Ronnie Wood : le guitariste des Rolling Stones fait rugir l’Olympia

ronnie wood
Screenshot

Toutes les musiques de We Culte. Samedi 05 septembre, Ronnie Wood a transformé l’Olympia en club de rock des 70’s. Entouré d’Imelda May, Chanel Haynes et des musiciens d’AMMO, le guitariste des Rolling Stones a offert près de deux heures de blues, de soul et de rock’n’roll pour jus, entre grands classiques, reprises et souvenirs de ses différentes vies musicales. Avec quelques approximations au niveau du jeu, mais surtout une énergie et une générosité intactes.

Ronnie Wood à l’Olympia : pendant près de deux heures le guitariste des Rolling Stones a revisité une carrière qui ressemble à elle seule à une histoire du rock britannique.

Ronnie Wood a l’Olympia a revisité une carrière qui ressemble à elle seule à une histoire du rock britannique. Photo Jean-Christophe Mary.

Il est 20 heures passé de quelques minutes lorsque Ronnie Wood apparaît sur la scène de l’Olympia, sourire aux lèvres, chemise bleue, pantalon blanc et guitare en bandoulière. Pas de grand cérémonial pour l’un des derniers géants du rock britannique, un simple rideau rouge frappé à son effigie sert de décor.

Ronnie s’avance, salue le public et lance immédiatement les hostilités avec « It’s Only Rock ’n’ Roll (But I Like It) ». Le message est clair. Ce soir Ronnie Wood est là pour jouer. Et surtout pour s’amuser. À la fin de ce titre issu du répertoire des Rolling Stones, le guitariste lance son médiator dans la foule. Le premier d’une longue série.

L’Olympia vient de basculer dans un joyeux vacarme rock’n’roll. Pendant près de deux heures, Ronnie Wood va revisiter une carrière qui ressemble à elle seule à une histoire du rock britannique. Les Rolling Stones, évidemment, mais aussi les Faces, sa carrière solo et une multitude de reprises de blues, de soul et de rock. Une sorte de jukebox géant où chaque chanson semble correspondre à un chapitre de sa carrière. 

Après « It’s Only Rock ’n’ Roll », place à « Am I Grooving You » titre  de Freddie Scott, lancé sur un harmonica mordant.

Le son blues s’installe, le tempo se fait plus souple, mais l’énergie reste intacte. Puis Ronnie enchaîne avec « Take It Easy », reprise d’Hopeton Lewis aux accents rocksteady, avant de ralentir légèrement avec « Flying », superbe ballade héritée des Faces, qui gagne progressivement en intensité.

Le guitariste change d’instrument, passe d’une guitare à l’autre avec une décontraction désarmante. Ronnie joue, sourit, échange quelques mots avec le public et semble aussi heureux d’être là que ceux qui sont venus l’écouter.

Avec « Hey Negrita », le concert repart de plus belle. Le morceau, furieusement groovy, permet à Wood de ressortir une Stratocaster et de se laisser aller.

Guitare, maracas, grimaces et gestes complices, le musicien retrouve cette attitude de vieux routier du rock qui n’a plus rien à prouver. Le titre s’étire, prend des chemins de traverse et finit par transformer l’Olympia en véritable club.



Ronnie présente ensuite « Seven Days », de Bob Dylan. Il l’attaque avec intensité, se tenant longuement derrière le micro. Sa voix n’est pas celle d’un chanteur démonstratif, mais elle colle parfaitement à cette soirée placée sous le signe du blues et du rock des seventies. Nouveau médiator envoyé à travers la salle.

Puis vient « Remember (Walking in the Sand) », introduit par Ronnie avec la présentation d’Imelda May. La chanteuse irlandaise apporte immédiatement une couleur au spectacle. Sa voix puissante et rocailleuse répond à celle de Wood et donne une nouvelle dimension aux morceaux suivants.

« You’re So Fine », « Baby What You Want Me to Do », puis « Show Me », interprété avec Imelda et Chanel, font varier les ambiances.

Composé d’Andy Newmark à la batterie, Willie Weeks à la basse, Johnny Lee Schell à la guitare, Andrew Wallace/Wallet aux claviers et Chanel Haynes au chant, on a à faire à un groupe solide, expérimenté, parfaitement capable de suivre les changements de direction du patron.

La tension retombe avec « Mystifies Me ». Le morceau est l’un des moments les plus émouvants de la soirée.

