Laurent Voulzy : une soirée hors du temps à la Salle Pleyel

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Laurent Voulzy : une soirée hors du temps à la Salle Pleyel (c) Jean-Christophe Mary

Toutes les musiques de We Culte. Après avoir inauguré l’année par trois représentations très remarquées à la Salle Pleyel, Laurent Voulzy retrouvait jeudi 25 juin son public parisien pour le premier de deux nouveaux rendez-vous, avant une ultime soirée vendredi 26 juin. Un concert conçu en deux tableaux — l’un acoustique dans l’esprit de sa tournée des cathédrales, l’autre beaucoup plus électrique — où le chanteur a revisité un demi-siècle de chansons avec cette grâce mélancolique qui constitue sa signature.  

Laurent Voulzy à la Salle Pleyel : Plus de cinquante ans après ses débuts, le chanteur demeure un artiste rare, élégant et profondément attachant.

Laurent Voulzy à la Salle Pleyel, le 25 juin 2026. (c) Jean-Christophe Mary


Depuis plus d’un demi-siècle, les chansons de Laurent Voulzy accompagnent plusieurs générations de Français. De Rockollection au Pouvoir des fleurs, en passant par Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante ou Le Soleil donne, son répertoire est devenu une véritable bande-son de nos vies.

C’est cette histoire musicale que l’artiste est venu raconter jeudi soir à la Salle Pleyel, dans un concert pensé comme un voyage à travers son œuvre.
 
En cette soirée étouffante de canicule parisienne, l’accueil réservé aux spectateurs est particulièrement soigné. Dès le hall d’entrée, un système de brumisateurs diffuse une agréable fraîcheur avant même l’ouverture des portes de la salle. Une attention très appréciée de la salle alors que le thermomètre tutoie les sommets.
En prenant place, quelques silhouettes attirent immédiatement les regards. Parmi les invités figurent Alain Souchon, fidèle compagnon de route de Laurent Voulzy, accompagné de son épouse, mais aussi Pierre Richard.
 
À 20 h 45 précises, les lumières s’éteignent. Laurent Voulzy apparaît seul, guitare en bandoulière, veste en jean bleu sur les épaules. Dans un silence presque religieux, il entame Bubble Star dans sa plus simple expression : une voix, une guitare, une émotion intacte.
 
Peu à peu, Karen Brunon (basse, violoncelle), Michel Amsellem (piano), Elsa Fourlon (violon, guitare ) et Médéric Bourgue (batterie) viennent le rejoindre. Installés côte à côte sur une même ligne, ils forment un ensemble où chacun joue, chante, change d’instrument et participe pleinement aux harmonies qui font la signature sonore de Laurent Voulzy.
 



La première partie est résolument acoustique. Proche de l’esprit de sa célèbre tournée dans les cathédrales, elle privilégie les arrangements délicats et les silences. Le Rêve du pêcheur déroule sa rythmique chaloupée avant que Quatre nuages ne prolonge cette atmosphère contemplative.

Vient ensuite Je suis venu pour elle. Avant de l’interpréter, Laurent Voulzy raconte avec simplicité qu’il avait rêvé cette histoire avant même qu’elle ne devienne réalité. Piano, violoncelle et violon enveloppent alors cette déclaration d’amour d’une infinie douceur. Puis, soudain, plus rien. La salle s’éteint. Une panne électrique interrompt brutalement le concert.

« C’est peut-être à cause de la canicule… il n’y a plus de courant ! », lance-t-il amusé sous les applaudissements.
Loin de refroidir l’ambiance, cet incident donne naissance à un moment totalement improvisé. Pour encourager leur artiste, les spectateurs entonnent spontanément « Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante » a cappella. Laurent Voulzy savoure cet instant inattendu.

Pour faire patienter le public, il reprend ensuite, accompagné d’Elsa Fourlon, The 59th Street Bridge Song (Feeling Groovy) de Paul Simon. « C’est un soir spécial… », plaisante-t-il.

