Catherine Ringer : le feu d’une vie en liberté

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Catherine Ringer avait la voix, le rire, la démesure et cette façon unique de faire entrer le théâtre dans le rock /Christophe Estassy / Citizenside)

Hommage. Catherine Ringer, l’inoubliable voix des Rita Mitsouko, est morte dans la nuit du 14 septembre 2026, à 68 ans, emportée par un cancer foudroyant. Chanteuse, musicienne, comédienne, poète et artiste profondément libre, elle aura traversé la chanson française avec une énergie, une audace et une singularité rares, poursuivant après la disparition de Fred Chichin une carrière solo à son image : indomptable, inventive et toujours en mouvement.

Catherine Ringer était bien davantage qu’une voix. Elle était une présence. Une personnalité. Une artiste qui semblait toujours prête à faire dérailler la chanson pour lui offrir un peu plus de vie.

Elle avait la voix, le rire, la démesure et cette façon unique de faire entrer le théâtre dans le rock. Catherine Ringer, l’âme flamboyante des Rita Mitsouko, est morte dans la nuit du 14 septembre 2026, emportée par un cancer foudroyant. Elle avait 68 ans. Dix-neuf ans après la disparition de Fred Chichin, son partenaire de musique et de vie, une page majeure de la chanson française se tourne.

Il y avait chez Catherine Ringer quelque chose d’inclassable. Une manière de chanter qui pouvait passer du cri à la caresse, du grave à l’aigu, de la provocation au rire, sans jamais perdre cette liberté qui était devenue sa marque de fabrique. Elle ne ressemblait à personne. Et surtout, elle ne cherchait pas à ressembler à quelqu’un.

Avec Fred Chichin, elle avait inventé les Rita Mitsouko, l’un des groupes les plus singuliers de la musique française. Mais Catherine Ringer était bien davantage qu’une voix. Elle était une présence. Une personnalité. Une artiste qui semblait toujours prête à faire dérailler la chanson pour lui offrir un peu plus de vie.

Elle s’est éteinte brutalement, dans la nuit du 14 septembre, à 68 ans. Ses enfants ont annoncé sa disparition, précisant qu’elle avait été emportée par un cancer foudroyant.

Une nouvelle terrible, d’autant plus cruelle que le destin avait déjà frappé la famille musicale de Catherine Ringer au même endroit. En 2007, Fred Chichin disparaissait lui aussi d’un cancer fulgurant, à seulement 53 ans.

Une enfant qui tirait la langue

Catherine Ringer était née le 18 octobre 1957, en région parisienne, dans une famille où l’art occupait une place importante. Son père, peintre, avait été déporté pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa mère était architecte.

Très jeune, elle découvre la scène et le spectacle. À huit ans, elle devient mannequin enfant. Deux ans plus tard, elle met fin à l’expérience en tirant systématiquement la langue pendant les séances photo. Tout Catherine Ringer est déjà là. Le refus des conventions. L’ironie. Le goût de la provocation. Et cette irrépressible envie de faire les choses à sa manière.

À quinze ans, elle quitte l’école pour entrer dans ce qu’elle appelle la « vie active ». Elle explore le théâtre, la musique, la danse, le spectacle. À dix-sept ans, elle chante, notamment dans des projets de théâtre musical où elle travaille avec Michael Lonsdale et Michel Puig.

Elle apprend surtout à se servir de sa voix comme d’un instrument. Les cris, les graves, les aigus, les accidents, les grains : tout devient matière sonore. Elle ne cherchera jamais à chanter « joliment ». Elle cherchera à chanter juste pour elle.

1979 : la rencontre avec Fred Chichin

Puis arrive Fred Chichin. Nous sommes en 1979. Une audition réunit deux personnalités qui ne savent pas encore qu’elles vont écrire ensemble l’une des plus belles histoires du rock français.

Catherine Ringer et Fred Chichin commencent à travailler ensemble. Ils vivent de leur musique sans beaucoup d’argent, bricolent leurs instruments, enregistrent, expérimentent. Ils jouent de tout.

La guitare, la basse, le piano, les percussions, la flûte : Catherine Ringer touche à tous les instruments qui passent à sa portée. Et surtout, elle trouve avec Fred Chichin un partenaire capable de canaliser son imagination sans jamais l’étouffer.

Ensemble, ils inventent un langage. Pop, rock, funk, électro, chanson, music-hall : les Rita Mitsouko ne choisissent pas. Ils mélangent. Le duo préfère le feeling à la virtuosité, l’invention au sérieux, l’énergie à la perfection.

Leur musique ressemble à leurs personnalités : libre, étrange, sensuelle, drôle, parfois inquiétante, toujours imprévisible.

