saint jean-baptiste au bélier peint par caravage
"Le Jeune Saint Jean-Baptiste au bélier" de Caravage

Pour la première fois en France depuis 1965, est présentée au Musée Jacquemart-André à Paris, une exposition événement «Caravage à Rome, amis et ennemis» qui montre dix tableaux majeurs du peintre italien du XVIe siècle, réalisés durant la période romaine du maître du clair-obscur.

“Caravage à Rome, amis et ennemis”, une exposition événement. Le Musée Jacquemart-André est parvenu à rassembler dix tableaux de Caravage de sa période romaine grâce à des prêts, dont sept d’entre eux n’avaient jamais été exposés à Paris

Peintre majeur du classicisme français Nicolas Poussin (1594-1665), qui jalousait  Caravage, son aîné (1571-1610) aurait dit que sa peinture était laide. Un jugement un peu subjectif, tant la laideur pour certains est la beauté pour d’autres. De fait, le style des deux artistes était très différent avec d’un côté les œuvres de Poussin, flamboyantes, généreuses, heureuses, inspirée de la Bible classique, de l’autre la peinture puissante et novatrice au caractère naturaliste de son temps et au trait presque brutal parfois du Caravage, qui révolutionna la peinture du XVIe et du XVIIe siècle et influença de nombreux peintres de sa génération.

caravage le joueur de luthMichelangelo Merisi dit «Le Caravage» est né à Milan en 1571. L’exposition «Caravage à Rome, amis et ennemis » présentée au Musée Jacquemart André, à Paris, s’attache à la période romaine du peintre qui arriva à Rome au début des années 1590. Il y fera ses armes dans différents ateliers de la cité éternelle, se chargeant de peindre des fruits, des fleurs – qui jusqu’ici était une spécialité des peintres flamands – que l’on retrouve dans  «Le joueur de luth» (1595-1596), toile que l’on admire ici, entièrement restaurée, prêtée par le Musée de l’Ermitage de Saint-Saint-Pétersbourg.

La nuit venue, Caravage a une deuxième vie, débauche, alcool, bagarres de gens qu’il côtoie dans des tavernes, personnages ivres, joyeux, apeurés, surpris, violents qui inspirent parfois ses tableaux

Les peintres de sa génération utilisaient souvent le bleu, le blanc, le brun clair, le beige. Lui à cette époque drape ses personnages bibliques de pourpre, la pourpre de Rome les enveloppe. Chaque saint ou  chaque sainte en extase émerge de ce drap rouge et offre corps et torse au spectateur-voyeur. Caravage a représenté les gens, dans leur vérité. Il peint ses personnages, de façon réaliste, telles que sont les personnes qu’il rencontre quotidiennement. La nuit venue, il a une deuxième vie, débauche, alcool, bagarres de gens qu’il côtoie dans des tavernes, personnages ivres, joyeux, apeurés, surpris, violents qui inspirent parfois ses tableaux. Il fréquentait également les ateliers d’autres confrères, discutant, buvant ensemble, entouré d’amis ou de rivaux.

Sa «Madeleine» qui surjoue l’extase; était-ce une prostituée, une comédienne ? La caractéristique majeure de Caravage était de peindre des modèles qu’il faisait venir de la rue à son atelier. Telle était pour lui la seule vraie manière de peindre, pensait-il.

A Rome, il fut d’une créativité exceptionnelle comme nous le montre ces toiles exposées en majesté à Jacquemart André :  «Le joueur de luth», « Judith décapitant Holopherne»,  «Le Jeune Saint Jean-Baptiste au bélier», «Saint François en méditation», «Saint Jérôme», «Ecce Homo», «Le Souper à Emmaüs»,  «Saint François», «Madeleine en extase» ou encore «Saint-Jérôme» annotant un énorme livre en équilibre sur une tête de mort.

