TeddyBear : « Il faut continuer à croire en ses rêves »

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TeddyBear : "Je ne me considère absolument pas comme un rappeur. Je fais de la chanson" Photo Eric Scaggiante

Rencontre avec TeddyBear. Après avoir marqué les esprits au Montreux Jazz Festival puis aux Francofolies de La Rochelle et de Spa, TeddyBear s’impose comme l’une des révélations de la chanson francophone. À seulement 24 ans, le chanteur belge séduit par des textes d’une sincérité désarmante et une présence scénique déjà affirmée. Avant de rejoindre les Trans Musicales de Rennes pour la « Créa des Trans », où il se produira durant cinq jours, du 2 au 6 décembre, il s’est confié à We Culte sur son parcours, ses blessures, son rapport à l’écriture et cette envie intacte de croire en ses rêves.

TeddyBear : « Je ne me considère absolument pas comme un rappeur. Je fais de la chanson. Après, si certains ont envie de dire que je suis rappeur, ou même accordéoniste, ça ne me pose aucun problème. Chacun est libre de son interprétation et de mettre l’étiquette qu’il veut. »

Il arrive sans posture, avec un sourire timide et cette simplicité qui traverse aussi ses chansons. Derrière le phénomène musical que les festivals s’arrachent aujourd’hui se cache un jeune homme qui parle de son enfance, de sa famille, de ses doutes et de son besoin d’écrire avec une étonnante franchise. Au fil de la conversation, TeddyBear évoque l’héritage de Jacques Brel, les souvenirs gravés sur sa peau, l’acceptation de soi et son amour de la scène. Une rencontre à son image : sincère, spontanée et profondément humaine.

« J’essaie de garder le cap »

Vous n’avez que 24 ans et, depuis quelques mois, tout semble s’accélérer autour de vous, notamment depuis la sortie de Chaussures roses. Avez-vous le sentiment que votre vie est en train de basculer ?

TeddyBear : Ce qui est sûr, c’est que je ressens beaucoup plus de réactions depuis la sortie du clip de Chaussures roses. En revanche, je ne vis pas vraiment cette accélération dans ma tête. J’essaie simplement de garder le cap, comme je l’ai toujours fait depuis le début.

Vous avez grandi dans une famille de musiciens. La musique était-elle une évidence chez vous ?

TeddyBear : Oui, complètement. Je viens d’une famille de musiciens professionnels. Mon père est toujours batteur, notamment auprès de Salvatore Adamo. Depuis que je suis tout petit, je l’accompagne en concert. Je me revois assis à côté de lui sur une petite chaise pendant les spectacles. Mon oncle, mes cousins… ils jouent tous du jazz. La musique faisait vraiment partie de notre quotidien.

Est-ce votre père qui vous a donné envie de devenir chanteur ?

TeddyBear : Je dirais plutôt que c’est toute ma famille. En revanche, je ne voulais pas devenir chanteur au départ. J’étais batteur, je suivais naturellement leurs traces.

Puis, lorsque j’étais dans une école de musique en Flandre, j’ai joué avec un rappeur. Un jour, il est tombé malade juste avant un concert. Je lui ai proposé de le remplacer au chant. Je l’ai fait… et j’ai adoré cette sensation. En rentrant chez moi, ça m’a paru évident : je voulais chanter.

« J’observe beaucoup les gens »

Vos chansons parlent souvent de fragilité, de doute, de solitude ou encore de quête d’identité. Pourquoi ces thèmes reviennent-ils si naturellement sous votre plume ?

TeddyBear : Parce que c’est ce que je ressens le plus chez les gens. J’aime écrire à la première personne. Parfois je parle vraiment de moi, parfois je me mets à la place d’un autre, mais j’écris toujours en « je ». J’observe beaucoup les gens autour de moi, et ce sont ces émotions-là qui me viennent le plus naturellement lorsque je compose.

Vos chansons sont-elles autobiographiques ?

TeddyBear : Un peu des deux. Il y a des choses très personnelles, mais aussi des personnages. Comme c’est mon premier album, je me suis dit qu’il fallait d’abord me présenter. Les gens ne me connaissaient pas. J’avais envie de leur montrer qui j’étais, parfois avec des mots difficiles à dire, parfois avec davantage de légèreté.

