Sortie cinéma/Girl. Une petite fille triste et malheureuse dans le Taïwan des années 80: l’actrice Shu Qi passe de l’autre côté de la caméra et raconte son enfance difficile dans son premier film comme réalisatrice, GIRL (mercredi 5 août sur les écrans).
« Girl » : Shu Qi, 50 ans, est devenue célèbre en 2001 avec la sortie de Millenium Mambo, du réalisateur Hou Hsiao-hsien
Taïwan, 1988. Hsiao-lee (Bai Xiao-ying), 12 ans, peine à trouver sa place dans sa famille dysfonctionnelle, aux côtés de sa petite sœur (Lai Yu-fei), entre son père (Roy Chiu) garagiste, violent et alcoolique, et sa mère (la chanteuse 9m88), désabusée et antipathique, qui travaille dans un salon de coiffure.
Armoire en plastique
Timide et introvertie, moquée à l’école, punie régulièrement par sa mère à la maison, la fillette ne trouve la paix que quand elle s’isole en s’enfermant dans l’armoire en plastique de sa chambre, chaque soir.
Et puis, un jour, une rencontre donne un peu de gaieté à son existence: Li-Li (Lin Ping-tung), nouvelle élève qui débarque dans sa classe, vive et insouciante, fille de divorcés, de retour des États-Unis, lui demande: « pourquoi ton sourire est-il si triste? ». Et va l’emmener sécher les cours, fumer, aller au cinéma, faire des tours de scooter avec des garçons, fuguer…
Millenium Mambo
Shu Qi, 50 ans, devenue célèbre en 2001 avec la sortie de Millenium Mambo, du réalisateur Hou Hsiao-hsien (avec qui elle tournera ensuite Three Times en 2005 et The Assassin en 2016), membre du jury des trois grands festivals (Cannes, Berlin, Venise), rêvait de devenir réalisatrice depuis une dizaine d’années.
GIRL, présenté en compétition à la Mostra de Venise l’an dernier, est en grande partie autobiographique, puisqu’on sait qu’elle a eu une enfance et une adolescence difficiles, dans une famille où la violence et la sévérité remplaçaient l’amour et le calme. Pourtant, « en travaillant sur le film, je n’avais quasiment pas conscience que j’étais moi-même issue d’une famille comme celle-ci », déclarait-elle récemment dans une interview à Trois Couleurs, le magazine des cinémas MK2.
Rapport très étroit avec son passé
« Le fait de travailler en équipe sur ce projet, avec des acteurs dont les personnalités sont très éloignées de la mienne, parvenait à me faire oublier qu’il entretenait un rapport très étroit avec mon propre passé. Ce n’est que lorsque j’ai vu le film lors de sa présentation à Venise que j’ai pris conscience d’à quel point il était inspiré de ce que j’avais moi-même vécu ».
Intimiste et délicat, le film fait montre d’esthétisme, dès le début: gros plans, clairs-obscurs, jeux d’ombres, lumières des néons la nuit, images floues ou baignées de soleil, bruit du vent dans les feuilles des arbres… C’est un peu longuet, pas très passionnant, film d’ambiance sans trop d’action.
Condition des femmes
Mais à mi-film, quand Hsiao-lee se lie d’amitié avec Li-Li, et quand on en apprend plus sur le passé de la mère, la narration et le rythme changent –avant une dernière scène d’une délicatesse infinie–, tout en laissant la réalisatrice attachée à décrire la condition difficile des femmes taïwanaises de l’époque.
Femmes de Taïwan mais, de manière plus universelle, femmes de tous pays et de toute latitudes: Shu Qi a voulu décrire « les réalités effrayantes et les ombres auxquelles de nombreuses femmes modernes ont été confrontées dans leur enfance –des traumatismes qui rendent impossible la réconciliation avec la famille ou même avec soi-même, qui rendent terrifiant le fait de fonder une famille, ou pire, qui transmettent inconsciemment leurs traumatismes à leurs propres filles… »
Jean-Michel Comte
LA PHRASE : « Je trouve les gens plus terrifiants que les fantômes » (Hsiao-lee).
- Girl (« Nühai ») (Taïwan, 2h04). Réalisation: Shu Qi. Avec Bai Xiao-ying, Roy Chiu, 9m88 (Sortie 5 août 2026)

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