Parvenir à rassembler dix tableaux de Caravage de sa période romaine, grâce à des prêts, est d’autant plus exceptionnel que sept d’entre eux n’avaient jamais été exposés à Paris. Des toiles provenant des plus grands musées (Palais Barberini, de la Galerie Borghese,  Musées du Capitole à Rome, Pinacothèque de Brera à Milan, Musée Strada Nuova de Gênes, Musée de Crémone) ou de collections privées, qui dialoguent avec les œuvres de ses illustres contemporains, comme Giovanni Baglione, Bartolomeo Manfredi, Orazio Gentileschi ou José de Ribera

Caravage qui ne voulait pas être copié, avait des amis mais aussi des rivaux avec lesquels il eut des rixes, des procès et des oppositions violentes

Judith décapitant Holopherne par caravageMagistral, voici le tableau «Judith décapitant Holopherne» (vers 1600), commandé par un banquier génois, Ottavio Costa, un de ses mécènes. Elle tire le tyran par les cheveux, la tête est à demi tranchée par cette jeune fille, belle, l’air déterminé, à la blouse immaculée, aidée par sa servante tenant un drap brun pour y mettre la tête. Réaliste, sanglant, restituant son époque et les bouges où il s’enivrait.

On s’émerveille encore devant le «Jeune Saint-Jean Baptiste au bélier» (1602). C’est un Jean-Baptiste joyeux, heureux d’être nu, vivant. La toile a été prêtée par la Pinacothèque capitoline de Rome.

Voici encore «Saint-François en méditation» (1606) du Musée de Crémone, intense, soumis déjà à la mort dont le crâne ricanant attend sous le livre ouvert. Une seule couleur, le brun clair et le brun sombre, presque noir.

Caravage a changé. «Le joueur de luth» est très loin. Son séjour romain va se terminer, tout superflu dans son style a disparu. Reste la méditation, le début de la fin. La lumière était tombante, venue du ciel, le clair-obscur prend maintenant toute sa  place.

«Ecce homo» ou la résignation du Christ. Chair blanche, bras très longs coupés aux poignets par des liens, pagne blanc cru, et les tortionnaires, un soldat et Ponce Pilate, dont seuls les visages sortent de l’ombre qui le présentent à ses juges.

L’exposition s’intéresse aussi aux relations étroites du Caravage, non seulement avec les peintres de son époque, mais également avec les collectionneurs et les mécènes romains ou dignitaires religieux fortunés qui lui adressent de nombreuses commandes.

Caravage qui ne voulait pas être copié, avait des amis mais aussi des rivaux avec lesquels il eut des rixes, des procès et des oppositions violentes. C’est ainsi qu’il tua Ranuccio Tomassoni, «gardien de l’ordre», d’un coup d’épée, lors d’une rixe fatale. Il peindra alors des rédempteurs. Lui, incroyant, aurait-il eu un semblant de crainte, de la punition des hommes et de la punition divine ? Condamné à mort et contraint à l’exil, il meurt en 1610, sans avoir pu rejoindre la Rome qu’il a tant aimée.

«Le souper à Emmaüs» (1605-1606) dernière œuvre de la période romaine, peint pendant la fuite de l’artiste condamné à la décapitation pour meurtre. Il se cache au sud de Rome dans un village et il réalise cette toile. Des bruns, des bruns, des bruns. Peu de lumière. En diagonale, au-dessus du Christ des aubergistes et des pèlerins, du noir. Et toute la douleur et la sérénité du sacrifice sont ressenties. C’est la mise en scène de l’acceptation. Il mourra quatre ans après cette peinture, âgé d’à peine 39 ans.

La Caravage laisse un héritage artistique moderne, qui a permis de prendre en compte une direction artistique totalement neuve grâce à un langage pictural différent qui parlera à tous les grands peintres, surtout à ceux de la fin du XIXème siècle.

Exposition “Caravage à Rome, amis et ennemis” jusqu’au 28 janvier 2019 au Musée Jacquemart-André: 158,  boulevard Haussmann, 75008 Paris – https://www.musee-jacquemart-andre.com/

Lire: L’œuvre en noir du peintre Pierre Soulages: https://www.weculte.com/cultures/exposition-loeuvre-en-noir-du-peintre-pierre-soulages/ 

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