux Victoires de la musique dans la catégorie “Révélation scène” aux côtés de Hoshi et Aloïse Sauvage ?

Suzane : Le jour où j’ai appris que j’étais nommée, je n’avais plus de mots. Je suis contente que l’on soit trois filles. Ma mère m’en a beaucoup voulu de ne pas avoir passé mon BAC. Aujourd’hui, les Victoires c’est une reconnaissance. Cela me conforte dans l’idée qu’il faut écouter son for intérieur et croire à son instinct pour parvenir à ses rêves.

Entretien réalisé par Victor Hache

  • Album “Toï Toï”, 3ème Bureau/Wagram music. Concerts le 26 mars au Trianon , 80 Bd Rochechouart 75018 Paris et le 1er décembre à l’Olympia , 28 Bd des Capucines 75009 Paris.

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