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Tiago Rodrigues sera le prochain directeur du Festival d'Avignon à partir de 2023. © Filipe Ferreira

Interview. Prochain directeur du Festival d’Avignon, le dramaturge et metteur en scène portugais Tiago Rodrigues est en résidence cette semaine à Vannes (Morbihan). Il y présentera samedi 11 septembre en avant-première sa création «Chœur des amants» au théâtre «Scènes du Golfe», avant une autre de ses pièces «Dans la mesure de l’impossible», en mai. L’occasion pour We Culte de lui parler de son rapport au théâtre et de son regard sur Avignon, l’un des plus grands événements théâtral d’Europe, dont il prendra la direction dès juillet 2023.


Tiago Rodrigues : «Le Festival d’Avignon, c’est l’aventure d’une vie»


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Alma Palacios et David Geselson dans « Chœur des Amants » ©Filipe Ferreira

Pouvez-vous nous parler du «Chœur des amants», dont vous allez présenter la répétition générale à «Scènes du Golfe» samedi ?

Tiago Rodrigues : Il y a un côté chorale dans cette pièce qui parle d’espoir, de désespoir et de situation limite, face aux situations de danger qu’on va vécu, de souffrance et de presque mort, de peur. Et de quelle façon les mots nous permettent de rester à la frontière. Il  y a une recherche de comment préserver l’amour dans son couple et de son rapport au monde. C’est une pièce qui parle du manque de temps. On traite le texte comme un musicien ou un chanteur, même s’il n’y a pas de mélodie. Il n’y a que le rythme de la parole. La première scène, la première chanson raconte l’histoire d’un couple en manque d’air, asthmatique, qui va à l’hôpital, ignorant comment les choses vont se passer. Une histoire très courte dite par deux voix qui a été ma première pièce pour le théâtre, que j’ai commencé à écrire en 2006. Je voulais faire le parallèle entre le vécu de couple fictionnel et comment mon regard ou mon écriture pour le théâtre a pu changer. C’est une pièce très courte (45 minutes) mais remplie de paroles dites à une vitesse vertigineuse. On aurait dû faire la première en octobre au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris et il y a eu le confinement, les fermetures de théâtre, on a dû reporter. On avait besoin de retravailler les choses, ce que nous a permis de faire « Scènes du Golfe », qui a nous a accueillis très généreusement en résidence pendant une semaine. On a pu bénéficier ce cet outil merveilleux qu’est ce théâtre, de cette équipe et revenir sur le travail fait et le finir ici.

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Tiago Rodrigues © Filipe Ferreira

Quel est le sujet de votre autre spectacle « Dans la mesure de l’impossible », que l’on verra à Vannes en mai?

Tiago Rodrigues :  C’est une création qui s’inspire de témoignages que je suis en train de recueillir, de personnes de différentes nationalités qui travaillent dans l’aide humanitaire, au sein de la Croix-Rouge ou de Médecins Sans Frontières (MSF). C’est une pièce ancrée sur la question de la distance. C’est l’histoire vécue par quatre travailleurs en aide humanitaire, dans des versions très différentes et comment ils ressentent la souffrance de l’autre quand ils sont à deux mètres d’un conflit de guerre avec des milliers d’enfants qui n’ont pas à manger, ou à 20 000 km. Qu’est-ce qui change là ? Ils parlent beaucoup de ces deux mondes, celui où on manque d’eau pour les enfants qui sont à l’hôpital et celui, où à Genève par exemple, il y a sur une étagère, 40 vernis pour les ongles. C’est l’expérience de cet espace d’urgence, émergence, pauvreté et celui de l’abondance. Je trouve que cela nous en raconte énormément sur la planète, la division des ressources et comment l’espèce humaine, nos corps, nos cerveaux, se sont adaptés à la possibilité d’un univers d’inégalités énormes.

Vous serez le prochain directeur du Festival d’Avignon à partir de 2023. Comment vivez-vous le fait d’être le premier metteur en scène étranger à diriger un tel événement?

Tiago Rodrigues : C’est un honneur et un signe d’espoir. J’ai un rapport à la France depuis 20 ans, en termes professionnels, très fort. C’est un pays, où beaucoup de théâtres m’ont soutenu, accompagné très tôt. La première fois en 2001, comme comédien au Théâtre Garonne à Toulouse et au Théâtre de La Bastille à Paris et après avec mes propres créations et textes. Pour moi, c’est l’idée d’émigrer que j’accepte pour la première fois de ma vie. J’ai toujours refusé les opportunités qui ont surgit avant. C’est pour moi le symptôme d’une société française ouverte, diverse, curieuse de l’autre. Etant choisi en tant  qu’étranger pour diriger le Festival d’Avignon, je m’inscris dans la liste de ceux, qui veulent continuer tous les jours à enrichir, à solidifier ce côté divers, démocratique de la société française. J’y vois une responsabilité qui ne vient pas par la nomination, mais que j’accepte parce que je la ressens.

