Muse -« The Wow! Signal » :  le space rock à la conquête des étoiles 

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"The Wow! Signal" : le space rock à la conquête des étoiles. Photo de couverture de l'album/DR

Toutes les musiques de We Culte/ Muse. Avec The Wow! Signal, son dixième album, le trio britannique Muse renoue avec les grandes heures de son passé tout en regardant vers l’infini. Entre riffs ravageurs, disco futuriste, chœurs latins mystiques et blessures sentimentales, Matthiew Bellamy transforme une rupture amoureuse en odyssée cosmique et signe son disque le plus convaincant depuis pres de 20 ans.

Muse –The Wow! Signal : L’un des meilleurs albums des icônes du space rock depuis vingt ans ? Sans doute. En tout cas le plus cohérent et le plus inspiré depuis longtemps.

Toujours plus grand, toujours plus fort, toujours plus loin. Depuis ses débuts, Muse n’a jamais vraiment connu la demi-mesure. Mais après trois décennies de carrière, plusieurs albums inégaux et des shows devenus aussi spectaculaires que leur musique, on pouvait légitimement se demander ce qu’il restait à attendre du trio britannique.

Avec The Wow! Signal, son dixième album studio, Matthew Bellamy, Chris Wolstenholme et Dominic Howard reviennent à ce qu’ils savent faire de mieux : mélanger le rock progressif, le metal, l’électronique et les orchestrations grandioses jusqu’à produire cette musique immédiatement identifiable, quelque part entre opéra spatial et rock de stade.

L’un des meilleurs albums des icônes du space rock depuis vingt ans ? Sans doute. En tout cas le plus cohérent et le plus inspiré depuis longtemps.

Le disque bénéficie évidemment d’un formidable effet d’annonce. Son titre renvoie au mystérieux signal radio de 72 secondes capté en 1977 par le radiotélescope Big Ear, dans l’Ohio, et longtemps considéré comme l’un des plus fascinants mystères de l’astronomie.

De quoi nourrir une campagne savamment orchestrée autour d’une mécanique promotionnelle parfaitement huilée.

Mystère extraterrestre, communication interstellaire, visuels futuristes, singles distillés avant la sortie… The Wow! Signal possède tous les ingrédients de l’album à « effet waouh ». Encore fallait-il que la musique soit à la hauteur de la promesse. Elle l’est souvent.

Car derrière la science-fiction se cache une histoire beaucoup plus intime. Les textes de The Wow! Signal sont traversés par la rupture sentimentale de Matthew Bellamy avec la mannequin Elle Evans.

La séparation, amorcée en 2025 et suivie d’une procédure de divorce en 2026, donne au disque une dimension plus intime qu’il n’y paraît. Deux êtres qui ne parviennent plus à communiquer, un signal envoyé dans le vide, l’attente d’une réponse qui ne vient pas, l’espace devient alors cette métaphore de la rupture. Bellamy transforme sa peine de cœur en grand récit cosmique.

Cette thématique donne au disque sa véritable unité. Sur le plan métaphysique, The Wow! Signal oscille entre terreur cosmique, sentiment d’isolement, vulnérabilité et espoir d’une rencontre avec une intelligence supérieure. Bellamy parle des étoiles pour mieux parler des blessures humaines.



La peur de l’inconnu, l’isolement, la vulnérabilité face à un univers hostile et l’espoir d’une rencontre avec une intelligence supérieure se mêlent aux thèmes de la rupture, de l’éloignement et de la reconstruction.

La « Forêt sombre », théorie selon laquelle les civilisations avancées se cacheraient par peur d’être détruites, devient la parabole parfaite des relations humaines.  L’humanité y apparaît minuscule face à l’infini, mais suffisamment obstinée pour continuer à envoyer des signaux.

Dès ce The Dark Forest, Muse place la barre très haut. Chœurs latins, cordes virevoltantes, guitares saturées et cavalcade épique, le morceau fait penser à la rencontre improbable entre un western spatial, un générique de James Bond et le grandiose de Knights of Cydonia (qui figure sur Black Holes & Revelations sorti en 2006).

