« Conversation(s) » : quand l’art bouscule les époques et les regards

conversation(s)
"Conversation(s)" : l'exposition du Musée Unterlinden de Colmar, fait dialoguer Moyen Âge et art contemporain dans un télescopage temporel inattendu. Photo affiche de l'exposition.

Exposition/ Conversation(s). Au musée Unterlinden de Colmar, les siècles n’ont plus de frontières. Sous l’impulsion de Nino Barattini, l’exposition « Conversation(s) » orchestre des rencontres inattendues entre chefs-d’œuvre médiévaux et créations modernes et contemporaines. De Hans Holbein à Pierre Soulages, de Niki de Saint Phalle à Ron Mueck, les œuvres se répondent, se provoquent et parfois se jouent de nous. Un parcours aussi intelligent que ludique, qui bouscule les habitudes, aiguise le regard et révèle, dans ces face-à-face insolites, de nouvelles beautés.

Conversation(s) : Cette exposition nous réveille et nous fait redécouvrir des œuvres magnifiques en les mettant deux par deux, Moyen Âge et art contemporain face à face dans un télescopage
temporel inattendu.

Il faut toute l’audace, l’expertise et la créativité d’un jeune curateur conservateur du patrimoine Nino
Barattini
pour nous réveiller, nous sortir d’une torpeur automnale et nous faire redécouvrir des œuvres
magnifiques en les mettant deux par deux, Moyen Âge et art contemporain face à face dans un télescopage
temporel inattendu.

Oui, de l’audace pour organiser ces Conversation(s) improbables qui créent une électricité, un nouveau regard, un étonnement et forcent à réfléchir, à voir pour de bon, à s’interroger.

Mais qu’est-ce qu’elles font là ensemble ces oeuvres ? Pourquoi ? Est-ce la couleur qui les font se ressembler ainsi ? Pourquoi le regard du très petit tableau Portrait de femme rime-t-il si bien avec un grand Soulages qui cependant perd de son importance tant le talent d’Holbein, son sens du contraste, son blanc crémeux nous éblouit ? Le noir, le noir et son énigmatique profondeur. Et l’on n’a pas envie d’expliquer plus longtemps : La beauté c’est tout.

Est-ce la texture des matériaux ? Le signal qu’elles nous envoient ou bien sont-elles là pour nous faire rire,
nous interloquer et nous dire de ne pas nous prendre au sérieux. Et l’on n’est pas déçus ! On rencontre la
provocation d’un effrayant poulet pendu de Ron Mueck, allégorie de la violence envers les animaux lors
d’une pandémie de grippe H1N1, vis à vis d’une peinture sur bois le Miracle of the roast chickens du 15 ème
siècle, ancienne fable qui fait resussiter des poulets à peine sortis du four.



Et cette œuvre grinçante de Niki de Saint Phalle, dans ses débuts, qui semble jouer aux fléchettes ici comme pour se moquer du martyr de Saint Sébastien, si souvent crucifié dans de si nombreuses œuvres ; et ces escargots de Théo Mercier Snail machine qui glissent sur les joues d’une réplique d’un buste de florentine et nous dégoûtent un peu car ils évoquent la fragilité et la mort devant le Portrait d’Elisabetha dont il ne reste plus rien qu’une modeste huile sur panneau.

Et que dire des tellement émouvantes et si pertinentes dans leur rapprochement mains jointes de Mauricio Cattelan en 1999 dans Mother, qui vient de perdre sa mère, et celle du bois polychrome du christ au mont des oliviers.

Pour quoi est-ce si réussi ? Parce que c’est simple, malin, astucieux, et savant mais pas du tout arrogant
comme parfois à nous faire une leçon d’esthétique pour amateur.

C’est aussi très ludique, une sorte de jeu de piste pour nous engager à chercher les raisons d’un tel assemblage. Oui, ça discute, pour utiliser ironiquement un langage psy, ça discute entre elles et nous, et ça fait un bien fou. Merci pour ces moments d’intelligence et de beauté, monsieur le conservateur.

Marie Raynal

  • Exposition Conversation(s) au Musée Unterlinden. Jusqu’au 7 décembre. Et si vous ne pouvez
    pas vous y rendre le catalogue coûte 22 euros et il est comme le reste formidable
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Marie Raynal