Ronnie installe une atmosphère soul pleine de ferveur. Le public écoute religieusement avant de se laisser emporter par « River Deep, Mountain High ». Chanel Haynes monte alors dans les aigus et fait littéralement décoller la salle.

Le voyage dans l’histoire des Stones se poursuit avec « Country Honk ». Ronnie troque sa guitare pour une Telecaster noire et revisite ce classique en version cajun, avec violon à l’appui.

Une manière de rappeler que derrière le son des Rolling Stones se trouve toujours cette immense culture américaine du blues, de la country et de la soul.

Son jeu peut parfois manquer de précision, quelques notes peuvent s’échapper, certains enchaînements ne sont pas parfaitement maîtrisés. Mais ce n’est finalement pas ce que l’on retiendra. Car Ronnie Wood défend ici une autre idée d’un live, celle du groove, de l’instinct, de l’échange entre musiciens et du plaisir immédiat.

Et sur ce terrain, il reste redoutable. Andy Newmark apporte une souplesse rythmique remarquable, Willie Weeks un groove profond, Johnny Lee Schell complète avec efficacité le dispositif guitaristique et Andrew Wallace donne de l’épaisseur aux arrangements.

Quant à Imelda May et Chanel Haynes, elles illuminent la soirée par leur présence et leurs voix puissantes.

Puis arrive « Chain of Fools », d’Aretha Franklin. Les deux chanteuses prennent le pouvoir. Les voix s’entremêlent, se répondent et finissent par électriser l’Olympia. Ronnie, lui, accompagne, sourit et semble savourer le spectacle depuis sa guitare.

La deuxième partie du concert devient plus sauvage. « Boogie Disease » est joué avec une énergie presque animale. Le morceau part dans tous les sens, Ronnie s’amuse, le groupe lâche les chevaux. Puis « Spoonful », lourde et plombée, offre à Imelda May l’occasion de déployer toute sa puissance vocale.

Ce soir, ia musique est collective, généreuse, sans volonté de démonstration. D’ailleurs il laisse régulièrement Imelda May et Chanel Haynes, occuper le devant de la scène.

Après cette déferlante, « Ooh La La » ramène un peu de douceur. C’est le moment où Ronnie fait chanter l’Olympia. Le refrain est repris par toute la salle, dans une ambiance qui rappelle davantage une grande fête entre amis qu’un concert de rock formaté.

Et puis arrive « Can’t You Hear Me Knocking ». Quelques mesures suffisent pour que le célèbre riff fasse monter la température. Les voix des chanteuses viennent épaissir le morceau, l’harmonica s’enflamme.

Ce soir tout n’est pas parfaitement en place. Quelques approximations se glissent dans l’exécution. Mais difficile de lui en tenir rigueur, les morceaux vivent justement de cette liberté, de ces petits accidents et de cette capacité à se laisser porter par le groove.

Le guitariste remercie alors chaleureusement le public avant d’attaquer le dernier titre « Outlaws » avec une voix aux faux airs de Bob Dylan. 

À 22 heures, Ronnie Wood revient pour le rappel. Il est accompagné du batteur et s’offre un dernier moment de liberté autour d’un medley « Dust My Broom / Plynth / Gasoline », avec bottleneck.

Le guitariste retrouve alors le blues dans sa forme la plus brute. Et pour finir, impossible de faire autrement que de ressortir « Stay With Me », le titre emblématique des Faces. Les deux chanteuses viennent renforcer le morceau.

Ronnie attaque, le groupe suit, l’Olympia rugit. Le public est debout et chante à pleins poumons. Le concert s’achève dans une véritable explosion de rock’n’roll.

Ce soir, Ronnie Wood n’aura pas cherché à démontrer qu’il est l’un des guitaristes les plus importants de l’histoire du rock. Il n’est pas venu jouer à la légende. Il est venu faire du rock’n’roll.

Et l’Olympia, pendant près de deux heures, a joué le jeu. Debout, chantant, dansant, applaudissant, le public parisien a accompagné ce formidable voyage dans la mémoire musicale de Ronnie Wood.

Une soirée de blues, de soul et de rock, chaleureuse et électrique, qui rappelle une chose essentielle : tant qu’il y aura une guitare, un bon groupe et l’envie de jouer, le rock’n’roll n’aura pas dit son dernier mot.

Jean-Christophe Mary

TAGS

Image de Jean-Christophe Mary

Jean-Christophe Mary