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Flavia Coelho fait son grand retour avec "Ginga", son nouvel album (c) Li Rodagil

Musique/Interview. Après « DNA », la chanteuse originaire du Brésil fait son grand retour avec « Ginga » : un album au tempo chaloupé inspiré des musiques qu’elle écoutait adolescente, fait de fusion des genres et d’ambiances métissées, où se mêlent samba, house, reggae, funk, sons afro-latinos et saudade capverdienne. Un répertoire solaire, mélancolique, dansant et très chantant qui permet de découvrir une toute nouvelle Flavia Coelho dont l’interprétation sensible et émouvante dans sa langue natale, invite au voyage.


Flavia Coelho : « Au Brésil, on s’exprime par la parole, la danse et notre joie qui est aussi un combat. C’est notre seule manière de lutter contre cette morosité »


Il n’y a pas plus solaire et positive que Flavia Coelho. Installée en France depuis 18 ans, la chanteuse originaire du Brésil s’est construite par la scène et le live où elle a su conquérir le cœur du public, grâce à des performances chargées en énergie positive.

Après « DNA », son précédent opus, elle revient avec « Ginga », un album au tempo chaloupé, inspiré par les musiques qu’elle écoutait adolescente dans son pays et sur lesquelles elle dansait jusque tard dans la nuit. « Ginga » ? « c’est un jeu de jambes et c’est aussi une manière d’être au Brésil » confie-t-elle. « Quand on dit d’une personne qu’elle a de la ginga, cela signifie que c’est quelqu’un qui sait se débrouiller, qui fait bouger les lignes et qui sait danser. La Ginga c’est aussi un des mouvements de la capoeira, qui était une espèce de lutte maquillée en danse pour que les esclaves à l’époque se protègent. »

Créé avec son complice des débuts, le producteur et arrangeur Victor Vagh-Weinmann, son nouvel album s’accompagne d’ambiances métissées et de fusion des genres hérités de la samba, de house, reggae, funk, de sons latinos ou afros et de saudade capverdienne. Dix chansons originales interprétées en portugais, qui sonnent presque comme des musiques du patrimoine brésilien dans lequel elle s’est plongée pour faire évoluer le « chemin harmonique » de ses propres chansons « dans le but d’éveiller les émotions

Un répertoire richement métissé, voyageur, mélancolique, dansant et très chantant qui nous fait découvrir une toute nouvelle Flavia Coelho, dont l’interprétation sensible et émouvante dans sa langue natale, fait de cet album une vraie réussite.

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Flavia Coelho : « Ma force vient du fait que je suis devenue la personne que je rêvais d’être » (c) Li Rodagil

« Ginga » a été inspiré des musiques vous écoutiez adolescente. Diriez-vous qu’elles ont été fondatrices de votre univers et de votre parcours artistique?

Flavia Coelho : Cette année, cela va faire 30 ans que je chante. Je vais avoir 43 ans en juillet, j’ai commencé à l’âge de 14 ans. C’est ce moment de l’éveil de l’adolescence, c’est aussi le moment où Internet arrive. Tout le paradigme change dans la manière d’écouter le monde et la musique. En 1994, elle venait de partout. J’écoutais les couplets, les refrains des chansons, je connaissais les thèmes des guitares, des claviers, on pouvait chanter les solos. J’écoutais les musiques populaires du Brésil qui venaient de maisons voisines, des musiques anglaises, américaines. Je vivais déjà dans ce métissage autour de moi. C’était ma formation musicale. C’est comme cela que j’ai commencé à découvrir la musique et que par la suite j’ai voulu chanter.

« DNA » votre précédent opus était plus engagé et évoquait les problèmes politiques de votre pays au temps de Bolsonaro. Depuis l’élection de Lula, est-ce que le Brésil va mieux ?

Flavia Coelho: Cela va mieux parce qu’il n’y plus « l’odeur » de l’extrême-droite et tout ce qui allait avec. Les discussions sont plus ouvertes. Je sens qu’il y a un apaisement. Après quatre ans de dégâts, il y a beaucoup à faire et il y a cette graine qui a été semée, qui est toujours présente. Avec « DNA », je voulais écrire sur l’actualité pure et dure. Je ne suis pas journaliste, je suis autrice-compositrice, je raconte des histoires. Pour « Ginga », j’évoque un autre moment de ma vie. C’est un disque moins politique, mais il est engagé. A partir du moment où je parle de cette joie intense que nous avons au pays d’essayer de se débrouiller, de se démarquer et d’avoir de la résilience, c’est de l’engagement. J’entendais Edouard Louis qui disait que la joie est aussi politique parce que c’est la seule manière de contrarier « le dominant ». Malgré tout ce qu’ils nous font, on essaie toujours de faire des choses. Une autre phrase que j’ai entendue a été très importante dans mon écriture, qui dit « on vit nos 20 premières années et les 20 suivantes sont là pour essayer de comprendre les 20 premières.» Je suis dans ce cycle de compréhension, des sujets que j’évoque dans « Ginga ».

Avez-vous la nostalgie de votre enfance ?

