Télé / Le Sauvage. Pour rendre hommage à Jean-Paul Rappeneau, France 5 rediffuse Le Sauvage, vendredi 4 septembre à 21h05. Portée par l’irrésistible duo formé par Catherine Deneuve et Yves Montand, cette comédie d’aventures de 1975 condense tout ce qui faisait le charme du cinéaste : le mouvement, la fantaisie, les dialogues qui fusent et ce goût du romanesque qui transformait les histoires d’amour en folles courses-poursuites. Près d’un demi-siècle après sa sortie, le film n’a rien perdu de son insolente liberté.
Notre note : ⭐⭐⭐⭐/5
Le Sauvage : derrière la légèreté de cette comédie, il y a cette idée très romanesque que Rappeneau n’aura jamais cessé de défendre : vivre, c’est accepter d’être bousculé.
Il y a des films qui vieillissent. Et puis il y a ceux qui continuent de courir. Le Sauvage, réalisé par Jean-Paul Rappeneau en 1975, appartient résolument à la seconde catégorie. Quarante-huit heures après la disparition du cinéaste, France 5 le remet à l’honneur vendredi 4 septembre à 21h05. Une belle occasion de revoir cette comédie d’aventures menée tambour battant par Catherine Deneuve et Yves Montand.
Martin est un homme qui a choisi de disparaître. Créateur de parfums fatigué par la vie parisienne, il s’est réfugié sur une île d’Amérique latine, loin du bruit, des femmes et, semble-t-il, de l’humanité tout entière.
Mais voilà que surgit Nelly. Une tornade blonde, imprévisible, insolente, qui fuit son fiancé et va transformer la retraite tranquille de Martin en véritable champ de bataille amoureux.
C’est là tout le génie de Rappeneau : prendre une situation de vaudeville, y injecter de l’aventure, du désir, de la fantaisie et faire circuler le tout à une vitesse folle.
Rien ne semble pouvoir arrêter Nelly. Et surtout pas Martin, qui passe son temps à tenter de retrouver le calme qu’elle s’emploie méthodiquement à détruire.
Derrière cette histoire de couple impossible se cache en réalité un magnifique hommage à la grande comédie américaine. Rappeneau rêvait de retrouver l’esprit des duos formés par Katharine Hepburn et Spencer Tracy : deux personnalités fortes, deux tempéraments qui s’affrontent, se cherchent et finissent par se rapprocher sans jamais vraiment cesser de se chamailler.
Et quel couple ! Catherine Deneuve est irrésistible en jeune femme aussi exaspérante qu’attachante. Elle court, crie, ment, improvise, change d’avis, entraîne tout le monde dans son sillage. Face à elle, Yves Montand compose un homme apparemment raisonnable, mais dont la tranquillité vole progressivement en éclats. Leur rencontre produit des étincelles. C’est même la première fois que les deux acteurs partageaient l’affiche.
Mais le véritable troisième personnage du film, c’est le mouvement. Chez Rappeneau, les personnages ne marchent jamais tranquillement vers leur destin : ils courent, sautent, fuient, poursuivent, se trompent de chemin et recommencent. Le cinéaste avait un sens presque musical du rythme.
Il raccourcissait les silences, accélérerait les dialogues, faisait des déplacements et des entrées-sorties une véritable chorégraphie. Il revendiquait d’ailleurs l’influence des comédies de Howard Hawks et Frank Capra.
Cette énergie n’empêche jamais le film d’être incroyablement sophistiqué. Le Sauvage est aussi une démonstration de mise en scène. Rappeneau voulait que son île paradisiaque paraisse être un lieu unique alors que le tournage s’est déroulé dans plusieurs endroits, notamment au Venezuela, aux Bahamas et en France. Le montage, la photographie de Pierre Lhomme et la précision de la mise en scène rendent cette géographie totalement invisible au spectateur.
Il faut aussi regarder Le Sauvage pour ce qu’il dit du cinéma de Rappeneau. Chez lui, l’amour n’est jamais tranquille. Il arrive comme un accident, bouleverse tout et oblige les personnages à sortir de leur confort.
Martin voulait vivre seul sur son île ? Nelly débarque. Il voulait retrouver la paix ? Elle la lui confisque. Il voulait échapper au monde ? Le monde finit par le rattraper.
Et derrière la légèreté, il y a cette idée très romanesque que Rappeneau n’aura jamais cessé de défendre : vivre, c’est accepter d’être bousculé.
Le succès du film, sorti en novembre 1975, fut à la hauteur de son énergie : près de deux millions et demi de spectateurs se déplacèrent alors pour suivre les mésaventures de Martin et Nelly.
Revoir aujourd’hui Le Sauvage, c’est donc bien davantage que revoir une comédie des années 1970. C’est retrouver un cinéma qui ne s’excuse jamais de vouloir divertir, séduire, faire rire et faire rêver. Un cinéma populaire au sens le plus noble du terme, fabriqué avec une précision d’orfèvre mais qui donne l’impression d’être totalement libre.
Vendredi soir, sur France 5, il faudra donc se laisser embarquer. Pour Deneuve. Pour Montand. Pour les dialogues. Pour les poursuites. Pour les paysages. Et surtout pour retrouver, le souffle joyeux d’un cinéaste qui savait mieux que personne transformer le désordre amoureux en grand spectacle romanesque.
Jane Hoffmann
- A voir Le Sauvage, vendredi 4 septembre 2026 sur France 5 – 21:05.