Est-ce à dire que vous souhaitez ouvrir la programmation d’Avignon vers plus d’international ?

Tiago Rodrigues : Cela fera partie de ce que sera le festival à partir de 2023. Parce que c’est quelque chose qui est déjà très présent à Avignon, avec cette ouverture, curiosité de plonger dans d’autres mondes artistiques, d’autres géographies. Cela fait partie de ma personnalité d’artiste qui va, non pas dominer, mais contribuer à ce que sera le projet du festival. Mais surtout, parce que notre époque l’exige après une pandémie qui a récupéré par nécessité et impératif, les idées de frontière, de nationalité, de contrôle de mobilité, de circulation et liberté de citoyens. Il est très important, d’une façon sensible, toujours naturellement en faisant confiance et à la science et au besoin de santé des gens, de revenir aux raisons fondamentales de pouvoir marcher sans être arrêté entre France et Bosnie, Norvège ou Portugal. Je parle seulement du continent européen, parce qu’il y a une construction européenne, mais je pourrais parler de la planète. Je pense qu’il faut revenir sur ces raisons qui sont profondément humanistes, pacifistes, culturelles, artistiques. On vit un temps où on doit énormément s’intéresser à l’autre qui est tellement proche de nous, même s’il est à des milliers de kilomètres.


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Tiago Rodriigues. © Filipe Ferreira

Avez-vous une idée des spectacles et des metteurs en scène que vous aimeriez voir jouer dans la cour d’honneur D’Avignon en 2023 ?

Tiago Rodrigues : Oui (rires). Je vous donne des pistes. Je pense que c’est très important de soutenir le Festival d’Avignon dans ce qu’il est à présent. Cela veut dire que je ne vais pas, par choix, discuter des détails du projet, ni  des artistes, ni des spectacles et surtout des lignes de travail très spécifiques que nous allons développer à partir de 2023. Je ne vais pas en parler publiquement parce que, je suis déjà énormément curieux pour le festival 2022, que je veux vivre pleinement comme spectateur spécial, en étant bien sûr proche de l’équipe. Après ce qu’on a vécu, il faut comprendre à quel point les changements du monde, doivent nous faire penser deux fois, avant de parler d’un projet qu’on va développer dans cinq ans. On doit récupérer la capacité d’imaginer l’avenir, mais on doit aussi profiter du présent. On vit la préparation de l’édition 2022, que je soutiens. J’ai un rapport très chaleureux avec la direction et toute l’équipe. Je pense que le plus important maintenant, c’est l’écoute. Jusqu’à septembre 2022, ma meilleure contribution, c’est d’apprendre, d’observer et surtout à me mettre au service du projet. Je n’ai jamais pensé que je travaillerais un jour à Avignon. C’est l’aventure d’une vie, je vais la vivre ! (rires).

C’est impressionnant ?

Tiago Rodrigues : Bien sûr que c’est écrasant et en même temps très inspirant et léger. L’histoire d’Avignon est proportionnelle à son exigence, mais heureusement aussi à l’exercice de la liberté, de la créativité et de l’invention du festival. C’est très rare dans le monde de se dire que le lieu où on a le plus de visibilité, d’histoire, de tradition, c’est aussi celui où il y a le plus de liberté, de risque, d’invention. C’est déjà là au Festival d’Avignon, je suis invité à le vivre. Il y aura des moments d’angoisses, d’inquiétudes, de critiques, d’erreurs, je sus prêt à vivre ça aussi. Ce qui est passionnant c’est aussi de pouvoir imaginer aujourd’hui le festival d’Avignon, en sachant qu’il y a toute cette histoire, mais il y a également une dimension page blanche à chaque édition qui est merveilleuse.

Entretien réalisé par Victor Hache

  • A voir : «Chœur des amants», samedi 11 septembre, 20 :00, Scènes du Golfe Palais des Arts, place de Bretagne de Vannes (Morbihan).

Pratique

  • « Scènes du Golfe » met à disposition 150 places gratuites pour la pièce Chœur des Amants. Réservation conseillée :

→ Par internet sur www.scenesdugolfe.com/Billetterie à l’unité :

Identifiez-vous avec votre adresse mail (ou en créant votre compte, s’il s’agit de votre première visite), puis indiquez le code promo TR2021, en bas à gauche de la page. Attention, même s’il s’agit d’invitations, cliquez néanmoins sur « valider et payer » puis sur « payer le solde » pour valider vos invitations jusqu’à réception du mail de confirmation de commande (aucune coordonnée de carte bancaire ne vous sera demandée).

 Au guichet : vendredi de 9h à 12h30 à la Lucarne et de 13h30 à 18h au Palais des Arts. Les places peuvent aussi être réservées le soir-même du spectacle, dès 19h au guichet du Palais des Arts.


 

 

 

 

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