Biennale de Lyon : l’art entre beauté, mémoire et inquiétudes

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Biennale de Lyon - Archana Hande : la 18e édition nous invite à "Passer d'un rêve à l'autre". Photo Marie Raynale

Biennale de Lyon. De belles découvertes, des surprises, des émotions esthétiques, la 18e Biennale d’art contemporain de Lyon nous invite à « Passer d’un rêve à l’autre ». Au fil des lieux et des œuvres, notre parcours personnel traverse les mémoires, les rêves et les inquiétudes d’un monde tourmenté. Une déambulation jalonnée d’émerveillements, de questionnements et parfois de perplexité.

Biennale de Lyon : Des découvertes, des surprises, des émotions esthétiques et des clés de compréhension de notre monde si agité

Que cherche-t-on dans une biennale ? Des découvertes, des surprises, des émotions esthétiques et sûrement, grâce à la médiation clairvoyante des artistes, des clés de compréhension de notre monde si agité.

Or, il n’est pas toujours facile de se glisser dans la pensée savante des curatrices, Catherine Nichols et Isabelle Bertolotti, qui, de longue date, ont façonné une architecture complexe pour faire se rencontrer, autour de l’axe de réflexion choisi, des artistes du monde entier, dont, il faut le saluer, beaucoup de femmes.

On comprend qu’on va suivre les chemins imaginaires du Livre des passages urbains de Walter Benjamin et ceux des traboules lyonnaises et qu’en suivant ces passages nous croiseront des rêves, les nôtres peut-être, mais aussi beaucoup d’inquiétudes. Alors, il faut prendre son temps pour parcourir tous les lieux disséminés dans la ville et faire son choix.

Commençons par le Musée des tissus, ouvert pour l’occasion, où on découvre quelques belles surprises.

Edith Dekyndt, l’artiste belge, expose une installation étonnante dans l’obscurité des anciennes vitrines, faite de la lumière de pièces en verre et de tissus. L’image des choses et non les choses elles-mêmes fait sans doute référence à Magritte. S’y mêlent des œuvres parmi lesquelles une tapisserie dont on voit qu’elle a été imprégnée de teintes naturelles, minérales, animales peut-être.

En tous les cas, les couleurs passées, dont le cartel nous dit qu’elles sont faites de matières organiques, vibrent avec bonheur et beauté sur les reflets du verre, et nous emportent dans des rêveries à la fois flamandes et orientales.



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Biennale de Lyon : Yasmeen Al Daya,  » Embrace » -Vénus en argile (c) Marie Raynal

Au MAC on retiendra surtout 4 propositions et 4 artistes femmes qui nous font voyager en Algérie, en Syrie, en Palestine et en Inde.

Dans Les Photos de famille, Ouassila Arras détisse, met en pièces littéralement des tapis orientaux, en recouvre largement le sol pour offrir une accumulation de couleurs, de reliefs laineux qui évoquent à la fois la destruction et le retour à des sources ancestrales.

La beauté qui en résulte émeut. Tous ces fils mélangés, ces morceaux de laine emmêlés sur lesquels on marche avec précaution, dessine comme une carte d’un monde à la fois défait et prometteur.

La belle vidéo d’Huda Takriti met en évidence, sous forme de diptyques bicolores, la richesse archéologique d’Apamée, cité enfouie en Syrie et détruite au profit des pilleurs qui en ont éparpillé les trésors. Du rêve coloré de la cité perdue, si riche, au cauchemar d’un ville ravagée par des escrocs.

Yasmeen Al Daya, artiste palestinienne, nous offre, elle, une minuscule merveilleuse Vénus en argile qu’elle intitule Embrace. Elle l’a fait reproduire ne pouvant la faire venir de Gaza.

L’émotion qui en émane vient bien sûr de la cruelle actualité du peuple palestinien mais aussi des références inévitables aux statuettes féminines du paléolithique, cousines lointaines, moulées elles aussi dans la terre et embrassant ainsi les siècles pour évoquer l’absolue fragilité humaine. En somme, regarder en arrière pour mieux comprendre le présent et envisager l’avenir.

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Biennale de Lyon : Archana Hande, installation Weaving Lightning (c) Marie Raynal

Enfin, on est subjugué par la délicatesse, la beauté et l’intelligence du travail de l’indienne Archana Hande. Son installation Weaving Lightning sculpte une colonne, comme une sorte de manège de cartes perforées provenant des métiers à tisser jacquard, pour réunir par delà les années la tradition lyonnaise et celle du tissage indien.

Entre les petits trous de lumière et d’ombres bienfaisantes, tournoient et se retissent finement des rais de l’histoire des ouvriers de Lyon ou de Bangalore, et l’artiste rend ainsi hommage à la beauté de leur travail. Magnifique.

Pour finir, Grandes Locos et grandes déceptions. Dans cet immense lieu industriel, on peut se permettre d’installer des grandes pièces, certes, mais encore faut-il que la taille ne soit pas le seul sujet. Pour ne pas être autrement désagréable, on garde une impression d’inachevé, de fait trop vite, d’œuvres réalisées dans des matériaux de mauvaise qualité, avec de grandes tentures qui ne servent à rien pour délimiter les espaces.

Ce sentiment de laisser aller volontaire, peu engageant et pour le moins inesthétique, nuit évidemment aux œuvres elles-mêmes.

C’est ainsi que le gigantisme de la baleine de Laure Prouvost Hovering Caress Amère ne donne aucune envie d’y entrer tant le sol est sale et le tissu défraîchi. Le mythe de Jonas si évocateur méritait mieux. Impossible hélas d’être davantage convaincus par La Montagne de feu de Lara Almarcegui avec son amas de terre très grand certes mais… ni par l’installation de la Hollandaise Mette Stern et ses drôles de personnages faits d’élastiques. 

Marie Raynal

  • 18e Biennale d’Art contemporain de Lyon : jusqu’au 11 décembre 2026. Plus d’informations ICI

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Marie Raynal