marie darrieussecq
Marie Darrieussecq. Yann Diener/P.O.L

LIVRE. L’écrivaine Marie Darrieussecq signe avec “La Mer à l’envers” un livre nécessaire. Face aux déplacements des réfugiés, elle interroge une modernité protégée et insouciante. Sous les pas de Younès surgit l’urgence de survivre.

Avec nuances, Marie Darrieussecq dans “La mer à l’envers” met en scène l’idée du déplacement, du mouvement d’un monde en migration. Un livre nécessaire

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“La Mer à l’envers” Marie Darrieussecq – P.O.L, 247 pages, 18,50 euros

Le quotidien déborde et les cartes des certitudes sont rebattues. 4 heures du matin. La veille de Noël. Un bruit de chaîne. Un paquebot de croisière sur la Méditerranée. Des hommes, des femmes, des adolescents dérivent en pleine mer. Le sauvetage. Réchauffer les corps. 150 migrants d’Afrique de l’Ouest, une dizaines de Soudanais, quelques Érythréens, deux Vietnamiens. Enjamber un mort. Un épisode tragiquement banal qui anime les colonnes des journaux et les images des écrans devient pour Rose un moment de basculement. L’étendue d’eau, moyen de transport luxueux pour les croisiéristes, est l’envers d’un décor synonyme de danger et de mort. Face à cet événement, en psychologue professionnelle, elle se retrouve prise entre le faire, aider et l’impuissance. Etre soi vivant, comment agir devant la souffrance humaine ?

Dès les premières minutes, son regard s’arrête sur un jeune garçon, elle lui donne des vêtements de son fils et son téléphone portable. Objet encore une fois des plus ordinaires, Marie Darrieussecq le transforme en objet romanesque, un fil d’Ariane reliant Rose/Pénélope à un Younès/Ulysse perdu et sauvé des flots. Plus tard, il lui racontera son histoire, son périple, son chemin de croix : le départ du Niger, les passeurs, l’enfer et la violence de Tripoli en Libye. Entre-temps, cette femme d’aujourd’hui – avec un nom, papiers d’identité, adresse, situation sociale – va bouleverser sa vie. Elle remet en cause son confort, l’insouciance d’avoir un toit, d’habiter, d’occuper un lieu, un appartement, les questions élémentaires de survie, se protéger du vent, de la pluie, du froid, combler la faim et la soif en suivant Younès jusqu’à un camp de réfugiés sous le pont Charles-de-Gaulle à Paris, “médiéval et maintenant”. Encrage de la narration, son mari, agent immobilier, vend du rêve, posséder sa propre maison, un refuge, être à l’abri. Avec nuances, l’auteure dans “La mer à l’envers” met en scène l’idée du déplacement, du mouvement d’un monde en migration.

Mais d’un continent à l’autre, les désirs de partances ne sont pas mus par les mêmes impératifs : pour Younès, vivre l’urgence, l’inquiétude, quitter l’un des pays les plus pauvres de la planète ; pour Rose, le privilège de déménager pour retrouver le Pays basque, ses origines. Tous deux sont en quête d’une place à soi.
A un appel désespéré du migrant, Rose court le chercher à Calais, “devenu un signifiant, le nom même de l’obstacle”. “Il tombe en morceaux”, un semblant d’humain après plusieurs tentatives manquées pour rejoindre l’Angleterre. Chevilles brisées. Le conduit chez elle à Clèves. Le remet sur pieds. Dans une scène onirique, arrêtée dans le temps, elle va écouter ses maux, poser ses mains sur ses meurtrissures, porter le corps de l’adolescent et lui insuffler, lui communiquer la force de résistance.

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Avec “La Mer à l’envers”, Marie Darrieussecq signe un livre nécessaire. Les cadavres d’êtres humains qui jonchent les abysses de la Méditerranées, les enfants agonisant sur les plages souillent la responsabilité de L’Europe qui a fait le choix du renoncement limitant l’accueil de l’autre, le partage des langues, des savoirs et des cultures. La promesse d’un humanisme vivant.

Lire: Marlon Brando, dernier tango d’un géant du cinéma : https://www.weculte.com/litterature-2/livre-marlon-brando-dernier-tango-dun-geant-du-cinema/

 

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