Vous évoquez notamment le divorce. Est-ce une expérience que vous avez vécue au sein de votre famille ?

TeddyBear : Un mois avant que j’écrive cette chanson, mes parents nous ont annoncé, à ma petite sœur et à moi, qu’ils se séparaient. On s’est regardés en se disant : « Attends… ce n’est pas ce qu’on nous avait appris de l’amour. » Ça a forcément nourri mon écriture.



Vous évoquez souvent le doute, la fragilité ou la quête d’identité. Pourtant, Chaussure rose est presque un manifeste. Que représente cette chanson ?

TeddyBear : C’est une histoire vraie. Ma grand-mère est venue à mon premier concert et elle trouvait que je n’étais « pas assez beau » pour monter sur scène. Elle voulait m’offrir une veste rouge, puis des chaussures assorties. Finalement, elles étaient… roses ! Elle m’a dit : « Tu vas les mettre, elles ont coûté cher ! » (rires). Je les ai portées, et j’en ai fait une chanson. Je me suis dit que c’était une belle manière de me présenter au public.

« Assumer ce qui fait de nous quelqu’un d’unique »

Au fond, ces chaussures roses symbolisent le fait d’assumer pleinement ce qui nous rend différents ?

TeddyBear : Exactement. Les chaussures roses, ce n’est qu’une image. Pour quelqu’un d’autre, ce seront des lunettes, une façon de parler, une passion… Peu importe. L’important, c’est d’assumer ce qui fait de nous quelqu’un d’unique. Moi, mes chaussures roses, je les garderai toujours.

Justement, vous semblez refuser toutes les étiquettes. On vous présente souvent comme un rappeur, alors que vous revendiquez plutôt la chanson.

TeddyBear : Je ne me considère absolument pas comme un rappeur. Je fais de la chanson. Après, si certains ont envie de dire que je suis rappeur, ou même accordéoniste, ça ne me pose aucun problème. Chacun est libre de son interprétation et de mettre l’étiquette qu’il veut.  Moi, je préfère simplement faire la musique qui me ressemble.

Cette liberté, on la retrouve aussi dans votre manière de composer. Comment naît une chanson ?

TeddyBear : Je ne me pose pas vraiment la question. J’écris d’abord le texte, sans musique. La mélodie vient presque naturellement pendant que j’écris. Je l’enregistre sur mon téléphone, puis je retrouve les musiciens avec qui je travaille. On construit la chanson ensemble. Parfois, ça ne donne rien… et parfois, on se dit qu’il y a quelque chose de spécial.

« Je veux dire quelque chose de vrai »

Il y a un artiste qui semble occuper une place particulière dans votre univers : Jacques Brel.

TeddyBear : Oui, énormément. Je l’ai vraiment découvert vers 18 ans, notamment avec Les Vieux Amants. Ce qu’il m’a appris est essentiel : on se moque de savoir si la phrase est belle, tant qu’on croit profondément à ce qu’on chante. Quand Brel parle, on le croit. C’est cette sincérité qui me touche le plus.

Autrement dit, il faut d’abord incarner une chanson avant de vouloir l’interpréter ?

TeddyBear : C’est exactement ça. Depuis que j’ai compris cela, je cherche moins à écrire de « belles phrases ». Je veux surtout dire quelque chose de vrai.

Votre corps raconte aussi une histoire. Vos tatouages semblent avoir une valeur très personnelle…

TeddyBear : Au départ, c’était presque un acte de rébellion. Ma mère m’interdisait d’en faire, alors je suis allé me faire tatouer à 17 ans… Je me suis pris une bonne claque en rentrant ! (rires)

Mais aujourd’hui, ils représentent bien plus que ça. Chaque tatouage me rappelle un moment de ma vie : une personne, un souvenir heureux, parfois quelque chose de plus douloureux. Quand je les regarde, je revois ces instants. C’est une manière de ne rien oublier.

Votre corps est devenu une mémoire vivante ?

TeddyBear : Oui, exactement. Chaque dessin raconte une histoire.

