« Neil Young des Années 60 à aujourd’hui » : les milles vies du Loner 

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"Neil Young des Années 60 à aujourd'hui" : les milles vies du Loner. Photo de couverture du livre de Stan Cuesta/DR

Le Book Club de We Culte. Le Loner n’en finit plus d’enregistrer ou d’exhumer ses archives. Alors qu’il vient de publier « As Time Explodes: Live Album » et son tout nouvel album studio « Second Song » avec les Chrome Hearts, les éditions du Layeur rééditent l’impressionnant ouvrage que Stan Cuesta consacrait à Neil Young en 2018. Une mine d’informations qui racontent, disque après disque, plus de six décennies d’une carrière aussi féconde qu’insaisissable.

Neil Young des Années 60 à aujourd’hui n’est pas une biographie traditionnelle dans laquelle les albums viennent illustrer le récit. Ici, ce sont les albums qui racontent l’homme.

Neil Young – des Années 60 à aujourd’hui de Stan Cuesta. Photo DR

Si l’ouvrage était paru une première fois en 2018, sept ans plus tard, il fallait pratiquement tout reprendre. Car depuis, le Loner a ouvert encore davantage ses archives, multiplié les albums live, ressorti des enregistrements oubliés et publié des disques qui dormaient dans son placard parfois depuis plusieurs décennies. Entre 2015 et 2025, pas moins de 36 albums sont ainsi venus grossir une discographie déjà vertigineuse.

Cette réédition ne se contente donc pas d’une simple mise à jour. Il change d’échelle. Environ 150 disques sont désormais recensés, depuis les premiers 45-tours des Squires jusqu’aux productions les plus récentes, en passant par Buffalo Springfield, Crosby, Stills, Nash & Young, Crazy Horse, les Stray Gators, les Ducks ou les Chrome Hearts.

Et Stan Cuesta pousse même la porte des studios où Neil Young n’était parfois qu’un musicien invité. La discographie du Loner étant devenue un roman-fleuve, Stan Cuesta raconte Neil Young par ses disques.

Pas seulement par les grands classiques que tout amateur de rock connaît par cœur, mais par les détours, les ratages, les albums maudits, les concerts historiques et les trésors ressortis des placards. Le livre est organisé en huit chapitres chronologiques, qui permettent de suivre les métamorphoses du musicien.

Tout commence en 1963 avec The Squires et leurs premiers singles intrumentaux, avant Buffalo Springfield et ses deux albums majeurs : Buffalo Springfield puis Buffalo Springfield Again.

Arrive ensuite Last Time Around, puis le premier album solo de Neil Young en 1968. Mais le véritable coup de tonnerre survient avec Crazy Horse et Everybody Knows This Is Nowhere, en 1969. C’est l’acte de naissance du Young électrique, sauvage, imprévisible.

Un disque fondateur qui contient notamment « Cinnamon Girl », « Down by the River » et « Cowgirl in the Sand ». En remontant aux sources, l’auteur et montre comment se  progressivement construit le personnage du Loner.

Le second chapitre constitue le cœur historique de l’ouvrage avec la présentation de Déjà Vu avec Crosby, Stills, Nash & Young, puis ** After the Gold Rush **, Harvest, Journey Through the Past, Time Fades Away, On the Beach, Tonight’s the Night et Zuma.

Une période où Young passe du succès planétaire à l’expérimentation la plus radicale avec ces albums qui ont bâti la légende. Mais c’est Harvest qui transforme le chanteur en immense vedette. Time Fades Away, enregistré avec les Stray Gators pendant la tournée de 1973, est un disque étrange et unique : les morceaux qui le composent étaient alors inédits, et le disque documente un Young loin du confort du triomphe de Harvest.  

Puis viennent On the Beach et surtout Tonight’s the Night, deux plongées dans une Amérique beaucoup plus sombre. Stan Cuesta sait raconter cette période sans transformer chaque album en monument sacré.

Il remet les disques dans leur contexte et montre les ruptures, les hésitations et les changements de direction.
Le chapitre III raconte le Neil »punk grunge » de la fin des 70s.

Avec American Stars ’N Bars, Comes a Time, Rust Never Sleeps, Live Rust, puis Hawks & Doves et Re-ac-tor, Neil Young continue de jouer avec les étiquettes. Le mot « punk » n’est pas usurpé.

Le musicien découvre une nouvelle énergie, accélère le tempo, électrise Crazy Horse, construit une brutalité sonore qui annonce à sa manière le rock des années suivantes. Rust Never Sleeps constitue évidemment l’un des sommets de cette période, tandis que Live Rust fixe sur disque la puissance scénique de Crazy Horse. 

Puis viennent les années Geffen. Synthétiseurs, rockabilly, country, arrangements electro, voix trafiquées, expérimentations diverses, les 80’s voient Young s’aventurer là où personne ne l’attend et sort des disques OVNIS comme Trans, Everybody’s Rockin’, Old Ways, Landing on Water, Life. C’est certainement la période la plus déroutantes de sa carrière.



