« La Bataille de Gaulle – L’Âge de fer »: un seul destin, la France

la bataille de gaulle
"La Bataille de Gaulle -l'Âge de fer" : Pour le général de Gaulle (Simon Abkarian), le destin de la France est d'être libre (©Pathé Films/TF1 Films Production/Belvédère/Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma).

Sortie cinéma. Le Grand Charles, chef de la France Libre pendant la guerre avant de devenir le fondateur de la Ve République, a un biopic d’une ampleur digne de sa légende: LA BATAILLE DE GAULLE est un diptyque somptueux et ambitieux dont le premier volet, L’ÂGE DE FER, sort sur les écrans mercredi 3 juin, après avoir été présenté hors-compétition au récent Festival de Cannes.

La Bataille de Gaulle – L’Âge de fer : le réalisateur Antonin Baudry a voulu montrer autant que possible le côté humain de Charles de Gaulle, pendant cette période cruciale de sa vie: un de Gaulle idéaliste forcené, patriote absolu, soldat courageux, chef ombrageux, icône naissante, sorte de Don Quichotte têtu

Le deuxième film, J’ÉCRIS TON NOM, ne tardera pas puisque les spectateurs pourront le voir dans les salles dans un mois, à partir du vendredi 3 juillet.

Ce n’est pas un biopic, insiste le réalisateur, Antonin Baudry. « Disons qu’il y a l’excitation de l’aventure, le tragique du thriller, de la comédie, du drame », expliquait-il dans une interview au numéro de mai du mensuel Première.

Ce premier film commence en juin 1940, au moment où la France de Pétain signe l’armistice, et s’achève en novembre 1942, avec la libération d’Alger. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. D’abord seul contre tous, ce général inconnu s’échappe vers Londres pour sauver ce qu’il reste d’un rêve: la liberté.

Mers el-Kebir et Bir Hakeim

C’est la bataille de Montcornet en mai 1940 qui permet au colonel de Gaulle (Simon Abkarian) de devenir général.

Il y aura ensuite la capitulation de Pétain face aux Allemands, l’envol de de Gaulle pour Londres, l’appel du 18 juin au micro de la BBC, Mers el-Kébir en juillet 1940, Leclerc envoyé au Cameroun, Pleven au Tchad, l’échec de la bataille de Dakar en septembre 1940, Brazzaville nouveau QG de la France Libre en octobre 1940, la manifestation des étudiants et lycéens le 11 novembre 1940 à l’Arc de Triomphe, la rencontre avec Jean Moulin en octobre 1941, le débarquement de la France Libre à Saint-Pierre-et-Miquelon en décembre 1941, la guerre du désert avec, pour finir, l’épique bataille de Bir-Hakeim en mai-juin 1942, morceau de bravoure des scènes de guerre du film.

Roosevelt et Churchill

Ce premier volet raconte toutes les difficultés de de Gaulle pour se faire admettre comme représentant de la France, aux yeux du président américain Franklin D. Roosevelt et surtout du Premier ministre britannique Winston Churchill (Simon Russell Beale).

Parallèlement on suit la vie d’un lycéen, Fernand (Florian Lesieur), personnage réel (on le constatera en fin de film) qui, à Paris puis à Alger, entre lui aussi en résistance, tout comme Livia (Anamaria Vartolomei), la sœur juive d’un copain lycéen…

Projet ambitieux

Le chef de la France Libre a déjà été représenté à l’écran par Lambert Wilson en 2020 dans DE GAULLE, réalisé par Gabriel Le Bomin, et une demi-douzaine d’autres fois dans des téléfilms ou séries télévisées (sous les traits de Bernard Farcy, Jacques Boudet, Pierre Vernier, Michel Vuillermoz, Samuel Labarthe).

Mais ici le projet, produit par Pathé, est d’une autre dimension, d’une autre ambition, avec un budget estimé à 74 millions d’euros pour les deux films, soit 15 à 20 fois le budget moyen d’un film français et l’équivalent du coût (72 millions) du diptyque Les Trois Mousquetaires (D’ARTAGNAN et MILADY) en 2023.



Distribution riche

Cela se voit à l’écran, avec une distribution riche (Benoît Magimel en général Koenig, héros de Bir Hakeim; Mathieu Kassovitz en amiral Darlan; Niels Schneider en général Leclerc) et des scènes de combats et de batailles rares mais très efficaces.

Mais le film est surtout l’occasion de scènes plus intimes, notamment les nombreuses rencontres entre Churchill (verre de whisky, gros cigares) et de Gaulle (uniforme impeccable, verbe haut) virant souvent à l’affrontement, scènes parfois réussies et parfois un peu théâtrales, entre un je-t’aime-moi-non-plus franco-britannique parfois cocasse et un remake sérieux du duo De Funès-Bourvil dans LA GRANDE VADROUILLE.