Profitant de cette parenthèse d’une dizaine de minutes, il adresse un hommage particulièrement touchant à Alain Souchon, installé dans la salle. « Il écrit des paroles magnifiques, souvent visionnaires. Il devrait avoir un fauteuil à l’Académie française. »

Toujours avec humour, il évoque les chansons « désespérées » de son ami — « On est foutus, On mange trop, Extrême solitude » — avant de déclencher les rires du public en qualifiant J’ai dix ans de « chanson d’une extrême violence ».

Lorsque l’électricité revient enfin, Laurent Voulzy offre un superbe medley réunissant « Allô maman bobo, Rame, J’ai dix ans et Foule sentimentale ». Un hommage vibrant à celui qu’il appelle affectueusement « son frère » Alain Souchon.

Le calme revient avec une reprise de « The Captain of Her Heart », suivie de La Fille d’avril, juste portée par la guitare et le piano.
 
Seul sous les projecteurs, Laurent Voulzy interprète ensuite « My Song of You » avant de présenter « Karin Redinger », née, raconte-t-il, après une rencontre avec trois jeunes Américaines à Londres.

L’ambiance devient plus jazzy, plus légère. Très ému, il s’adresse alors au public : « Vous représentez beaucoup dans ma vie. »
 
Sur « Le Cœur grenadine », il rend hommage au batteur Manu Katché, dont le jeu a marqué plusieurs de ses enregistrements.

Puis vient sans doute l’un des plus beaux instants de cette première partie avec « Ma seule Amour ». Le texte est emprunté au poète Charles d’Orléans, prince français retenu prisonnier pendant près de vingt-cinq ans en Angleterre après la bataille d’Azincourt.

Laurent Voulzy en fait une œuvre hors du temps, inspirée des anciennes musiques sacrées anglaises. Portée par les harmonies vocales, les cordes et une écriture d’une grande pureté, la chanson évoque autant un cantique médiéval qu’une prière suspendue, où la douceur mélodique répond à la profondeur du texte.

Dans la salle, le silence est absolu. « Jeanne » clôt cette parenthèse acoustique tout en délicatesse.
 
Après un court intermède, changement radical de décor.Une batterie est avancée au centre de la scène. Laurent Voulzy revient avec une Fender bleue pour nous offrir un moment plus électrique de son univers. « Les Nuits sans Kim Wilde » retrouve toute son énergie pop-rock.


Moment particulièrement émouvant : sur « Le Soleil donne », Laurent Voulzy est rejoint par trois de ses fils, Julien, Nicolas et Cliff.

Avec humour, il précise : « Le quatrième n’est pas là ce soir… il fait actuellement le tour de l’Asie. »

L’ambiance monte encore d’un cran avec « Cocktail chez Mademoiselle », revisitée en electro rock dans la version remixée par Yuksek.

La Salle Pleyel se transforme en véritable dancefloor des années 1980. Michel Amsellem signe un impressionnant solo de piano aux accents électro qui fait exploser les applaudissements.

Lorsque Manu Payet rejoint Laurent Voulzy pour Amélie Colbert, la salle entière se lève presque d’un seul mouvement. Jusqu’alors assis avec une attention quasi religieuse, les spectateurs chantent, dansent et transforment les derniers morceaux en véritable fête populaire.
 
Rockollection, Le Pouvoir des fleurs, puis, lors des rappels, Derniers baisers, La Nuit, All You Need Is Love, Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante et enfin Paradoxal Système referment près de deux heures trente de concert dans une communion totale entre l’artiste et son public.
 
Il y avait beaucoup de nostalgie jeudi soir à la Salle Pleyel. Celle des chansons qui traversent les décennies sans perdre leur pouvoir d’émotion. Elles réveillent des souvenirs, racontent des morceaux de nos existences et continuent d’accompagner nos vies.

Même une panne de courant, finalement, n’aura fait que renforcer ce sentiment de proximité entre Laurent Voulzy et son public. Plus de cinquante ans après ses débuts, le chanteur demeure un artiste rare, élégant et profondément attachant.
  
Jean-Christophe Mary

  • Un grand merci à Kenza Boucif, Ioanna Giourgas et aux équipes de la Salle Pleyel pour leur accueil. 
     
Image de Jean-Christophe Mary

Jean-Christophe Mary