« Marcia Baïla » et l’explosion Rita

Puis vient « Marcia Baïla ». En 1984, puis surtout en 1985, le morceau explose. Son rythme irrésistible, ses cuivres, ses paroles, la chorégraphie de Catherine Ringer et son clip spectaculaire imposent les Rita Mitsouko dans le paysage musical français.

Mais derrière la fête se cache une histoire tragique : celle de Marcia Moretto, danseuse argentine et amie de Catherine Ringer, morte d’un cancer.

La chanson est donc à l’image de celle qui la chante : exubérante et profondément mélancolique à la fois.

C’est peut-être cela, le secret de Catherine Ringer. Elle pouvait faire danser avec la mort. Les tubes vont ensuite s’enchaîner : « Andy », « C’est comme ça », « Les histoires d’amour finissent mal (en général) »… Les Rita Mitsouko deviennent un phénomène. Mais jamais un groupe comme les autres.

Ils travaillent avec Tony Visconti, croisent Iggy Pop, Sparks, Jesse Johnson, William Orbit ou encore Serj Tankian. Ils inventent des clips qui ressemblent à de petits spectacles de music-hall déjantés.

Et Catherine Ringer devient l’une des figures les plus immédiatement reconnaissables de la scène française.

Une femme libre, sans mode d’emploi



Il serait pourtant réducteur de résumer Catherine Ringer aux Rita Mitsouko.

Sa trajectoire personnelle, ses expériences artistiques et ses choix de vie ont toujours échappé aux conventions. Elle n’a jamais cherché à effacer les zones les plus controversées de son parcours. Au contraire, elle les a assumées avec cette même liberté qui traversait son œuvre.

Elle était de ces artistes que l’on ne pouvait pas enfermer dans une biographie bien rangée.

Catherine Ringer avançait en dehors des lignes. Et sur scène, cette liberté devenait une force. Elle pouvait être extravagante sans être artificielle, provocante sans être cynique, drôle sans jamais devenir légère.

Sa voix, surtout, portait toutes ces contradictions. Une voix immédiatement identifiable, capable de faire surgir en quelques secondes une émotion, une inquiétude ou un éclat de rire.

Après Fred, continuer

En novembre 2007, Fred Chichin meurt brutalement d’un cancer. Il a 53 ans. Pour Catherine Ringer, le choc est immense. Les Rita Mitsouko semblaient indissociables de ce couple artistique et amoureux.

Elle quitte d’abord la scène. Puis elle revient. Parce qu’il faut bien continuer. Parce que les chansons existent encore. Parce que le public est là. Et peut-être aussi parce que chanter devient une manière de faire vivre celui qui n’est plus là.

En 2019, à la Philharmonie de Paris, elle célèbre sur scène les quarante ans de sa rencontre avec Fred Chichin. Ce n’est pas seulement un anniversaire. C’est une conversation avec un absent.

Catherine Ringer continuera ensuite à explorer d’autres territoires, jusqu’à la poésie. Elle aimait le rythme des mots, disait-elle, et improvisait parfois en rimes pendant ses concerts.

La chanteuse devenait alors presque diseuse, comédienne, poète.

Comme si, après avoir passé sa vie à faire exploser les frontières entre les genres, elle refusait encore une dernière fois de choisir une seule définition.

Le feu plutôt que la nostalgie

Catherine Ringer aurait pu devenir une icône nostalgique des années 1980. Elle ne l’a jamais accepté. Elle a continué à monter sur scène, à chanter, à expérimenter, à défendre les Rita Mitsouko et à transmettre leurs chansons à des générations qui n’étaient pas nées lorsque « Marcia Baïla » faisait danser la France.

C’est peut-être le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre. Catherine Ringer n’était pas une survivante de la grande époque du rock français. Elle en était encore une actrice.

Avec elle disparaît une personnalité rare de la chanson française. Une artiste qui avait compris très tôt qu’une chanson pouvait être à la fois populaire et étrange, immédiatement mémorable et profondément personnelle.

Une artiste qui savait que la scène n’est pas seulement un endroit où l’on chante. C’est un endroit où l’on vit.

Alors il restera les chansons. Il restera « Marcia Baïla », bien sûr. Il restera « Andy », « C’est comme ça », « Les histoires d’amour finissent mal ». Et surtout cette voix qui pouvait sembler venir de très loin et qui, pourtant, nous était immédiatement familière.

Fred Chichin était parti le premier. Catherine Ringer l’aura rejoint dix-neuf ans plus tard.

Les Rita Mitsouko ne sont désormais plus seulement un groupe mythique. Ils sont devenus une mémoire.

Mais une mémoire qui danse encore. Et quelque part, dans cette musique qui continue de jouer, Catherine Ringer est toujours là, les cheveux au vent, le regard malicieux, prête à nous rappeler que la vie — même lorsqu’elle finit mal — mérite d’être chantée avec tout le feu possible.

Victor Hache

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