Amour-haine

« C’est une histoire d’amour-haine, de détestation et de tendresse tumultueuse et passionnante. Ils ne sont pas seulement alliés, ils partagent une vision romantique du monde, contrairement à Roosevelt et à l’Amérique en général, qui porte une vision plus rationaliste et calculatrice », explique le réalisateur.

Basé sur le livre De Gaulle, Une certaine idée de la France (Ed. Seuil), de l’historien britannique Julian Jackson, paru en 2019, riche de témoignages, le film se veut d’une précision historique sans faille.

C’est l’obsession du détail qui a constamment animé Antonin Baudry, 51 ans, ancien conseiller ministériel de Dominique de Villepin de 2002 à 2005 puis diplomate avant de se lancer dans le cinéma avec le succès de son premier film LE CHANT DU LOUP (2019), avec François Civil, Mathieu Kassovitz et Omar Sy.

Don Quichotte têtu

Il a voulu montrer autant que possible le côté humain de Charles de Gaulle, pendant cette période cruciale de sa vie: un de Gaulle idéaliste forcené, patriote absolu, soldat courageux, chef ombrageux, icône naissante, sorte de Don Quichotte têtu. Le héros de Cervantes est « un personnage qui a un imaginaire et qui n’y renonce jamais. Exactement comme de Gaulle », disait-il dans la même interview à Première.

Mais il y a aussi le de Gaulle parfois cocasse, ironique, inattendu: « C’est le côté médiéval de de Gaulle qui m’intéresse. Ça revenait souvent dans les témoignages: un type sorti d’un autre âge. Donc décalé. Donc marrant, parfois ».

Débandade

Par exemple quand un jeune capitaine s’exclame « C’est la débandade! » pendant la bataille de Montcornet, de Gaulle lui rétorque: « Est-ce que j’ai l’air de débander? ». Ou à Brazzaville en octobre 1940: « Les moustiques ne piquent pas le général de Gaulle! », affirme-t-il, quelques jours avant de souffrir d’une crise de paludisme…

Pour incarner ce de Gaulle difficile à interpréter à l’écran, le réalisateur a choisi Simon Abkarian, qui s’en tire remarquablement. Il est très crédible car « il a réussi un défi extraordinaire: exprimer l’émotion d’un personnage qui s’acharne à n’en dévoiler aucune », dit de lui Antonin Baudry.

« J’ai fait ce film pour les jeunes générations, pour mes enfants et leurs amis, des ados de 15-16 ans à une vingtaine d’années. Ce n’est pas facile d’être adolescent aujourd’hui, on se sent impuissant par rapport aux grands évènements du monde, les forces agissantes nous dépassent. C’est ce qu’ont vécu les gens en 40 quand l’armée allemande a débarqué dans leurs rues », explique le réalisateur.

Lycéens

« Or, le premier message de refus des occupants nazis, ce sont des lycéens qui l’ont émis avec la manifestation spontanée du 11 novembre 1940. Plusieurs lycéens préparaient cet événement chacun dans leur coin sans savoir que les autres le faisaient aussi. Ils s’attendaient à être quelques dizaines et finalement, ils étaient 3.000; ils ont débordé les forces de l’ordre et sont parvenus jusqu’à l’Arc de triomphe ».

C’est l’une des scènes fortes du film, et qui donne envie de voir la suite. Le premier film, conclut Antonin Baudry, « c’est une ligne droite, un marathon couru à la vitesse d’un sprint. Le deuxième [qui s’achèvera à l’été 1944 et la libération de Paris], c’est un sport collectif », avec notamment un regard plus détaillé sur la Résistance (Jean Moulin et la jeune résistante juive Livia) et un nouveau personnage important, le général Giraud, incarné par Thierry Lhermitte.

Jean-Michel Comte

LA PHRASE : « Mieux vaut la mort que la capitulation. C’est la raison d’être de la France Libre » (De Gaulle, avant la bataille de Bir Hakeim, qu’on croyait perdue d’avance).

  • LA BATAILLE DE GAULLE – L’ÂGE DE FER (France, 2h40). Réalisation: Antonin Baudry. Avec Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Florian Lesieur (Sortie 3 juin 2026)

cinégong logo
  • Retrouvez cette chronique ainsi que l’ensemble des sorties cinéma de Jean-Michel Comte sur le site Cinégong

TAGS

Image de Jean-Michel Comte

Jean-Michel Comte