Festival cinéma/Cannes 2026. Du 12 au 23 mai, le 79e Festival de Cannes s’ouvre dans un monde traversé par les conflits et les tensions géopolitiques, mais avec une conviction intacte : le cinéma reste un lieu pour penser l’époque. Malgré l’absence remarquée des grands studios hollywoodiens, la Croisette accueillera une constellation de stars, un jury international présidé par Park Chan-wook, et une compétition où se croisent maîtres reconnus et nouveaux visages. Entre mémoire de l’Histoire, récits politiques, hommages à Peter Jackson et Barbra Streisand, et ouverture confiée à Eye Haïdara, cette édition 2026 ressemble à une déclaration d’amour obstinée au cinéma d’auteur, libre et incarné.
Cannes 2026 : Cette 79e édition donne le sentiment d’un recentrage. Moins de machines hollywoodiennes, plus d’auteurs et de récits intimes et politiques.
Chaque mois de mai, la Croisette se transforme en théâtre du monde. Mais en 2026, le contraste est encore plus saisissant : alors que l’actualité internationale gronde, le 79e Festival de Cannes ouvre ses portes comme une bulle fragile et obstinée, un lieu où le cinéma s’acharne à penser le réel plutôt qu’à s’en distraire.
Du 12 au 23 mai, les marches du Palais vont à nouveau crépiter sous les flashs. On y croisera Cate Blanchett, Javier Bardem, Léa Seydoux, John Travolta, Penélope Cruz, Adam Driver, Scarlett Johansson… Une pluie de visages familiers, sans le cortège habituel des grands studios américains. Cette année, pas de nouveau film de Steven Spielberg ni de Christopher Nolan en avant-première mondiale. Hollywood a choisi de rester à distance. Cannes, lui, n’a jamais semblé aussi décidé à regarder ailleurs.
Une maîtresse de cérémonie pour ouvrir le bal
Mardi soir, c’est l’actrice Eye Haïdara, 43 ans, qui donnera le coup d’envoi de la quinzaine. Elle succède à Laurent Lafitte comme maîtresse de la cérémonie d’ouverture. Un choix qui dit quelque chose de l’esprit de cette édition : une comédienne populaire, à l’énergie vive, familière du grand public comme du cinéma d’auteur, pour accueillir le monde entier sous les projecteurs cannois.
Un jury de neuf regards pour une Palme
À la tête du jury de Cannes 2026, le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook, regard acéré du cinéma contemporain. Autour de lui, huit autres personnalités venues d’horizons différents composent un collège de neuf membres chargé de désigner la Palme d’or.
Parmi eux, l’actrice américaine Demi Moore et la réalisatrice oscarisée Chloé Zhao, mais aussi des figures du cinéma, de l’écriture d’images et de la création internationale, choisies pour croiser les sensibilités plutôt que les appartenances.
Le retour des maîtres, l’arrivée des nouveaux visages
Les fidèles sont là. Pedro Almodóvar revient avec Autofiction, vertige sur la page blanche. Asghar Farhadi, empêché de tourner en Iran, orchestre Histoires Parallèles avec un casting français éclatant. Cristian Mungiu, Hirokazu Kore-eda, László Nemes, Paweł Pawlikowski : tous reviennent avec des œuvres ancrées dans l’Histoire, la mémoire, la filiation.
Mais ce qui frappe surtout, c’est l’irruption de nouvelles signatures. Arthur Harari adapte L’Inconnue avec Léa Seydoux. Rodrigo Sorogoyen fait ses débuts en compétition avec L’être aimé, porté par Javier Bardem. Charline Bourgeois-Tacquet, Jeanne Herry, Léa Mysius incarnent cette nouvelle génération française très présente cette année.
Cannes semble avoir décidé de rajeunir son pouls sans renier sa mémoire.
Une compétition hantée par l’Histoire et les conflits
Derrière les smokings et les robes longues, les films racontent un monde traversé par les guerres et les fractures.
Le Russe en exil Andreï Zviaguintsev présente Minotaure, sur une bourgeoisie rattrapée par la conscription. Le film rwandais Ben’Imana revient sur les cicatrices du génocide des Tutsi. Le documentaire Rehearsals for a Revolution retrace quarante ans de résistance iranienne.
Côté français, la Seconde Guerre mondiale traverse plusieurs œuvres en compétition : Moulin de Nemes sur Jean Moulin, Notre salut d’Emmanuel Marre sur la compromission sous Vichy. Hors compétition, un biopic ambitieux consacré à De Gaulle rappelle combien le passé irrigue encore le présent. Ici, le politique n’est jamais un slogan : il est dans les récits.
Les stars, sans Hollywood
Si les studios américains ont déserté, les acteurs, eux, sont bien là. John Travolta vient présenter son premier film comme réalisateur. James Gray revient avec Paper Tiger porté par Scarlett Johansson et Adam Driver. Rami Malek, Woody Harrelson, Kristen Stewart défendent le film de Quentin Dupieux.
C’est un Cannes paradoxal : moins industriel, mais toujours aussi glamour.
Deux Palmes d’honneur, deux légendes
Le moment d’émotion viendra aussi des hommages. Le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson, jamais sélectionné en compétition malgré l’onde de choc mondiale du Seigneur des anneaux, reçoit une Palme d’or d’honneur. Un clin d’œil tardif mais appuyé à l’un des cinéastes les plus populaires de l’histoire.
Même distinction pour l’immense Barbra Streisand, légende vivante du cinéma et de la musique.
Cannes face à l’ombre de l’IA
Autre sujet qui traverse les discussions en coulisses : l’intelligence artificielle. La présidente Iris Knobloch l’a affirmé : Cannes ne fermera pas les yeux, mais refuse que la technologie dicte sa loi à la création. Le festival se pose plus que jamais comme un bastion de la mise en scène, du regard humain, de l’écriture incarnée.
Une édition qui ressemble à une déclaration d’amour au cinéma
Cette 79e édition donne le sentiment d’un recentrage. Moins de machines hollywoodiennes, plus d’auteurs. Moins d’esbroufe industrielle, plus de récits intimes et politiques. Comme si Cannes rappelait, avec une certaine douceur obstinée, que le cinéma n’est pas seulement un spectacle mondial, mais une manière de comprendre l’époque.
Victor Hache





