« Les Misérables » : une fresque ambitieuse et flamboyante

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"Les Misérables" : Jean Valjean, devenu Monsieur Madeleine (Vincent Lindon, à gauche), est recherché par l'inspecteur Javert (Tahar Rahim), qui ignore sa véritable identité (©Christophe Brachet/Curiosa Films/Eskwad/StudioCanal).

Sortie cinéma/Les Misérables. Ils sont venus, ils sont tous là : Jean Valjean, l’inspecteur Javert, les Thénardier, Cosette, Fantine, Gavroche et tous les autres personnages de Victor Hugo défilent pendant trois heures devant la caméra du réalisateur Fred Cavayé pour une nouvelle adaptation des MISÉRABLES, ambitieuse et flamboyante (mercredi 14 octobre sur les écrans).

Les Misérables : le film est rythmé, la réalisation est sans surprises mais parfaitement maîtrisée, les reconstitutions historiques sont soignées et la quarantaine de millions d’euros du budget se voient à l’écran

L’histoire racontée dans ce chef d’œuvre de la littérature paru en 1862 est bien connue: adolescent, Jean Valjean vole un pain et est envoyé au bagne de Toulon. Libéré après 19 ans, il retombe dans ses travers en volant l’argenterie et deux chandeliers de l’évêque de Digne mais décide de changer de vie quand celui-ci lui pardonne.

Cosette et les Thénardier

Sous une fausse identité, il devient un notable respecté de tous, chef d’entreprise et maire de Montreuil-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, à l’autre bout du pays: Jean Valjean se fait appeler Monsieur Madeleine (Vincent Lindon).

Il va arracher à son pauvre sort la petite Cosette, confiée à un couple d’aubergistes sans scrupules, les Thénardier (Benjamin Lavherne et Camille Cottin), auxquels l’avait confiée sa mère Fantine (Noémie Merlant), mère célibataire pauvre et souffreteuse.

Fugitif en fuite

Mais Jean Valjean est toujours un fugitif en fuite, qui ne respecte pas sa liberté conditionnelle, et l’inspecteur Javert (Tahar Rahim), nommé à Montreuil-sur-Mer et qui n’a de cesse de le retrouver, a des doutes sur ce mystérieux Monsieur Madeleine: « Tout le monde a un passé. Quand on n’en a pas, c’est qu’on le cache », dit-il.

La traque va durer de longues années –jusqu’aux barricades de Paris de juin 1832, symbolisées par le gamin Gavroche, troisième enfant des Thénardier…

Film de trois heures

Comment condenser en un peu moins de trois heures les 5 tomes et 1.700 pages du roman de Victor Hugo? C’est le premier exploit de Fred Cavayé qui, outre la réalisation, a signé l’adaptation et les dialogues: « La difficulté fut de faire tenir l’histoire dans un film de moins de trois heures, mais jamais je ne me suis senti aussi libre en écrivant. Je le dois à Victor Hugo. Son autographe, dont j’ai fait l’acquisition et que j’ai placé sur mon bureau, m’a accompagné tout au long de l’écriture comme une sentinelle bienveillante ».

Il est resté fidèle à l’histoire, tout en changeant certains épisodes (le sort final de la mère Thénardier, par exemple) et en prenant quelques libertés. Cela commence d’ailleurs dès le générique de début avec une citation de Victor Hugo qui résume certes sa philosophie mais est tirée de L’Homme qui rit, publié en 1869, sept ans après Les Misérables: « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches ».



Une quinzaine d’adaptations

LES MISÉRABLES ont donné lieu à une quinzaine d’adaptations au cinéma depuis 1917 (sans compter le récent JEAN VALJEAN d’Éric Besnard, avec Grégory Gadebois dans le rôle-titre), et le réalisateur a voulu apposer sa patte à cette nouvelle version:  « J’avais en tête l’envie d’écrire un film choral et de faire naître des séquences qui n’existaient pas encore dans les adaptations, tout en restant fidèle à l’histoire initiale », explique-t-il.

« Ainsi, Javert, qu’on présente la plupart du temps comme un fils de flic, est-il, en réalité, né en prison de l’union d’une cartomancienne et d’un galérien. Celui qui incarne l’ordre provient d’un milieu encore plus défavorisé que Jean Valjean; ce qu’il déteste et combat est ce qui le renvoie à lui-même ».

Part belle aux personnages féminins

Il a donné la part belle aux personnages féminins dans son film (plus que Victor Hugo dans son livre) et, de ce film choral, ressortent bien sûr quelques acteurs importants, poussant leur jeu individuel plutôt que se fondre dans le moule: Tahar Rahim en cow-boy tourmenté (« Dieu pardonne, moi pas »), Vincent Lindon avec son regard de cocker triste, Camille Cottin qui refait le plein de méchanceté à chaque apparition en font parfois un peu trop. Benjamin Lavherne, plus nuancé, et Noémie Merlant, plus discrète, s’en tirent mieux.

C’est sans conteste le film le plus ambitieux de Fred Cavayé, réalisateur éclectique qui a débuté par trois thrillers haletants (POUR ELLE en 2003, À BOUT PORTANT en 2010, MEA CULPA en 2014), avant de se tourner vers la comédie avec RADIN! (2016), LE JEU (2018) et LES CHÈVRES (2024) mais aussi l’adaptation d’une pièce historique, ADIEU MONSIEUR HAFFMANN (2022).

De la belle ouvrage

Si certains dialogues sont parfois téléphonés, ces MISÉRABLES sont de la belle ouvrage, dans la lignée des adaptations historiques récentes dont le cinéma français s’enorgueillit, grands spectacles pour grand public, comme LES TROIS MOUSQUETAIRES ou LE COMTE DE MONTE-CRISTO.

C’est rythmé, la réalisation est sans surprises mais parfaitement maîtrisée, les reconstitutions historiques sont soignées et la quarantaine de millions d’euros du budget se voient à l’écran.

Et l’histoire est bien racontée, riche mais pas compliquée, fidèle à Victor Hugo et à son message humaniste, toujours d’actualité plus d’un siècle et demi plus tard, à l’image d’une réflexion du père Thénardier (c’est dans le film, pas dans le livre): « Pour que les riches soient riches, eh bien il faut qu’il y ait des pauvres. C’est comme ça et c’est pas près de changer ».

Jean-Michel Comte

LA PHRASE : « À trop vouloir l’ordre, on finit par engendrer le chaos » (Valjean à Javert).

  • Les Misérables (France, 2h59). Réalisation: Fred Cavayé. Avec Vincent Lindon, Tahar Rahim, Camille Cottin (Sortie 14 octobre 2026)

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