Et pourtant, adolescent, vous avez aussi cherché à construire une autre image de vous-même, notamment à travers la musculation…

TeddyBear : J’en faisais énormément vers 13 ou 14 ans. J’étais persuadé que si je devenais très grand et très musclé, les gens n’oseraient plus être méchants avec moi. C’était ma façon de me protéger.

Et finalement ?

TeddyBear : J’ai compris que ça ne changeait rien. Si quelqu’un a envie d’être méchant avec toi, il le sera. Et s’il a envie d’être gentil, il le sera aussi. Ce n’est pas la taille de tes muscles qui change les gens.

Le stress avant chaque concert

La scène semble être un endroit où vous vous sentez particulièrement vivant. Pourtant, j’ai l’impression qu’avant chaque concert, il y a aussi beaucoup d’appréhension…

TeddyBear : Oh oui ! Avant chaque concert, je suis dans un état… (rires). Je suis vraiment très stressé. Mais je crois que c’est normal. Ça fait partie du métier. Le jour où je ne stresserai plus avant de monter sur scène, je pense qu’il faudra commencer à s’inquiéter.

Quelle a été, jusqu’à présent, la scène qui vous a le plus marqué ?

TeddyBear : Je dirais Bercy (Accor Arena), sans hésiter. C’était en première partie de Julien Doré. C’est une salle impressionnante.

Qu’est-ce qu’on ressent quand on se retrouve face à une salle comme l’Accor Arena ?

TeddyBear : Ce qui est drôle, c’est que je regardais tout au fond de la salle, là où je distinguais à peine les gens. Je me demandais si la personne assise tout au dernier rang m’écoutait vraiment. Alors j’avais envie d’aller encore plus la chercher, de capter son attention. Et puis, forcément, je me suis dit : un jour, j’aimerais y revenir pour mon propre concert. C’est un rêve.

« Aux Trans, je vais laisser libre cours à toutes mes envies »

Cet été, vous enchaînez les festivals et vous préparez également une création pour les Trans Musicales de Rennes. Qu’est-ce que représente ce projet ?

TeddyBear : C’est une formidable opportunité. Les Trans offrent à un artiste la possibilité d’imaginer un tout nouveau spectacle avec des moyens qu’on n’a pas toujours : des lumières, des décors, toute une scénographie. Pendant une semaine, on construit ce nouveau show, puis on le joue chaque soir du festival pour le faire vivre. C’est quelque chose qui me fait énormément rêver.

Vous avez déjà une idée de ce que vous souhaitez proposer ?

TeddyBear : J’y réfléchis très sérieusement. C’est un projet qui me trotte dans la tête depuis longtemps. J’ai envie d’en profiter pour aller au bout de certaines idées que je n’ai encore jamais osé mettre en scène.

Une véritable carte blanche, en somme ?

TeddyBear : Exactement ! (rires). Là, je peux laisser libre cours à toutes mes envies. Bon… peut-être pas arriver en hélicoptère au-dessus de la scène ! (rires). Mais presque.

Une dernière question. Vous n’avez que 24 ans et pourtant vos chansons donnent parfois l’impression d’avoir été écrites par quelqu’un qui a déjà beaucoup vécu. La musique vous a-t-elle fait grandir plus vite ?

TeddyBear : C’est une belle question… Je ne sais pas si elle m’a fait grandir plus vite. En revanche, elle m’a obligé à beaucoup observer les gens, à essayer de comprendre ce qu’ils ressentent, mais aussi ce que je ressens moi-même. Écrire des chansons, c’est une manière d’apprendre à mieux se connaître.

Continuer à croire en ses rêves

Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?

TeddyBear : J’essaie surtout de ne pas trop regarder derrière moi. Je suis très heureux de ce qui m’arrive, mais j’ai envie de continuer à avancer. J’ai encore énormément de choses à apprendre, de chansons à écrire, de scènes à découvrir.

Qu’aimeriez-vous que le public retienne de TeddyBear ?

TeddyBear : J’aimerais simplement que les gens se disent qu’ils peuvent être eux-mêmes. Si mes chansons peuvent donner un peu de courage à quelqu’un, lui rappeler qu’il a le droit d’être différent ou de continuer à croire en ses rêves, alors ce sera déjà énorme.

Entretien réalisé par Victor Hache

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Victor Hache