En 1988, Neil Young retrouve son label Reprise et revient à ses fondamentaux. This Note’s for You, Freedom, Ragged Glory, Harvest Moon, Unplugged, Sleeps with Angels, Mirror Ball, Dead Man, Broken Arrow, Year of the Horse…

C’est l’époque du grand retour en grâce, avec notamment ** Ragged Glory ** et son déluge de guitares avec Crazy Horse, mais aussi de Harvest Moon, magnifique retour au Young acoustique. Et l’on découvre encore d’autres ramifications sous qui prennent la forme de collaborations étonnantes avec Pearl Jam, Tracy Chapman, Randy Bachman, Emmylou Harris, Nils Lofgren…

À partir des années 2000, un phénomène nouveau change complètement la manière de regarder l’œuvre de Neil Young, un comme si les archives qu’il exhume à tour de bras, Silver & Gold, Are You Passionate?, Greendale, Prairie Wind, Living with War, puis les fabuleux Live at the Fillmore East et Live at Massey Hall 1971 devenaient  une carrière parallèle.

Un chapitre est consacré aux années 2010 autour des albums Le Noise, A Treasure, Americana, Psychedelic Pill, A Letter Home, Storytone, The Monsanto Years, Earth, Peace Trail, Hitchhiker, The Visitor…

Avec Crazy Horse ou Promise of the Real, en acoustique ou dans le vacarme électrique, Neil Young continue de changer de peau. Et plus il vieillit, plus il semble paradoxalement vouloir accélérer le tempo. comme si temps était compté.

Enfin « Dernières nouvelles du front », le dernier chapitre, est la grande nouveauté de cette édition. Ce livre n’est pas seulement le récit d’une carrière, il reste ouvert.

Car depuis 2018, les sorties se sont multipliées : Colorado, Homegrown, Return to Greendale, Way Down in the Rust Bucket, Archives Vol. II, Young Shakespeare, Barn, Toast, Noise & Flowers, World Record, All Roads Lead Home, Somewhere Under the Rainbow 1973, Chrome Dreams, Odeon Budokan, Before and After, Dume, Fu##in’ Up, Early Daze, Archives Vol. III, Oceanside Countryside, Coastal Soundtrack, Talkin’ to the Trees, sans oublier cette année As Time Explodes et Second Song avec les Chrome Hearts.

L’autre force de l’ouvrage est sa mécanique. Chaque disque est véritablement décortiqué. Pour chaque album, Stan Cuesta apporte les principales informations : date d’enregistrement et de sortie, contexte, musiciens présents, invités, formation utilisée, circonstances de l’enregistrement, anecdotes, particularités de production, réception critique ou commerciale et place du disque dans la carrière. Et c’est là que le livre devient particulièrement réjouissant.

Les albums « périphériques » sont le vrai bonus. Stan Cuesta ne s’arrête pas aux albums officiellement signés Neil Young. Il s’intéresse à tous ces disques sur lesquels le Canadien joue, chante, produit, accompagne ou qui entretiennent un rapport plus ou moins direct avec lui. 

On retrouve ainsi les singles des Squires et des Mynah Birds, mais aussi les Rockets, le Crazy Horse, les Monkees, Nils Lofgren et Grin, Stephen Stills, Graham Nash et David Crosby….Ces participations montrent que l’univers de Neil Young est beaucoup plus vaste que sa seule discographie officielle.

Le coffret consacré à Joni Mitchell, notamment, ouvre des pistes particulièrement savoureuses. On comprend alors que Young n’a jamais vraiment fonctionné en solitaire.

Derrière le surnom de Loner se cache un musicien constamment entouré de compagnons de route, de producteurs, de guitaristes, de groupes et d’amis. Le livre est également précieux lorsqu’il s’attarde sur les objets les plus singuliers de la discographie. 

** Journey Through the Past **, par exemple, reste un objet à part : bande originale d’un film expérimental réalisé par Young, sous le pseudonyme Bernard Shakey, le disque mélange différentes périodes de sa carrière et des matériaux qui ne ressemblent pas à un album traditionnel.

Et puis il y a ** Time Fades Away **, l’un des grands mystères de la carrière du Canadien. Premier véritable album live de Young, enregistré principalement pendant la tournée américaine de 1973 avec les Stray Gators, il ne reprend alors aucun morceau déjà publié sous cette forme.



Les chansons de l’album étaient inédites. Réédité en 2022, le disque restera longtemps difficile à trouver et connaîtra une longue carrière de disque culte. Ce sont précisément ces albums-là qui donnent du relief au parcours.

Il existe beaucoup de livres sur Neil Young. Des biographies, des autobiographies, des livres consacrés à Crazy Horse, à Crosby, Stills, Nash & Young, aux archives ou à certaines périodes de sa carrière. Celui de Stan Cuesta a choisi le disque comme porte d’entrée. 

Ce n’est donc pas une biographie traditionnelle dans laquelle les albums viennent illustrer le récit. Ici, ce sont les albums qui racontent l’homme. 

Et cette méthode se révèle particulièrement pertinente même si parfois avec la masse documentaire de références donne le vertige.  

Avec ses huit chapitres, ses quelque 150 disques, ses archives, ses raretés, ses collaborations périphériques et son impressionnante iconographie, Stan Cuesta propose moins un livre à lire qu’un immense bac à disques dans lequel on aurait envie de fouiller pendant des heures. Et Stan Cuesta n’a manifestement pas fini de les compter. Faites passer…

Jean-Christophe Mary

Neil Young – Des années 60 à aujourd’hui – Stan Cuesta. Éditions du Layeur, collection « Cover ». Nouvelle édition : 18 septembre 2026. Format : beau livre relié, grand format, environ 23 × 28 cm

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