Sortie cinéma/ Fausse Note. « N’oubliez jamais ». Le réalisateur Alexandre Arcady fait son devoir de mémoire en évoquant la Shoah dans son nouveau film, un affrontement verbal en huis-clos entre Kad Merad et Benoît Poelvoorde adapté d’une pièce de théâtre: FAUSSE NOTE (ce mercredi 7 octobre sur les écrans).
Fausse note « est à mes yeux un film nécessaire pour combattre les contre-vérités et l’oubli » (Alexandre Arcady)
On est en décembre 1990, un an après la chute du mur de Berlin. Après son ultime concert à Paris, un chef d’orchestre de renom, directeur de l’Opéra-Comique, Alexandre Miller (Benoît Poelvoorde), est importuné dans sa loge par un admirateur, venu de Lyon, qui se présente comme Nathan Dinkel (Kad Merad).
Mystérieux admirateur
Après 12 années passées à Paris, le chef d’orchestre va prendre la direction du Philharmonique de Berlin. Le fan lui dit son admiration, et s’attarde auprès de lui resté seul dans le théâtre, alors que la troupe et les techniciens ont quitté les lieux.
Face à cet importun qui s’incruste et ne veut pas partir, le chef d’orchestre est agacé, intrigué, en colère. Mais que veut ce mystérieux admirateur, courtois et affable au premier abord? La tension monte entre les deux hommes, seuls en pleine nuit, enfermés dans les coulisses du théâtre vide…
Tiré d’une pièce
Alexandre Miller est allemand, Nathan Dinkel est juif, ils avaient 17 ans en 1944: sans spoiler la fin de l’histoire, pas besoin d’avoir beaucoup d’imagination pour deviner que le dialogue entre les deux hommes va porter sur la Seconde guerre mondiale.
Il y a un suspense qui s’installe peu à peu dans ce film tiré de la pièce de théâtre du même nom écrite et créée en 2017 par Didier Caron, jouée à l’origine par le duo Christophe Malavoy-Tom Novembre.
Théâtre filmé
Alexandre Arcady, 79 ans, l’a adaptée au cinéma en mélangeant suspense actuel et rappel historique du sort réservé aux Juifs par les Nazis. C’est son 19e film, après notamment des succès comme LE COUP DE SIROCCO, LE GRAND PARDON, L’UNION SACRÉE dans les années 80, ou plus récemment CE QUE LE JOUR DOIT À LA NUIT (2012) ou LE PETIT BLOND DE LA CASBAH (2023), son film autobiographique donc le plus personnel.
Ici il évite l’écueil du « théâtre filmé », sa réalisation est plutôt habile et réussie: « Un huis-clos est réducteur. En découvrant le film, les spectateurs seront portés par une mise en scène tout en mouvement et en rythme. Le film est très dynamique: il y a 1.600 plans au total et on oublie complètement cet enfermement », dit-il.
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Secret de Polichinel
Mais dès le début le fin mot de l’histoire est un secret de Polichinel, les circonstances et l’histoire sont peu vraisemblables, et surtout le dialogue entre les deux hommes –quand le spectateur a compris qui est qui– n’est pas réaliste, pas crédible. Et la fin du film, sous la neige, est à la limite du grotesque. La seconde moitié du film gâche donc la première, quand on ne sait pas encore mais que l’on devine.
Pour autant, c’est un film qui a le mérite de jouer son rôle de devoir de mémoire –un de plus, mais il n’y en aura jamais trop, par les temps qui courent. Récemment, Kad Merad avait déjà joué les résistants aux Nazis dans LES HÉROS DU LOUVRE, d’Élie Chouraki.
Contre-vérités et oublis
FAUSSE NOTE « est à mes yeux un film nécessaire pour combattre les contre-vérités et l’oubli », dit Alexandre Arcady. « Ce n’est pas innocent que je dédie ce film à mes 4 petits-enfants en leur disant «N’oubliez jamais…». C’est aussi ce que j’ai envie de dire aux spectateurs qui vont aller découvrir ce long-métrage ».
À la fin de ce film un peu bancal, sincère mais parfois lourd, le moment le plus réussi et le plus émouvant est donc le générique de fin: le réalisateur dédie donc son film « à mes petits-enfants Aaron, Hannah, Samuel et Mischa. N’oubliez jamais… ». Avant de rendre hommage « à la mémoire des musiciens déportés et assassinés par les Nazis« , dont 30 photos défilent de ces victimes des camps d’Auschwitz, Kaunas et Sodibor.
Jean-Michel Comte
LA PHRASE : « Si tu veux savoir où habite Dieu, écoute Mozart » (Kad Merad, citant son père mort dans les camps de concentration).
- Fausse note (France, 1h30). Réalisation: Alexandre Arcady. Avec Kad Merad, Benoît Poelvoorde, Caterina Murino (Sortie 7 octobre 2026)

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