Flavia Coelho : Pas tant que ça. Ce n’est pas un disque de boomer ! (rires). L’idée n’est pas de dire que c’était mieux avant. J’ai eu une enfance très dure, on avait faim, on n’avait pas d’argent, on ne pouvait rien faire. Si je regarde mes 20 ans en arrière, j’ai vécu vraiment ce qu’on appelle « le transfuge de classe ». J’étais quelqu’un qui ne connaissait rien. Un enfant pauvre avec des parents qui avaient des difficultés pour vivre, qui ne pensaient qu’à une seule chose, nous nourrir et nous donner un peu d’éducation. Je n’étais pas sensée avoir la vie que j’ai aujourd’hui. J’ai une totale conscience que grâce à la musique, le travail, les rencontres que j’ai pu faire et tout un tas de choses, je suis privilégiée. J’avais besoin d’écrire sur ce parcours à travers des textes qui soient assez universels, car ce n’est pas un album autobiographique, ni une séance de psychanalyse.



Ce sont des compositions originales et l’étonnant c’est que vos chansons sonnent presque comme des musiques du patrimoine brésilien !

Flavia Coelho : Cela me fait plaisir que vous disiez cela. En fait, je me suis plongée pendant un an et demi dans les pièces classiques pour comprendre comment sont construits les morceaux classiques. Cela m’a conduit à essayer de changer le « chemin harmonique » de mes propres chansons pour faire vivre l’émotion à l’intérieur de titres plus longs que d’habitude, qui vont de 3,35 à 4,40 minutes ! Je voulais vraiment pousser cela pour que les gens puissent prendre le temps d’écouter la musique et de vivre des émotions.

Il y a de la saudade dans vos nouvelles chansons qui sont à la fois solaires et mélancoliques. Y-aurait-il un côté Cesaria Evora en vous ?

Flavia Coelho : Bien sûr qu’elle était là dans la manière que j’ai essayé d’avoir, de rechercher cette douceur, cette force tranquille de certaines chansons. La force de Cesaria Evora était dans son histoire, dans tout son personnage alors qu’il y avait une douceur extrême au moment de chanter. C’est ce sentiment de douceur que j’ai cherché à transmettre.

Faut-il voir dans « Mama Santa » une chanson hommage aux combats des femmes ?

Flavia Coelho : C’est une chanson inspirée des phrases que j’entendais quand j’étais ado au Brésil où les femmes sont très nombreuses. Les hommes partent au boulot, on reste chez nous, on est toutes dans la galère et on prends soin les unes des autres. Cela fait partie du socle de ma vie. Je n’ai pas eu ma mère pendant mon adolescence, elle est décédée quand j’avais onze ans, donc j’ai adopté plusieurs mamans. C’est un hommage à l’extrême résilience que nous avons toutes, qui nous permet de continuer d’avancer et de se battre.

Parlez-nous de « Mais Amour », un titre fédérateur et très dansant…

Flavia Coelho : Là, on est dans le Brésil de tous les jours. Elle dit « notre parole, c’est notre instrument qui définit tous nos sentiments ». C’est par là qu’on s’exprime, par la danse et notre joie qui est aussi un combat. C’est notre seule manière de lutter contre cette morosité. Cette joie que l’on a en nous que l’extrême-droite au pays a essayé de nier, que les fake news essaient de détruire. Ce titre parle de tout cela.

Vous êtes très lumineuse et vous avez toujours le sourire. D’où vient l’énergie qui vous habite malgré la morosité ambiante ?

Flavia Coelho : Je suis contre la positivité toxique car il ne faut pas se voiler la face : le monde va très mal. Dans cet énorme malheur, ma force vient du fait que je suis devenue la personne que je rêvais d’être. Je n’ai jamais rêvé de posséder. Je rêvais d’être plus intelligente, cultivée, d’être musicienne, d’être quelqu’un de bien, d’essayer d’être à l’écoute des autres, d’être bienveillante. Je mesure la chance que j’ai de vivre de ma passion, que les gens viennent nous voir en concert et d’avoir eu des parents qui ont construit leur vie pour que je puisse être ici aujourd’hui.

Dans « De vous à moi », vous parlez de votre relation très forte avec le public. Que vous a apporté la France, votre pays d’adoption où vous vous êtes installée il y a plus de 18 ans…

Flavia Coelho : La France m’a accueillie. Je me sentais comme un bébé car je ne connaissais pas les codes, la langue. J’ai grandi grâce à ce pays et à toutes les possibilités qui existent ici pour qu’on puisse vivre de la musique. J’ai fait des rencontres incroyables, j’ai un public qui me suit depuis des années malgré le fait que ce n’est pas facile de sortir et que les gens aujourd’hui ont d’autres priorités. La France est un pays qui se bat pour la culture. Je vois bien sûr que beaucoup de choses se sont améliorées et d’autres pas. Ce que je trouve très fort, c’est de voir comment les gens continuent d’être curieux, comment ils aiment découvrir les artistes, les pièces, les spectacles. Vous êtes uniques !

Entretien réalisé par Victor Hache

  • Album : Flavia Coelho « Ginga » Pias
  • En tournée partout en France. Le 12 mars 2025 à l’Olympia, Paris.

 

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