Toutes les musiques de We Culte. Mercredi 27 mai, Gaëtan Roussel retrouvait le Zénith de Paris dans le cadre de la tournée accompagnant la sortie de son tout nouvel album, Marjolaine. Pendant près d’1h30, l’ancien leader de Louise Attaque a offert au public parisien un show sous haute tension électrique, alternant montées rock fiévreuses et parenthèses suspendues, plus intimes, traversées d’émotion.
Gaëtan Roussel : Mélodies obstinées, refrains entêtants, goût des motifs répétitifs : le chanteur impose une continuité stylistique qui transcende les décennies

Entre chansons de ses albums solo et incontournables du répertoire de Louise Attaque, dont il fut la voix singulière et le moteur créatif, Gaëtan Roussel a offert un concert pensé comme un dialogue entre plusieurs vies musicales.
Une traversée cohérente et généreuse où les tubes du passé s’emboîtent naturellement aux morceaux récents de Marjolaine, devant un public chauffé à blanc, prêt à chanter chaque refrain comme un hymne collectif.
Dehors, Paris suffoque sous une chaleur lourde et inhabituelle. Une canicule de fin mai écrase la capitale. À l’intérieur du Zénith, le climat ne paraît guère plus tempéré : celle d’un concert lui aussi brûlant, électrique, saturé d’énergie, comme si la scène prolongeait l’état thermique de la ville.
Le dispositif scénique frappe dès l’ouverture. Les musiciens se présentent un à un face caméra, accompagnés d’une musique électro.
Le concert démarre avec « Marjolaine », morceau-titre du nouvel album.. Sur l’écran monumental en fond de scène, le visage de Gaëtan Roussel se démultiplie dans une esthétique proche de la sérigraphie pop art : gros plans, répétitions visuelles, variations chromatiques.
Casquette vissée sur la tête, survêtement bleu nuit, le chanteur évolue devant cinq musiciens réduits à des silhouettes noires découpées à contre-jour, tandis qu’un écran ovale suspendu au-dessus du plateau s’inclinera progressivement tout au long du show.
D’emblée, le ton est donné : pendant près d’une heure trente, le concert ne perdra presque jamais en intensité. Gaëtan Roussel chauffe rapidement la salle avec quelques « la-la-la » repris en chœur avant d’enchaîner avec « Les Soirées parisiennes », titre emblématique de Louise Attaque. « On est là pour rire, pour danser, pour chanter » suivi de « bienvenue, tu es ici chez toi », lance-t-il à un public déjà entièrement acquis.
L’énergie monte d’un cran avec « Passe la vie », morceau lumineux et nerveux, porté par une pulsation joyeuse. À plusieurs reprises, Roussel exhorte la salle : « Tout le monde les mains en l’air, et vous aussi là bas au fond derrière ! ». Les spectateurs répondent avec enthousiasme, transformant progressivement le Zénith en vaste célébration collective.
Le climat se durcit avec « La Frousse », extrait de Planète Terre, album récent de Louise Attaque. Plus frontal, plus musclé, le morceau libère une tension rock assumée. « Paris, les bras en l’air ! », ordonne le chanteur tandis que guitares et batterie densifient le paysage sonore.
Avec « Amours », Louise Attaque retrouve ses accents folk-rock les plus nerveux, évoquant parfois l’énergie brute du groupe américain Violent Femmes. « Je reste là », extrait de Marjolaine, prolonge cette dynamique, amplifiée par un solo de guitare électrique qui fait rugir la salle.
La scénographie accompagne discrètement cette montée dramatique. L’écran géant du fond de scène dialogue avec l’écran suspendu, dont l’inclinaison progressive accompagne les changements d’atmosphère sans jamais parasiter le spectacle.
Le concert gagne ensuite en profondeur émotionnelle avec « Crois-moi ! », extrait de Eclect!que, dont le refrain — « S’il te plaît crois-moi, la vie file entre nos doigts » — agit comme un rappel mélancolique du temps qui passe. « Mes prières », extrait de Marjolaine, apporte une gravité plus sourde avec ses évocations de conflits et de blessures.
Une évidence s’impose peu à peu : qu’elles proviennent des albums solo ou du répertoire de Louise Attaque, les chansons s’emboîtent avec naturel.
Mélodies obstinées, refrains entêtants, goût des motifs répétitifs : Gaëtan Roussel impose une continuité stylistique qui transcende les décennies.
« Dis-moi encore que tu m’aimes », extrait de Ginger, apporte un rock volontairement brinquebalant, presque cabossé.
Puis viennent deux moments de communion collective : « Léa » et « Ton invitation », accueillis avec ferveur par un public en liesse. Sur l’avancée de scène, le chanteur répète avec insistance : « J’ai toujours raison, tu sais, j’ai pas toute ma raison », phrase scandée comme un mantra que la foule reprend avec une ferveur quasi liturgique.
L’atmosphère se fait plus intime lorsque Gaëtan Roussel vient s’asseoir au bord de la scène pour interpréter « Nos blessures », suivi de « Les matins difficiles ». La salle plongée dans le noir retient son souffle ; les téléphones éclairent timidement l’espace.
La suite du concert rappelle le rôle essentiel du musicien comme auteur-compositeur pour d’autres artistes. « Il y a », écrite pour Vanessa Paradis, puis « Résident de la République », composé pour Alain Bashung sur Bleu pétrole, offrent un détour émouvant par deux collaborations majeures.
Retour ensuite à Louise Attaque avec « Si l’on marchait jusqu’à demain », porté par ce motif guitare-violon immédiatement reconnaissable, répétitif et hypnotique, signature sonore du groupe. « J’entends des voix », extrait de Trafic, se métamorphose sur scène en morceau électro-rock d’une remarquable intensité, avant qu’arrive l’inévitable « Help Myself (Nous ne faisons que passer) », sommet d’efficacité pop-rock, porté par une batterie sèche, un gimmick répétitif irrésistible et un refrain en anglais repris par toute la salle.
Après une sortie de scène rapide, Gaëtan Roussel revient pour les rappels avec « Je vous trouve un charme fou », écrite pour Hoshi, interprétée ici dans une atmosphère délicate.
Le public, aux anges, accompagne chaque mot dans un élan proche du karaoké géant. Enfin, les deux derniers titres de Marjolaine viennent refermer la soirée.
« Lovés », que l’on aurait imaginé partagé avec Bernard Lavilliers comme sur l’album, transforme le Zénith en ciel étoilé lorsque les téléphones se lèvent dans la pénombre. Puis « Tout s’en va », mélancolique et élégant, clôt le concert sur cette interrogation simple : « Dis-moi pourquoi… dis-moi pourquoi tout s’en va ».
Au terme d’une heure quarante-cinq de concert, Gaëtan Roussel confirme sa capacité rare à faire cohabiter plusieurs vies musicales sans jamais céder à la nostalgie. Louise Attaque irrigue toujours son univers comme un matériau vivant, constamment remis en circulation par une œuvre solo désormais solidement installée.
La tournée Marjolaine doit se poursuivre tout au long de l’année 2026. Et à en juger par la ferveur de ce Zénith parisien entièrement acquis à sa cause, la prochaine date annoncée dans la salle parisienne au début de 2027 devrait rapidement afficher complet. Pensez à réserver ! Un grand merci à Clarisse Fieurgant et à Play Two.
Jean Christophe Mary





