La Biennale de Venise ou la beauté jusqu’au vertige

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La BIennale de Venise 2026 présente les oeuvres contemporaines de 111 artistes venus du monde entier. Photo Hao Zhang /Unsplash

Art contemporain/ La Biennale de Venise. À Venise, la beauté semble n’avoir aucune limite. Aux chefs-d’œuvre de Bellini, du Tintoret ou du Titien répondent les créations de 111 artistes contemporains venus du monde entier pour la Biennale 2026. Dans les pavillons, les églises, les palais ou au détour d’une ruelle, les œuvres dialoguent avec les trésors du passé et offrent au visiteur une expérience rare : celle d’un vertige du regard où se rejoignent tous les temps.

La Biennale de Venise : On aime l’idée qu’un artiste contemporain dialogue avec un autre du temps passé, même si la réalité de leur échange nous échappe, même si cela paraît transgressif car l’art doit brûler un peu les yeux et l’intelligence pour nous faire avancer, à l’envers de la routine d’une esthétique remâchée.

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La Biennale de Venise 2026 : L’homme qui coupe l’herbe de Jan Fabre. Photo Marie Raynal

Cette année, «In minor keys» est l’axe de travail proposé aux artistes par la curatrice Koyo Kouoh, suisso-camerounaise, directrice du Zeitz Museum of Contemporary Art Africa au Cap et décédée prématurément en 2025.

On peut traduire l’expression par en « mode mineur ». C’est une belle et subtile invitation à décélérer, à choisir la douceur, la poésie et à parler à voix basse pour être mieux entendus.

111 artistes sur les 2 sites principaux, 31 événements collatéraux et des dizaines d’expositions dans des fondations, galeries ou musées privés : une sorte de vertige visuel submerge à Venise dans ce moment particulier de la biennale.

Bien sûr on est d’abord happé par la beauté des lieux entre terre et eau, par la richesse culturelle inouï, par ces quelques 50 églises qui recèlent des trésors inestimables de la peinture vénitienne.

Bellini, Tintoret, Titien ou Véronèse se retrouvent partout et nous figent d’admiration. La tête tourne par exemple, quand au Gesuiti on retient son souffle gagné par l’émotion devant les somptueuses colonnes baroques en marbre gris.

Aux trésors de l’art ancien, à la folie des palais somptueux qui se reflètent sur le grand canal, viennent s’en ajouter d’autres, des œuvres de notre temps, créées par des artistes du monde entier parmi les plus talentueux et qui nous donnent là rendez-vous, pour achever notre stupéfaction.

Pouvoir passer ainsi, dans toute la ville, des merveilles des artistes anciens à la profusion d’œuvres contemporaines dans de multiples lieux, procure un plaisir inégalé. On a le sentiment de posséder une sorte de totalité du temps.

Il faut rentrer dans l’ombre d’une église fraîche, comme à la Scola grande di San Rocco, célèbre pour le cycle des peintures du Tintoret, et admirer le travail de Jan Fabre, artiste provocateur s’il en est – c’est-à-dire au sens propre qui oblige à parler.

Par exemple avec L’homme qui coupe l’herbe, on ne sait pas très bien ce qu’il exprime mais tant pis, ou au contraire tant mieux, car son énigmatique façon d’admirer le Tintoret réveille notre vision un peu lassée, et en conséquence on se surprend à le regarder vraiment ce vieux peintre maniériste, un peu ennuyeux avec ses scènes religieuses édifiantes et monumentales, mais soudain rajeuni par l’audace irrévérencieuse d’un sculpteur du 21ème siècle.

Et puis, ne pas comprendre oblige, nettoie des idées toutes faites et crée une curiosité perdue. On aime l’idée qu’un artiste dialogue avec un autre du temps passé, même si la réalité de leur échange nous échappe, même si cela paraît transgressif car l’art doit brûler un peu les yeux et l’intelligence pour nous faire avancer, à l’envers de la routine d’une esthétique remâchée.



Les artistes contemporains sont à l’avant-garde, vigies du futur. C’est le cas des magnifiques nouveaux vitraux de Claire Tabouret pour Notre Dame qui font polémique, comme si ceux créés par les anciens n’étaient pas, à leur époque, innovants et sans doute dérangeants.

Alors, les Giardini d’abord. C’est le premier site traditionnel de la biennale créée en 1895. Situé dans un jardin, comme l’indique son nom, il se compose de 29 pavillons nationaux où sont représentés les artistes choisis par un jury par chaque pays.

Impossible de tout décrire. Voici une œuvre très symbolique de la biennale 2026 qui se trouve dans le pavillon central. Anatomy of the Magnolia tree for Kuyo Kouoh and Toni Morrison de Maria Magdalena Campos et Pons Kamal Malek.

C’est une œuvre très grande qui inverse donc le mode mineur par la taille et honore deux femmes de grand talent. Elle représente les portraits respectifs de la première femme noire à recevoir le prix Nobel de littérature Tony Morrison, et de la première femme africaine à devenir la curatrice de la biennale de Venise. Sept sculptures en verre, dont le magnolia fleur emblématique du sud-américain, entourent l’œuvre.

L’Arsenale est le second site de la  biennale. Le pavillon indien est remarquable. L’Inde peu représentée ces dernières années propose une conception traditionnelle de l’art avec des matériaux usuels et une extraordinaire virtuosité artisanale assumant d’être loin des canons occidentaux de la culture.

Géographies of distance : remembering home donne à voir les œuvres de 5 artistes. Sumaksi Singh, en particulier, a reconstitué avec Permanent adress sa maison perdue de New Delhi en dentelle de fils de soie et de coton d’une grande délicatesse.

Anwar Balasubramaniam avec Not just for us travaille la terre de sa maison du Tamil Nadu aux fissures évocatrices de séparation et de sécheresse.

Ranjani Shettar, quant à elle, nous invite à lever les yeux vers sa grande installation de fleurs Under the same sky tissée à la main et peinte comme un jardin suspendu à la délicate harmonie.

Dehors, près des bassins, l’oeuvre impressionnante de l’irlandaise et féministe Alice Maher qui s’intitule les filles d’Ouranos, figure Aphrodite, la fille qui essaie de parler…De multiples têtes de femmes orange vif flottent sur le bassin, le visage à moitié dans l’eau, prêtes à se noyer.  

La Biennale de Venise 2026 : SimbiSiren de Wangechi Mutu. Photo Marie Raynal.

Enfin, Wangechi Mutu, artiste kenyan, propose SimbiSiren une sorte de sphinx sirène féminin créature hybride à la grande sérénité, force et pouvoir. De ses longs doigts fontaine coule de l’eau.

Pour finir un événement collatéral très remarquable le pavillon ukrainien dont le titre à lui seul – Still joy la joie malgré tout – nous éloigne un temps de l’idée toute faite d’un pays en guerre.

Il propose des œuvres comme celles de Simone Post avec ses lustres en marshmallow en guise de pied de nez aux horreurs.

Rahman, quant à lui, a proposé une très grande installation composée de milliers de petites cloches dorées, et sur chacune d’entre elles, il a invité des personnes de population indigènes persécutées et sans papier à laisser leur empreinte par une trace rouge pour qu’elles puissent ainsi affirmer leur identité, dans un joli bruit d’hospitalité.

Marie Raynal

Biennale de Venise : du 9 mai au 22 novembre 2026. Toutes les informations ICI

Image de Marie Raynal

Marie Raynal