Toutes les musiques de We Culte/Deep Purple. À 58 ans de carrière, les légendes britanniques du hard-rock Deep Purple signent leur 24e album studio. Porté par le guitariste Simon McBride et un Ian Gillan toujours aussi singulier, le quintette retrouve la fougue de ses grandes heures dans « Splat ! « un disque puissant, inventif et réjouissant : l’une de ses meilleures réalisations.
Deep Purple : « Splat ! » nous enseigne que le hard-rock peut traverser les décennies sans perdre son mordant. Une belle leçon de longévité.
Formé en 1968, Deep Purple appartient à cette aristocratie du rock britannique qui aux côtés de Led Zeppelin et Black Sabbath aura durablement façonné le son et l’imagerie du hard-rock.
Avec « Splat ! », son vingt-quatrième album studio, le groupe signe l’une de ses meilleures réalisations. Treize nouveaux titres, une cinquantaine de minutes de musique et une énergie qui ferait pâlir bien des formations de la nouvelle génération.
Dès la première écoute, un souffle nouveau traverse cet album tandis que ressurgissent les sonorités familières qu’attendent les fans de Machine Head, Fireball et In Rock. Une heureuse résurrection qui rappelle combien Deep Purple demeure une formation à part.
La réussite de cet album tient d’abord à l’équilibre retrouvé entre les cinq musiciens. La section rythmique constituée par Ian Paice et Roger Glover conserve cette assise incomparable, faite de précision, de souplesse et d’autorité.
À leurs côtés, Don Airey, héritier inspiré du regretté Jon Lord, déploie une palette de claviers d’une remarquable diversité. Mais la véritable révélation demeure Simon McBride. Arrivé en 2022 pour succéder à Steve Morse, le guitariste imprime de nouvelles textures. Et c’est peut-être là que réside le secret de cette cure de jouvence.
Produit une nouvelle fois par Bob Ezrin, déjà aux commandes des précédents albums du groupe depuis 2013, « Splat ! » privilégie des compositions courtes, directes et soigneusement construites. Ici pas de longues démonstrations gratuites ni d’interminables solos, les musiciens vont direct à l’essentiel, tout en laissant libre cours à leur virtuosité.
L’ouverture donne immédiatement le ton. Avec « Arrogant Boy », Deep Purple démarre en trombe et retrouve la fougue de « Highway Star » et de « Fireball ». La section rythmique fonce tête baissée, tandis que McBride apporte une finition moderne aux échanges entre guitare et claviers.
« Diablo » et « The Lunatic » poursuivent prolongent cette dynamique avec des riffs débridés, des claviers incisifs et musclés qui rappellent la liberté musicale des grandes heures du groupe. Mais Deep Purple ne se résume pas à la puissance de ses amplis.
« The Only Horse in Town » privilégie un groove souple et un joli développement mélodique, tandis que « The Beating of Wings » retrouve les racines blues et rhythm and blues de la musique noire américaine.
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Sur « Scriblin’ Gib’rish », le groupe développe un hard-rock particulièrement mordant, soutenu par une rythmique implacable et des claviers qui donnent toute son épaisseur au morceau. L’album sait également surprendre. « Guilt Trippin’ » déploie une ambiance plus jazz, avec des passages au piano qui enrichissent une construction rythmique rock particulièrement travaillée.
À l’opposé, « Jessica’s Bra » renoue avec le boogie-rock de « Lazy » (1972) dans une veine plus classique où l’humour du texte répond à la puissance musicale. Enfin, « Sacred Land » se distingue par ses sonorités celtiques, ses nappes de synthétiseur et son atmosphère presque cérémonielle.
Ces incursions progressives rappellent que Deep Purple a toujours aimé brouiller les frontières entre hard-rock, blues, jazz et musique classique.
Ian Gillan demeure l’une des pièces maitresses de cette réussite. Sans chercher à reproduire à 80 ans les prouesses vocales de « Child in Time », le chanteur fait preuve d’une précision, d’une maturité et d’une maîtrise remarquables.
Son interprétation conserve ce grain immédiatement reconnaissable, entre ironie, insolence et jubilation. Il prend manifestement du plaisir, et cela s’entend. Son chant contribue largement à cette impression de vitalité qui traverse l’ensemble du disque. .
Si « Splat ! » s’inscrit dans une réflexion sur la fin de l’humanité, envisagée comme une transformation plutôt que comme une simple catastrophe, les textes de Ian Gillan évitent le discours apocalyptique pesant.
Il préfère les images insolites, les personnages hauts en couleur, les sous-entendus grivois et les pointes de sarcasme. « The Rider », « Jessica’s Bra » ou encore « The Only Horse in Town » témoignent de cette fantaisie qui permet au chanteur de conserver une distance amusée avec les postures de la rock-star.
Derrière cette apparente décontraction, la mécanique instrumentale reste impressionnante. Don Airey diversifie les interventions de son Hammond, son instrument de prédilection, en y ajoutant des touches de piano jazz sur « The Beating of Wings » et « Guilt Trippin’ », ainsi que des synthétiseurs sur « Sacred Land » et « Scriblin’ Gib’rish ». Face à lui, McBride alterne riffs incisifs et solos inspirés, sans jamais tomber dans la démonstration.
Sans prétendre égaler l’ivresse des sommets de Machine Head, « Splat ! » en retrouve l’esprit et la joie de jouer, tout en laissant affleurer de nouvelles couleurs. Et surtout nous enseigne que le hard-rock peut traverser les décennies sans perdre son mordant. Une belle leçon de longévité, qui se prolongera sur scène le 22 octobre 2026 à l’Adidas Arena de Paris. Pensez à réserver !
Jean-Christophe Mary
- Album Splat ! Deep Purple. Verycords





