Sortie cinéma/Si tu penses bien. Les violences subies par les femmes de la part des hommes ne sont pas toujours physiques. Elles peuvent être psychologiques: par exemple conjugales ou religieuses –voire les deux, comme le raconte SI TU PENSES BIEN, le quatrième film réalisé par Géraldine Nakache (ce mercredi 16 septembre sur les écrans).
Si tu penses bien : présenté au dernier Festival de Cannes hors-compétition, le film de Géraldine Nakache est dur, convaincant, avec une histoire très crédible et deux acteurs à la hauteur de leur rôle.
Cela pourrait être l’histoire d’une femme musulmane que son mari et sa famille obligent à porter le voile et à suivre strictement les principes de l’Islam. Ou d’intégristes catholiques qui interdisent contraception et IVG. Ou d’Hindous qui préfèrent faire la fête à la Tour Eiffel sans présence féminine…
Mais ici c’est au sein de la communauté juive, religion dont elle se réclame, que Géraldine Nakache a choisi de situer son récit. Celui de Gil (Monia Chokri) et Jacques (Niels Schneider), qui se rencontrent à Dubaï, tombent amoureux, se marient religieusement, ont une petite fille.
Pratique religieuse
Gil est assistante-caméra sur des tournages de cinéma, rencontre beaucoup de gens et adore son métier. Jacques est trader, téléphone en marchant avec une oreillette et gagne beaucoup d’argent. Tous deux sont juifs: elle est peu pratiquante, lui a une pratique religieuse plus stricte.
Gil l’accepte, se soumettant par exemple au bain purificateur mensuel, le mekvé (qu’on voit au début du film et de la bande-annonce). Mais Jacques utilise la religion comme moyen de contrôle, pour imposer son emprise sur Gil, jour après jour.
En pleine crise
Six ans après, le couple est en pleine crise, quand Gil décide de reprendre son métier après avoir élevé leur fille, déclenchant crises de jalousie, disputes et vexations de la part de Jacques: il lui reproche de prendre la pilule, engage une baby-sitter sans la prévenir, installe à son insu des caméras/babyphones partout dans la maison, ne lui adresse pas la parole pendant 11 jours.
La jeune femme hésite à quitter son mari, charismatique, qui parfois a des accès de gentillesse et de douceur –mais qui ne durent jamais bien longtemps entre deux colères. La violence n’est pas physique, il ne la frappe jamais, mais les scènes de ménage, les cris, les menaces et les insultes (« t’es qu’une merde », « une abrutie finie », « imbécile », « lâche », « égoïste ») se succèdent. Gil va-t-elle se résigner à rester ou se décider un jour à partir?…
Violence sourde et cachée
« J’ai souhaité mettre en lumière la violence sourde, cachée et tue au sein d’un couple, qui se manifeste dans la sphère intime, au quotidien », explique Géraldine Nakache. « Cette violence qui opère de manière insidieuse dans l’ombre des espaces domestiques, constitue un angle mort, un fait de société bien réel, mais peu représenté. En tant que femme et réalisatrice, j’ai éprouvé le besoin de mettre en lumière, dans une fiction pour le cinéma, cette toile d’araignée que tisse l’emprise, et l’état de confusion dans lequel elle plonge les femmes au sein des couples concernés ».
Dans le film, la religion n’est pas stigmatisée (elle est même vue comme un moyen d’émancipation, voire de libération): l’emprise religieuse n’est pas déterminante, elle n’est qu’un cadre pour illustrer l’emprise conjugale dont fait preuve le personnage de Jacques, pervers narcissique qui ne fait qu’utiliser la religion, entre autres, pour imposer son contrôle.
Couple dysfonctionnel
La réalisatrice montre ces épisodes de la vie d’un couple dysfonctionnel par de fréquents retours en arrière, comme par exemple cette scène sidérante (à voir dans la bande-annonce) dans laquelle, à la maternité, après l’accouchement de sa femme, Jacques empêche la mère de Gil (Clémentine Célarié) d’aller voir et embrasser sa fille et sa petite-fille.
De l’extérieur (dans la vie comme au cinéma), on se dit qu’il est évident que la femme doit quitter son mari toxique –mais qu’est-ce qu’elle attend pour laisser tomber ce connard? Sauf que (dans la vie comme dans le film), ce n’est pas si simple, de l’intérieur.
Violence invisible
Car « les hommes toxiques parviennent à convaincre leur partenaire que si la relation déraille, ce n’est pas de leur faute à eux », explique la réalisatrice dans une interview à Madame Figaro. « Qu’il ou elle ne fait pas assez d’efforts. Ils finissent par leur faire croire qu’il ou elle pense mal simplement parce qu’il ou elle ne pense pas comme eux. C’est un mécanisme presque systématique. (…). Le plus fou, c’est que cette violence est invisible ».
Après avoir coréalisé ou réalisé trois comédies (Tout ce qui brille en 2010, NOUS YORK en 2012, J’irai OÙ tu iras en 2019, dans lesquels elle jouait, aux côtés de sa meilleure amie Leïla Bekhti), Géraldine Nakache, petite sœur d’Olivier Nakache, coréalisateur du film Intouchables avec Éric Tolédano, réussit ses débuts dans le genre dramatique.
« Si tu penses bien » au Festival de Cannes
Son film, présenté au dernier Festival de Cannes hors-compétition, est dur, convaincant, avec une histoire très crédible et deux acteurs à la hauteur de leur rôle: peu connue du public français, l’actrice (et réalisatrice) québecoise Monia Chokri est magistrale, et Niels Schneider, charmeur puis effrayant, est aux antipodes de son récent personnage de général Leclerc dans les deux films LA BATAILLE DE GAULLE.
« On ne peut pas simplifier un mécanisme aussi complexe que l’emprise », conclut Géraldine Nakache à Madame Figaro. « J’ai eu à cœur de mettre en lumière ce sujet parce que, n’étant ni une femme politique ni un porte-drapeau, je me sers de la fiction pour convoquer et provoquer quelque chose. Je souhaite que ce film donne aux victimes de l’emprise comme aux témoins de l’emprise le courage de tirer la sonnette d’alarme: tant pis s’ils se trompent. Tant mieux, même. Et aussi montrer aux victimes qu’il est possible de s’en sortir ».
Jean-Michel Comte
LA PHRASE : « Si tu penses bien, il ne t’arrivera que du bien » (le rabbin à Gil, reprenant un mantra de la religion juive).
- Si tu penses bien (France, 1h34). Réalisation: Géraldine Nakache. Avec Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié (Sortie 16 septembre 2026)

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