Philippe Jaenada Prix Goncourt pour « L’inconnue du quai de Javel »

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Philippe Jaenada a remporté le Prix Goncourt 2026 pour son roman "L’inconnue du quai de Javel".

Le Book Club de We Culte. Le Prix Goncourt 2026 décerné à Philippe Jaenada pour son roman « L’Inconnue du quai de Javel », vient couronner un genre littéraire créé par son auteur, qui s’est fait une spécialité d’exhumer des affaires oubliées pour en faire de gros romans, drôles et bouleversants. Cette fois, avec l’aide de Maigret, il se penche sur une affaire classée de 1949, l’assassinat de Louise Cansot, une jeune Bretonne devenue la muse des peintres de Montparnasse.

Notre note
★★★★ (on a adoré)

Philippe Jaenada : On a adoré les 528 pages de « L’Inconnue du quai de Javel ». On les a dévorées tantôt avec le sourire, tantôt la gorge serrée. Et nous avons refermé le livre en nous réjouissant déjà du prochain cold case que l’écrivain va exhumer.

Philippe Jaenada, Prix Goncourt 2026 pour « L’Inconnue du quai de Javel.

Quand, dans bien des années, les historiens de la littérature se pencheront sur le XXIe siècle, ils découvriront peut-être le scandale provoqué par l’émergence de l’intelligence artificielle dans le roman, mais plus sûrement l’invention d’un style de roman qui mêle le fait divers et le quotidien de l’écrivain, l’enquête minutieuse et des digressions enrichissantes et souvent drôles.

Après sept romans à caractère autobiographique, c’est en 2013 avec Sulak qu’il crée ce genre très original. Et dès La petite femelle (Prix de Flore 2015), il réussit à attirer des milliers de lecteurs. Avec notamment La Serpe (Prix Femina 2017) et La désinvolture est une bien belle chose (2024), il va ancrer sa création dans le paysage littéraire. Et apporter en cette rentrée une nouvelle preuve de son talent avec cette inconnue du quai de Javel qui, j’en suis persuadé, ne vous laisser a pas indifférent.

Tout commence le 7 septembre à la Brasserie L’Apollinaire, dans le XVe arrondissement. Le narrateur a envie d’une blanquette de veau. Il n’aura pas sa blanquette. Il aura mieux : une nouvelle affaire à élucider.

En quittant la brasserie, il traverse le pont Mirabeau et descend à gauche le long de la Seine. Il marche jusqu’au pont du Garigliano, « près duquel on a trouvé, quai de Javel, cette nuit du 6 au 7 septembre, le corps en partie dénudé d’une jeune femme brune, étranglée – cette nuit mais il y a soixante-seize ans, du 6 au 7 septembre 1949. » Les journaux du soir parlent d’un « drame mystérieux ».

Les gardiens de la paix ont découvert un corps, sans papiers. La morte est jolie, ses ongles sont vernis, ses cheveux encore mouillés. Son pull a été remis à l’envers. Le commissaire Caullet tâtonne, mais les empreintes digitales vont parler : « Louise Cansot. C’est le nom de la jeune femme étranglée. » Elle est née en 1920 à Tréguier, en Bretagne. Elle avait vingt-neuf ans. Il a suffi d’une journée aux employés du Quai des Orfèvres pour la retrouver parmi des millions de fiches.

Celle que ses proches appellent Lise fut le modèle le plus recherché de Montparnasse. Les peintres se disputaient son visage. Quant à l’inspecteur-chef Ferrière, il retient quatre suspects puis classe l’affaire au bout de six mois sans avoir arrêté personne.



Philippe Jaenada passe plus d’une année à fouiller les archives. Journaux anciens, dossiers de police, registres des tribunaux : il ne laisse rien au hasard. Il arpente Paris, puis la Bretagne. Il plonge dans le Montparnasse de l’après-guerre, ses artistes fauchés, ses faux aristocrates, ses mythomanes de comptoir.

Il croise des policiers, des truands, des amants. Pièce après pièce, le rassemble les pièces du puzzle. Et la vraie Lise apparaît : une provinciale venue seule à Paris, une femme dont la vie a basculé, une mère qui n’a pas pu garder sa petite fille auprès d’elle. Mais qui a bien pu la tuer ?

Pour le savoir, l’auteur s’offre une fantaisie. Il lit 74 des 75 enquêtes du commissaire Maigret. La dernière ? Il la garde pour ses vieux jours. Simenon devient son maître. Dans Monsieur Gallet, décédé, il trouve la phrase qui sert de boussole au livre : « Je connaîtrai l’assassin quand je connaîtrai bien la victime. » Alors, il la suit pas à pas.

On retrouve ici sa marque de fabrique, son acharnement, son obsession maniaque de tout savoir, tout vérifier, tout comprendre. Un exemple ? Louise avait les cheveux mouillés alors qu’il ne pleuvait pas.

Combien de temps une chevelure met-elle à sécher au bord de la Seine ? Jaenada demande à une amie, brune comme Louise, de se tremper la tête et de s’asseoir sur un banc. Elle lui envoie un message toutes les dix minutes. Cela donne un chapitre entier, « Les cheveux de Clémence ».

Quand il part pour la Bretagne, le lecteur le sait déjà : il arpentera la région en détail. Et nous livrera quelques digressions dont il a le secret, de bonnes adresses de restaurant par exemple. Et l’intelligence artificielle, également mise à contribution ici, nous offre quelques passages savoureux.

Tout cela finit-il par payer ? Oui. L’acharnement et l’obstination mènent à un coupable que Jaenada nous propose et qui est tout à fait plausible. Je n’en dirai pas plus. Sauf ceci : l’épilogue réserve une surprise.

Grâce à Philippe Jaenada, pour lequel la lutte contre l’oubli est une forme de devoir littéraire, la jeune femme qu’on avait réduite à un corps sur le bitume retrouve enfin une histoire. Elle nous est contée avec ce style unique, ces phrases qui courent, galopent, s’ouvrent sur des parenthèses qui s’emboîtent les unes dans les autres.

J’ai adoré ces 528 pages. Je les ai dévorées tantôt avec le sourire, tantôt la gorge serrée. Et j’ai refermé le livre en me réjouissant déjà du prochain cold case qu’il va exhumer.

Henri-Charles Dahlem

NB. Sur mon blog Collection de livres, vous pourrez, outre cette chronique, découvrir les premières pages du livre et en vous y abonnant, vous serez informé de la parution de toutes mes chroniques.

  • L’inconnue du quai de Javel Philippe Jaenada. Éditions Flammarion. Roman 528 p., 23 €. Paru le 12/08/2026

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A propos de l’auteur

Philippe Jaenada © Photo Nicolas Marques

Philippe Jaenada est l’auteur d’une douzaine de romans, dont Le Chameau sauvage (Julliard, 1997, prix de Flore), La Petite Femelle (2015) et La Serpe (2017, prix Femina) et plus récemment, chez Mialet-Barrault Éditeurs, Au printemps des monstres et La désinvolture est une bien belle chose (2021 et 2024). En 2026, il rejoint les Éditions Flammarion avec L’inconnue du quai de Javel. (Source : Éditions Flammarion).


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Henri-Charles Dahlem