Michèle Bernard et Frédéric Bobin : balades croisées en chansons

michele bernard et frederic bobin
Michèle Bernard et Frédéric Bobin : balades croisées en chansons (c) Fabrice Buffart

Spectacle. Michèle Bernard et Frédéric Bobin sont tous deux auteurs-compositeurs-interprètes et les beaux représentants de cette scène française de la chanson dans la filiation de Brassens, Anne Sylvestre ou Alain Souchon. Ils ont été reconnus par la très prestigieuse Académie Charles Cros, l’une quatre fois entre 1980 et 2013, l’autre en 2024. Sur une idée du magazine Hexagone ils ont sélectionné le meilleur de leurs répertoires pour créer Balades croisées, un très beau spectacle que le label EPM a enregistré dans la mythique salle lyonnaise d’A Thou Bout d’Chant.

Michèle Bernard et Frédéric Bobin s’adressent aux grands amoureux de cette chanson où le texte compte tout autant que la musique.

Michèle Bernard et Frédéric Bobin (c) Fabrice Buffart

Dans leur spectacle, Michèle Bernard et Frédéric Bobin s’adressent aux grands amoureux de cette chanson où le texte compte tout autant que la musique. Ce sont deux grands artisans d’un art modeste et tout à la fois très ambitieux.

Ils chantent ensemble dans un circuit que font vivre de vrais militants de la chanson francophone et un réseau de salles et de lieux qui leur offre un contact direct avec le public, une relation qu’ils souhaitent dépouillée de tout artifice technique.

Michèle et Frédéric proposent donc une forme d’intimité que toutes les IA ne pourront jamais remplacer. Nous les avons rencontrés pour parler de leur spectacle qui continue de tourner après plusieurs années de succès.

Quelle était votre relation quand vous avez créé ce spectacle ?

Michèle Bernard : Je connaissais Frédéric depuis longtemps. J’appréciais ses chansons et j’aimais sa manière d’être chanteur. J’estimais sa droiture, son amour de la chanson, l’éclectisme de ses goûts.

Frédéric Bobin : Michèle représente pour moi une sorte de phare. Artistiquement, vocalement, elle nous touche comme une flèche qui atteint sa cible à chaque fois. J’aime la poésie de ses textes et j’admire qu’elle sache se renouveler à chaque album. On sent chez elle, tout au long de son parcours, une cohérence totale entre le propos, son être profond et sa manière de faire le métier. Il y a une sorte d’éthique qui s’en dégage et qui m’a toujours inspiré.

Comment avez-vous fait pour donner une telle cohérence au spectacle ?

Frédéric Bobin : C’est nouveau pour moi un spectacle écrit comme celui-ci. J’aime bien habituellement avoir une petite marge de liberté. J’apprends là le plaisir du cadre très défini et je n’ai maintenant plus envie de le changer. Et, ce que je ne fais jamais, j’apprécie ces chansons qui peuvent s’enchaîner sans applaudissements comme nous le faisons ici à quelques reprises.

Michèle Bernard : Le choix des chansons a évolué et mis un certain temps à se fixer. Au contact du public on sent quand l’enchaînement des chansons fonctionne bien. On a retenu beaucoup de nos « tubes » et en faisant un pas l’un vers l’autre ça s’est finalement bien imbriqué

Frédéric Bobin : Vu de l’intérieur on a des styles assez différents. Mais je cherche dans ce genre de projet à être en écoute totale de l’autre artiste et en l’occurrence de me fondre dans l’univers de Michèle. Mais nous tenons aussi à assumer totalement nos styles respectifs sans nous effacer. C’est cet équilibre fragile que nous cherchons.

Vous chantez aussi Communardes, une chanson que vous avez conçue ensemble. Comment est-ce arrivé ?

Michèle Bernard : Cette chanson n’a pas été faite pour ce spectacle. J’avais envie de faire une chanson sur le thème des communardes. Ce sont les femmes du peuple qui ont participé au soulèvement de la Commune de Paris. C’est une période à laquelle je me suis beaucoup intéressée autour du personnage de Louise Michel qui parlait de ces femmes en citant seulement leurs prénoms. Elle parle avec douceur de ces personnages qui passaient pour des harpies sanguinaires et vulgaires. Ce contraste m’avait touché et j’en ai fait un texte dont j’ai confié la musique à Frédéric.



Frédéric Bobin : Le spectacle existait déjà. Et ça coulait de source qu’on l’y intègre. C’est devenu une chanson emblématique où il y a nos deux voix comme nos deux instruments.

Est-ce que La vieille ouvrière n’est pas une autre chanson emblématique de ce spectacle ?

Frédéric Bobin : La vieille ouvrière, c’est mon ADN. Elle évoque Le Creusot, ma ville natale, petite ville ouvrière de Saône-et-Loire. Elle évoque mes racines ouvrières. Mon père et mon grand-père ont travaillé à Creusot-Loire. C’est cette culture et cette conscience sociale qui se retrouvent dans pas mal de mes chansons. C’est donc une chanson importante pour moi et c’est un peu grâce à elle que j’ai rencontré Michèle.

Je connaissais Michèle en tant que chanteuse, l’ayant vu à la télé dans une émission des années 80 que mes parents avaient enregistrée et qui était consacrée à Félix Leclerc. Beaucoup plus tard, en 2003 ou 2004, son arrangeur (Pascal Berne) m’a vu sur la scène d’A Thou Bout d’Chant, à Lyon… Je chantais cette chanson et il en a parlé à Michèle… Un jour, je reçois un coup de fil : c’était Michèle Bernard ! Elle me demandait l’autorisation d’intégrer cette chanson au programme d’un de ses stages !

Michèle Bernard : J’organise des stages de chanson à Saint-Julien-Molin-Molette, une commune de la Loire.  On avait retenu une année le thème « Usines, mémoire et imaginaire ». Et on a donc fait chanter cette chanson de Fred par le chœur des stagiaires de Saint Julien.

Dans le répertoire de Michèle 80 beaux chevaux n’est-elle pas la chanson la plus emblématique ?

Michèle Bernard : C’est une chanson qui me fait voyager comme le fait aussi ma chanson Nomade. Ce sont des chansons paysages. On a l’impression d’être dans un film et c’est, je trouve, une usine à rêves. Et c’est aussi le monde du travail, le labeur humain. Il y a deux voix qui la portent et elle sonne différemment que dans ma version en solo. J’adore quand une chanson arrive à revêtir différents costumes.

Frédéric Bobin : J’adore cette chanson qui est une de mes chansons francophones préférées. J’ai l’impression que c’est une chanson qui a toujours existé. C’est une sensation assez troublante que j’ai ressentie avec certaines chansons de Bob Dylan, Félix Leclerc ou Brassens. Michèle a capté une sorte de chanson ancestrale. Et musicalement il y a juste trois accords, c’est simple et puissant à la fois.

Entretien réalisé par Yves le Pape

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Yves Le Pape