Sortie cinéma. Formidable cinéma iranien, qui résiste depuis des années contre le régime des mollahs et offre notamment des films avec des personnages féminins forts, comme fers de lance de la révolte. Nouvel exemple avec WOMAN AND CHILD, du réalisateur Saeed Roustaee, qui sort mercredi 25 février sur les écrans après avoir été présenté en compétition au Festival de Cannes 2025.
« Woman and Child » : Le film décrit avec force une société iranienne dans laquelle, à la fois dans la vie privée et dans l’espace public, il est difficile d’être une femme, une mère, une épouse, une veuve, une divorcée, une fiancée, une fille, une belle-fille, une belle-sœur, une tante…
Le film raconte l’histoire d’une infirmière veuve de 40 ans, Mahnaz (Prinaz Izadyar), qui élève seule ses deux enfants: son fils de 14 ans Aliyar (Sinan Mohebi) et sa fille de 8 ans Neda (Arshida Dorostkar). Ils habitent dans un immeuble chic, mènent une existence banale mais tranquille, et entre les trois c’est l’harmonie familiale.
Mais la jeune femme doit se battre constamment contre son fils rebelle et turbulent, en pleine crise d’adolescence. Celui-ci adore sa mère, mais son père lui manque et à l’école il joue les petits caïds, morveux débrouillard et insolent, souvent puni ou exclu.
Événements négatifs
Mahnaz rêve de se remarier avec Hamid (Payman Maadi), 48 ans, un ambulancier qui lui fait la cour. Mais elle n’ose le dire à son fils. Et, quand elle reçoit la famille d’Hamid chez elle pour la demande officielle en mariage, elle doit cacher son veuvage et ses enfants: ceux-ci sont envoyés loger chez leurs grands-parents.
C’est pendant cet épisode important de sa nouvelle vie que Mahnaz va connaître deux événements négatifs, dont l’un tragique. Deux événements qui vont obliger la jeune veuve à se battre contre l’administration, la justice, la société et même sa famille…
Trilogie
« WOMAN AND CHILD peut être vu comme l’épilogue de ma trilogie sur les femmes iraniennes, commencée avec LIFE AND A DAY (2016) et poursuivie avec LEILA ET SES FRÈRES (2022). Au fil de ces œuvres, mes préoccupations ont évolué et j’ai été le témoin de profondes mutations au sein de la communauté dans laquelle je vis: la plus importante concerne la montée en puissance des femmes au cœur des luttes sociales et culturelles », explique le réalisateur, dont c’est le quatrième film.
Il s’est fait connaître par le deuxième, LA LOI DE TÉHÉRAN (2019), une enquête parmi les consommateurs de drogue. Son troisième, LeIla et ses frères, présenté en compétition au Festival de Cannes, a été interdit en Iran, et il a été condamné à 6 mois de prison et 5 ans d’interdiction de tournage pour « propagande contre le régime », une peine qui a ensuite été suspendue.
Polémique
Contrairement à certains réalisateurs iraniens contraints à l’exil, Saeed Roustaee, 36 ans, a choisi de rester tourner dans son pays, comme son compatriote Jafar Panahi, Palme d’or du dernier Festival de Cannes pour son film UN SIMPLE ACCIDENT. Pour WOMAN AND CHILD, il a dû demander une autorisation de tournage et se plier aux exigences du régime, notamment de tourner avec des actrices portant le voile.
Cela lui a valu les critiques de certains de ses collègues qui lui ont reproché de collaborer avec les autorités, polémique à laquelle il a répondu en expliquant qu’il n’aurait pu tourner son film de manière clandestine, et que l’autorisation de tournage était le seul moyen pour que le film soit vu par les Iraniens.
Difficile d’être une femme
« Je trouve étrange d’être accusé de collaborer avec l’État par des gens qui vivent en dehors d’Iran », s’est-il défendu dans une interview au journal américain Variety. « WOMAN AND CHILD est un film indépendant. Le seul compromis a été l’autorisation, que j’ai été obligé d’obtenir, pour pouvoir finalement raconter cette histoire ».
Le film est parfois un peu long, et les rebondissements mélodramatiques ne manquent pas. Mais il décrit avec force une société iranienne dans laquelle, à la fois dans la vie privée et dans l’espace public, il est difficile d’être une femme, une mère, une épouse, une veuve, une divorcée, une fiancée, une fille, une belle-fille, une belle-sœur, une tante…
« «Woman and Child» est une expression très masculine en iranien. Les hommes désignent leur famille par ce terme, au sens «ma femme et mon enfant». Il est accompagné d’une notion de possession et de contrôle », explique Saeed Roustaee. « Mon film parle d’une femme qui n’est dépendante d’aucun homme. Mahnaz est une femme mais son identité ne se construit pas autour de son rôle d’épouse, de fille, ni même de mère ».
Personnages féminins
WOMAN AND CHILD est ainsi dans le droit fil des films iraniens récents au personnage principal féminin, fort et représentatif de la lutte contre le régime et la société patriarcale: entre autres MON GÂTEAU PRÉFÉRÉ, LES GRAINES DU FIGUIER SAUVAGE, LA FEMME QUI EN SAVAIT TROP, SEPT JOURS et prochainement ROYA.
Les deux enfants de WOMAN AND CHILD sont très bien (le grand frère mais aussi sa petite sœur, attachante). Mais c’est bien sûr l’actrice principale Parinaz Izadyar qui attire toute l’attention et donne au film sa puissance, sa crédibilité. Même (et surtout?) avec le voile islamique qu’on lui impose.
Jean-Michel Comte
LA PHRASE : « Le divorce, ce n’est pas la fin du monde. Beaucoup de femmes divorcent et vivent dignement après » (Mahnaz, à sa sœur).
- Woman And Child (« Zan o Bacheh ») (Iran, 2h11). Réalisation: Saeed Roustaee. Avec Parinaz Izadyar, Sinan Mohebi, Payman Maadi (Sortie 25 février 2026)

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