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Jos Houben dans son nouveau spectacle "L'art du rire" à La Scala de Paris jusqu'au 22 février. (c) Giovanni Cittadini Cesi

Interview. Faiseur de théâtre, acteur, pédagogue, metteur en scène, créateur,… Jos Houben est un artiste iconoclaste qui a séduit les publics du monde entier. La Scala de Paris lui confie les planches de son théâtre jusqu’au 22 février pour un master class sur le rire. Poilade garantie !

Jos Houben: “Je ne joue pas juste pour faire rire. Le public comprend très bien que l’enseignant que je représente est une posture, un emballage. Après, je fais ce que je veux à l’intérieur du paquet !”

 “L’art du rire” que vous jouez actuellement à la Scala est une oeuvre difficilement classable. S’agit-il d’une conférence, d’un seul en scène, d’une pièce de théâtre ou rien de tout cela ?

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(c)Giovanni Cittadini Cesi

Jos Houben: Pour répondre à votre question, il faut remonter le temps. A la fin des années 80, j’ai commencé à faire des workshops sur le rire destinés à des comédiens et des étudiants se destinant à la comédie dans plusieurs pays du Globe. Il fallait donc que je trouve une formule susceptible de fonctionner partout. J’ai alors eu l’idée de prendre la prémisse du corps et de sa verticalité, éléments universels  par excellence. J’ai ensuite mis ces ateliers de côté durant 30 ans pour me consacrer à la création de pièces de théâtre en Angleterre (Jos Houben a notamment créé les pièces à succès “A Minute Too Late” et “The Right Size” ndla). Au début des années 2000, le théâtre Jacques-Lecoq où j’avais fait mes études, m’a proposé un poste d’enseignant. J’ai donc décidé de quitter Londres pour revenir à Paris et ai repris mes fameux workshops. Un jour, quelqu’un m’a dit “c’est bien ce que tu racontes aux élèves. ça pourrait marcher pour le public”. Cette phrase anodine m’a mené jusque sur les planches du théâtre Le Samovar, à Bagnolet puis sur celles des Bouffes du Nord en 2004. Il me semblait trop risqué de fonctionner sur de la quasi impro face à un tel public. J’ai ressenti le besoin de passer à l’écriture pour sculpter un peu le texte. Pour autant, j’ai toujours voulu rester honnête avec mon public. Je ne suis ni un comique, ni un spécialiste du rire. Je crois que je suis un peu philosophe ! J’utilise mon corps pour communiquer ce que j’ai vu et ce qui me touche. Ce que je découvre des gens en retour me nourrit et me pousse à aller plus loin.

Au moment de son lancement sur les planches parisiennes, votre workshop a fait un tabac. Comment expliquez-vous ce succès ?

Jos Houben: Après les Bouffes du Nord, j’ai fait trois dates dans la grande salle du Théâtre du Rond-Point.  Je me suis retrouvé en première page des journaux, à la télévision, sur les ondes de radio,… C’était incroyable ! Je crois que les gens ont été touchés par la simplicité de ce que je proposais. Je me souviens d’un vieux monsieur, ancien metteur en scène, qui m’a dit à la fin d’une représentation :  “Merci. Votre spectacle est un acte de tendresse pour le public”. C’est exactement cela. Je ne joue pas juste pour faire rire. J’aspire à développer la même aisance que les vieux artistes de music hall qui, jour après jour, année après année, étaient là sans relâche pour tout offrir à leur public.

Ce master class a-t-il évolué depuis sa création ?

Jos Houben: Initialement, il durait 50 minutes mais on me disait régulièrement que c’était trop court. J’ai ajouté 10 minutes et je n’ai jamais plus reçu aucune remarque depuis. Une heure, c’est le temps juste pour que le public absorbe de nouvelles informations. Le contenu n’a pas changé mais je l’ai épuré. Je me garde bien de dépasser une certaine frontière car je ne souhaite en aucun cas devenir un comique à sketches ni un amuseur professionnel. Il y a bien sûr une vraie jouissance à provoquer le rire mais je ne suis pas accroc à ce carburant. Je suis un artiste et à ce titre, j’aime aussi créer des silences et des émotions. Le public comprend très bien que l’enseignant que je représente est une posture, un emballage. Après, je fais ce que je veux à l’intérieur du paquet !

Près de 30 ans après avoir écrit “L’art du rire”, quel accueil recevez-vous du public ?

Jos Houben : Les réactions ont vraiment changé depuis les 5 dernières années. Il est de plus en plus fréquent que les spectateurs viennent me toucher à la fin du spectacle, comme si j’étais une sorte de Messie qui avait fait quelque chose de l’ordre du thérapeutique. Le contexte actuel est très anxiogène. Les gens ont besoin de rire. Mais je le fais sans jamais évoquer la politique ni la société.

Vous avez proposé ce master class au public du monde entier. Les réactions sont-elles différentes d’un pays à l’autre ?

Jos Houben: Lorsqu’on utilise le corps et ses codes, le déclenchement du rire est universel. Néanmoins, je note quelques petites divergences selon les cultures. Les Américains par exemple ne comprennent pas l’invitation au sourire dans la partie introductive du spectacle. Avec eux, il faut donner tout de suite beaucoup d’énergie pour qu’ils réagissent, sinon, ça les déstabilise. En Israël, le public est tellement sous tension que lorsque tu commences à les faire rire, ça ouvre quelque chose de très puissant qui peut conduire jusqu’à l’hystérie. Il faut donc réussir à les calmer. Les Italiens sont très chaleureux. Le spectacle a à peine commencé qu’ils hurlent déjà des “bravo ! bravo !” et applaudissent à tout va !

L’art du rire et celui de la manipulation semblent finalement très proches ?

jos houben l'art du rireJos Houben: J’utilise le même comportement manipulateur qu’un magicien ou qu’un hypnotiseur dans le sens où le public ne me voit pas venir. Il suffit que je dise “je vais vous faire rire”, pour que le public se braque. C’est couru d’avance et j’en joue. Néanmoins, j’utilise très vite quelques recettes pour forcer les spectateurs à s’entendre rire. C’est une condition indispensable pour qu’ils s’autorisent ensuite à rire ensemble. A défaut, ils seront sous tension. Mais en réalité, je le fais plus par confort pour eux, que pour moi car je sais pertinemment que dès que je commence à onduler et trébucher, je les embarque avec moi !

Entretien réalisé par Sandra Franrenet

“L’art du rire” de Jos Houben, jusqu’au 22 février – La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg, Paris, 10e

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