Ray Lema, 80 ans : pianiste virtuose et « éternel étudiant ! »

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Ray Lema. À 80 ans, le virtuose pianiste, compositeur et arrangeur Ray Lema vient de sortir "Passion Congo". Photo Franck Loriou.

Toutes les musiques de We Culte/Ray Lema. À 80 ans, le virtuose pianiste, compositeur et arrangeur Ray Lema vient de sortir « Passion Congo ». Un somptueux album, entre traditions africaines et européennes, enregistré avec l’Ensemble Partage réunissant un quatuor à cordes, un saxophoniste et un percussionniste italiens. En concert le 2 juillet prochain au Festival « Jazz In Aiacciu ».

Ray Lema : « Passion Congo est une déclaration d’amour, mais c’est aussi l’histoire de mon long itinéraire »

Ray Lema & l’Ensemble Partage (c) Matteo Thoux

Quand on croise son regard pétillant de malice en évoquant son incroyable parcours, on a du mal à croire que ce virtuose pianiste, compositeur et arrangeur, dont la réputation a largement dépassé les frontières de sa terre natale, vient de fêter ses 80 printemps !

Un anniversaire qu’il a célébré il y a quelques jours sur la scène du Studio de l’Ermitage à Paris pour présenter son nouvel album « Passion Congo« . Un somptueux opus enregistré avec les musiciens italiens de l’Ensemble Partage: un quatuor à cordes (Massimiliano Gilli, Sylvie Blanc, Gerardo Vitale, Claudia Ravetto), un saxophone soprano (Manuel Pramotton) et les percussions de Marco Giovinazzo.

Au fil des neuf compositions, de « Mopti » à« Twist & Smile » en passant par « Ngandajika » « Salsa Gombo« , « Aquarius » ou « Ngandajika« , Ray Lema nous transporte dans un passionnant voyage entre sonorités africaines et européennes.

« Passion Congo » est une déclaration d’amour ?

Ray Lema : Bien sûr mais c’est aussi l’histoire de mon long itinéraire.

Vous avez confié que vous portiez ce projet depuis une dizaine d’années ?

Ray Lema Il faut vivre avec les cordes pour en saisir toutes les finesses. Il y avait aussi l’écriture rythmique. J’ai travaillé avec ces magnifiques musiciens qui viennent tous de conservatoires en Italie. Ils aimaient beaucoup le morceau que j’ai intitulé « Partage« . Le nom de la formation s’est imposé naturellement.



Parmi les titres assez joyeux, « Mopti » semble plus mélancolique

Ray Lema : Mopti est une ville du Mali où j’ai des amis très chers comme Ali Farka Touré et Aminata Traoré. Ce que vous entendez, ce n’est pas de la mélancolie mais de la tendresse.

Il paraît que c’est un prêtre qui vous a « soufflé » votre vocation ?

Ray Lema : Quand j’étais au Petit Séminaire de Kinshasa je jouais de l’orgue pour accompagner les messes. A l’époque, je ne savais pas trop ce que je voulais faire de ma vie. C’est le père Joseph Marchal qui m’a dit : « Toi, tu seras musicien ». Je ne le remercierai jamais assez.

Vous êtes croyant ?

Ray Lema : Quand je regarde autour de moi, je me dis que ce qui nous entoure ne peut pas être le fruit du hasard. La musique ne sort jamais de nulle part. Tout ça est le résultat d’une conscience supérieure. Après, chacun lui donne le nom qu’il souhaite. Dieu, je l’appelle le Grand Compositeur.

Ce Grand Compositeur vous a distribué de belles partitions, non ?

Ray Lema : J’ai cette faculté d’écrire que j’aimerais transmettre aux plus jeunes. Puisque la vie est un jeu, je voudrais donner une belle passe à mes enfants. Cela m’agace parfois qu’on évoque plus souvent les chanteurs que les compositeurs et les instrumentistes.

Vous avez commencé par la musique classique ?

Ray Lema : J’ai joué Bach, Beethoven… J’ai toujours été influencé par « La sonate au Clair de Lune ». J’ai vécu avec cette œuvre toute ma vie. Il y a 3 mouvements. Quand j’étais enfant, je ne parvenais à jouer que le premier, le plus lent. C’est seulement à l’âge de 78 ans que je suis parvenu jusqu’au troisième. Je suis un éternel étudiant !

Vous parlez volontiers de votre collaboration avec le pianiste et compositeur Laurent de Wilde ?

Ray Lema : J’ai beaucoup appris en « ferraillant » avec lui. C’est un vrai jazzman. Il me dit souvent: « Ray, chaque fois qu’on joue ensemble, je ne sais pas où va aller le morceau« . J’avoue que ça me troublait. Dans le jazz, il y a une partie qui n’est pas écrite et qui sort de nous. Petit à petit, je me suis imprégné de cet art, celui de l’improvisation.

On imagine que vous n’allez pas arrêter après cet album ?

Ray Lema: C’est bien que vous posiez la question. Ça fourmille déjà dans ma tête. On m’a suggéré de laisser sortir ma folie en revisitant mes trois premiers albums avec deux musiciens seulement: un bassiste et un batteur. J’avoue que l’idée m’excite assez !

Entretien réalisé par Annie Grandjanin

  • Album « Passion Congo », Ray Lema & L’Ensemble Partage (One Drop/L’Autre distribution), disponible depuis le 24 avril 2026.


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Annie Grandjanin