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Tom Coraghessan Boyle. (Jean-François Paga/Opale)

Roman. Plus rock’n’roll que jamais, l’Américain T.C. Boyle publie son dix-septième roman, “Voir la lumière”. Une fois encore, il explore la marginalité. Et évoque Timothy Leary, apôtre du LSD et “pape du psychédélisme” dans les années 1960. Un texte éblouissant sur la grandeur et la décadence du LSD, un long poème empli d’ironie et de mélancolie.

Une fois encore, plus rock’n’roll que jamais avec “Voir la lumière”– son dix-septième roman, T.C. Boyle explore la marginalité américaine. C’est le grand roman du LSD et de l’invention du psychédélisme dans les années 1960. C’est certes un texte sur la grandeur et la décadence du LSD mais aussi et surtout un long poème empli d’ironie et de mélancolie sur la quête des paradis artificiels

couverture livre "voir la lumière"Un prélude sur une petite cinquantaine de pages, et nous voilà transportés en avril 1943 à Bâle, en Suisse dans les laboratoires de la firme Sandoz. Le professeur Albert Hofmann fait une mauvaise manipulation. Travaille sur un champignon parasite des grains (l’ergot), synthétise une molécule, le diéthyllysergamide, et est persuadé qu’il vient d’élaborer un médicament miracle– on lit les mots d’une de ses collaboratrices : “Était-ce du poison ? Était-ce immoral ? Un risque inacceptable ? Elle n’aurait su le dire mais toute la journée elle avait été dans tous ses états…” Herr Hofman délire, il prononce sans cesse un mot : ” lumière” et ses collègues ne sont pas en reste : “Ils avaient vu des lumières, des couleurs, ils avaient été la proie de synesthésie et de distorsions visuelles”. On enchaîne, premier chapitre de “Voir la lumière” de T.C. Boyle (auteur de “Water Music”– 1982, ” America”– prix Médicis étranger 1997, “Le Cercle des initiés”– 2005, ou encore “Les Terranautes”– 2018), on avance dans le temps, on se retrouve aux Etats-Unis et au Mexique. Avec la grande affaire des années 1960 : la libération des consciences en ingérant ce diéthyllysergamide, plus connu sous le nom de code LSD-25, devenu tout simplement LSD…

Un jeune étudiant en psychologie prénommé Fitz et son épouse Joanie assistent à Harvard aux séances menées par Timothy Leary, professeur et apôtre des drogues. C’est le temps de la croyance en une vision suprême, certains assurent même quasi divine. Un ” premier cercle”, professeur et étudiants, se retrouve dans un hôtel au Mexique puis dans un immense manoir de Millborook, dans l’Etat de New York- au programme, l’expérimentation de ce LSD. On augmente les doses, Timothy Leary n’est pas reste, c’est la libération des instincts et aussi de la jalousie et des excès sexuels. Il faudra bien l’admettre, Leary et ses compagnons et compagnes espéraient voir la lumière et peut-être aussi Lucy dans le ciel avec des diamants, ils n’ont connu que grandeur et décadence du LSD…

t.c boyleUne fois encore, plus rock’n’roll que jamais avec “Voir la lumière”– son dix-septième roman, T.C. Boyle explore la marginalité américaine. En se concentrant sur celle des années 1960, celle de l’”acid test” avec beatniks et hippies, il met ainsi à l’honneur Timothy Leary, professeur et poète, pour certains “le pape du psychédélisme, pour d’autres dont le président Richard Nixon “l’homme le plus dangereux du monde”. Plus que jamais à 71 ans, T.C. Boyle manie l’ironie, parfois même le sarcasme pour évoquer tout autant les délices que les périls des psychotropes dans un texte à la fois acide et hypnotique… Plus que jamais, l’écrivain américain maîtrise parfaitement la conduite de son roman pour conter l’épopée du LSD. Un roman qu’il mène sur un rythme haletant pour, par la grâce d’un flux étourdissant, faire cohabiter la séduction, la stupéfaction, l’effarement et aussi l’effarouchement. “Voir la lumière”, c’est le grand roman du LSD et de l’invention du psychédélisme dans les années 1960. C’est certes un texte sur la grandeur et la décadence du LSD mais aussi et surtout un long poème empli d’ironie et de mélancolie sur la quête des paradis artificiels. Ce qui fait, au final, un des meilleurs livres de T.C. Boyle. Si ce n’est le meilleur…

Texte Serge Bressan

  • “Voir la lumière” de T.C. Boyle. Traduit par Bernard Turle. Grasset, 498 pages, 24 €.

T.C. Boyle, la bio :

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T.C Boyle (c) Jamieson Fry

Né à Peekskill, Etat de New York (Etats-Unis) le 2 décembre 1948, T.C. Boyle (Tom Coraghessan Boyle, nom de plume de Thomas John Boyle) est un écrivain et romancier américain. A 17 ans, il change son deuxième prénom et opte pour Coraghessan- en souvenir de ses origines irlandaises. A 20 ans, il est licencié en histoire et en anglais à l’université de New York et, dans la foulée, intègre l’atelier d’écriture de l’université de l’Iowa, devient éditeur de fiction pour “The Iowa Review”. A 30 ans, il rejoint l’université de Californie comme professeur d’anglais. Quatre ans plus tard (1982), il publie son premier roman, “Water Music”– faux roman historique tout autant qu’aventure picaresque. Tout en conservant son poste d’enseignant à l’université de Californie du sud (USC), il enchaîne romans et recueils de nouvelles, ne craignant pas d’explorer tous les genres et toutes les formes. Parmi ses thèmes récurrents, l’écologie (“Un Ami de la Terre” ou encore “Après la peste”), les Etats-Unis et la société américaine de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle ou encore les problèmes de la société américaine contemporaine. Prix Médicis étranger 1997 pour “America”, il est considéré comme le romancier américain le plus rock’n’roll de sa génération– ce qu’il confirme avec “Voir la lumière”, son dix-septième et dernier roman en date.

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