Les références au passé servent de matériau à une composition nouvelle, plus sombre et plus ambitieuse. L’introduction ouvre une véritable odyssée musicale, avant qu’une déferlante orchestrale et chorale ne transforme le morceau en hymne apocalyptique.

Cette fibre nostalgique traverse tout l’album. Sur Cryogen, Muse dépoussière les gammes saturées et l’effet fuzz qui avaient fait la signature de Plug In Baby. Le riff semble surgir directement des grandes heures d’Origin of Symmetry (2001), avant de bifurquer vers un rock plus lourd, plus metal.

Le texte fait référence à la cryogénie comme métaphore de l’attente et du gel émotionnel : rester suspendu dans l’espoir d’un réveil, d’un retour, d’une réponse.

Mais le trio sait aussi quitter son propre territoire. Avec cette basse particulièrement massive de Chris Wolstenholme, Nightshift Superstar prend un virage disco-funk aux ambiances darkwave.

On pense davantage à Daft Punk, Justice, voire à certaines productions de The Weeknd ou Carpenter Brut, qu’au Muse des débuts. Une audace qui pourra agacer les puristes, mais qui reste l’un des moments les plus réjouissants de l’album.

Autre réussite : The Sickness In You & I, où les riffs massifs, le groove funk et les inflexions  metal composent un étrange croisement entre Prince, Metallica et Rage Against the Machine. Quant à Hexagons, il constitue l’un des sommets du disque. Ses guitares épiques, ses changements de dynamique et ses textures synthétiques évoquent le Muse des grandes années.

Le titre, inspiré par l’hexagone de Saturne et les dimensions supérieures, prolonge cette fascination pour les phénomènes qui dépassent l’entendement humain.

Hush, avec Ellie Goulding, constitue une vraie curiosité. Loin de la ballade pop attendue, le duo juxtapose électro-rock menaçant, guitares lourdes et envolées vocales. La voix de Goulding apporte un contrepoint intéressant au falsetto de Bellamy et prouve que Muse peut encore surprendre.

Cependant, tout n’est pas aussi convaincant. Shimmering Scars et Be With You versent parfois dans une sentimentalité un peu appuyée.

La seconde, avec son orgue et son beat électronique, évoque certes la marche funèbre de Invincible avant de rappeler les atmosphères de Take A Bow, mais son lyrisme peut sembler plus convenu. Quant à Space Debris, qui clôt l’album dans une atmosphère acoustique et symphonique, il joue la carte de l’apaisement après la tempête.

« Like space debris, love can drift away » (comme des débris spatiaux, l’amour peut dériver) …L’image est belle, mais la chanson manque peut-être de la tension nécessaire pour rivaliser avec les grands finales du groupe.

Après un Will of the People qui donnait parfois l’impression d’une compilation, The Wow! Signal paraît plus vivant, plus personnel et surtout mieux construit. Si le groupe puise dans Origin of Symmetry, Absolution, Black Holes and Revelations, The Resistance ou The 2nd Law, il en recycle son ADN et donne une nouvelle vie.

C’est peut-être là le véritable « Wow! » de ce disque. Pas une révolution, mais une résurrection. Et derrière les extraterrestres, les théories cosmiques et les débauches sonores, Matthew Bellamy livre surtout un disque de solitude, de perte et d’espoir.

Le signal est donc lancé. Il sera prolongé sur scène le 27 novembre 2026, à la Plenitude Arena de Nanterre, pour l’unique date parisienne du The Wow! Signal Tour. L’occasion pour Muse de transformer ses obsessions cosmiques en spectacle monumental. Qu’on se le dise !

Jean-Christophe Mary

Muse –The Wow! Signal (Warner). En concert le 27 novembre 2026 à la Plenitude Arena, 99 Jardin de l’Arche, 92000 Nanterre.

Image de Jean-Christophe Mary

Jean-Christophe Mary