dimanche, août 19, 2018

Asaf Avidan consumé par un blues intérieur

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Asaf Avidan pour son album The Study on FallingAsaf1

Album The Study on Falling d’Asaf Avidan par Victor Hache. Le songwriter à l’émouvante voix androgyne revient avec The Study on Falling. Un album aux envoûtantes ambiances folk-rock americana.

 

Asaf Avidan n’aime pas les faux sentiments. À chaque album, il donne tout comme si sa vie en dépendait. Enregistré à Los Angeles, avec la complicité de Mark Howard (réalisateur, entre autres enregistrements, de l’album de Bob Dylan, Time Out of Mind), son troisième opus solo, The Study on Falling, n’échappe pas à la règle, mettant en lumière l’idée de chute ressentie après un échec amoureux : « Gold Shadow, mon précédent album, avait été écrit à la suite d’une rupture sentimentale où j’étais dans une relation monogame. Après, j’ai rencontré une femme qui m’a initié à une autre forme de relation reposant sur le concept de “polyamour”. »

Un thème qui a nourri l’imaginaire du chanteur originaire de Tel-Aviv, dont il a fait une très belle chanson, Green and Blue, évoquant un triangle amoureux : « Au début, je ne pensais plus pouvoir écrire, confie-t-il. Je n’ai plus touché de guitare pendant un an tellement j’étais brisé. Je me disais : “J’ai 37 ans et je vis toujours la même chose !” La première chanson que j’ai écrite a été The study on Falling. Tout le reste de l’album est basé sur cet espoir d’une relation durable de ce polyamour. »

Un univers imprégné de mélancolie

On se souvient de ses débuts en France, en 2011, où, accompagné de son groupe The Mojos, Asaf Avidan avait fait sensation auprès du public du Printemps de Bourges, scotché par sa voix androgyne haut perchée. Un timbre particulier qui transperce et rend ses chansons si poignantes : « J’aime utiliser ma voix, mais je n’aime pas l’écouter. Cela me surprend toujours que les gens se laissent pénétrer par elle. J’aurais aimé avoir le timbre de Leonard Cohen, de Nina Simone ou de Johnny Cash, qui véhiculent tant d’émotions à travers leur voix. J’espère que, d’ici quelques années, je n’aurai plus recours à un certain maniérisme, de façon à être encore plus profond dans mon interprétation. Pour l’instant, j’ai tellement d’émotions en moi que j’ai presque besoin de les crier. »

La musique ? Elle le consume entièrement : « Tous les jours, j’absorbe des émotions que j’essaie de traduire en chansons, ça me permet de trouver mon équilibre. Je crois que toutes les générations ont besoin d’artistes comme Dylan, Cohen ou Tom Waits. Je ne me compare pas à eux, mais cela me donne envie de transmettre mon art en espérant qu’il ressorte de ma musique quelque chose de digne et de sincère. »

Un univers imprégné d’une mélancolie encore plus présente ici, comme si le chanteur était progressivement plus habité par un blues intérieur : « Je réalise que c’est de pire en pire et que je suis de plus en plus mélancolique, sourit-il. En fait, je crois que tous les gens qui sont dans la culture – philosophes, auteurs, artistes – se posent sans cesse des questions et s’interrogent sur le monde.

Je viens de l’image, du cinéma, de l’animation. Pendant dix ans, ça a été une grande partie de ma vie. Je ne fais pas de différence entre toutes ces formes artistiques. Dans ma musique, je fais en sorte que ce soit abstrait, mais pas trop non plus pour qu’on puisse s’identifier. Je m’aperçois que cela résonne de façon différente chez les gens. J’aime ce sentiment. »

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Un registre envoûtant teinté de spleen et de folk-rock americana qui lui donne encore plus d’épaisseur. À découvrir à l’Olympia, où il jouera les 16 et 17 novembre, non pas en solo comme on l’a vu à l’Opéra Garnier en mars, entre guitare et machines, mais en formule groupe : « J’aime alterner. Cela me permet de m’exprimer différemment, mais j’ai besoin aussi de me produire en solo. C’est comme si j’étais sur mon divan et que le public était mon psychologue ! (rires). Il y a un côté très confessionnel à se présenter comme ça face aux gens. »

Album The Study on Falling (Polydor/Universal). Tournée jusqu’au 9 avril et concerts à l’Olympia (Paris 9e), les 16 et 17 novembre.

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