Le Book Club de We Culte/ Les Bouchères. Ne passez pas à côté de ce premier roman !« Les Bouchères » de Sophie Demange est une petite merveille d’humour noir qui met en scène trois bouchères rouennaises bien décidées à transformer leur métier et à défendre la cause des femmes grâce à leur formidable savoir-faire.
Les Bouchères : Sophie Demange livre une fable féministe qui dégouline de vitalité. Un roman qui tranche net, laissant une empreinte indélébile sur l’échine du lecteur. Un régal !
Cela faisait trois ans qu’Anne et Stacey ne s’étaient plus parlées. Pourtant, elles étaient devenues très proches, seules filles à se former au métier de bouchère au milieu de jeunes hommes aussi machistes que faibles d’esprit. Ensemble, elles avaient résisté, s’étaient épaulées et avaient réussi à décrocher leur CAP.
Stacey avait trouvé un emploi à Carrefour et s’était dit qu’après tout Anne n’était pas de son monde. Jusqu’à ce coup de fil et la proposition de s’associer maintenant que le père d’Anne, qui tenait jusque là le magasin, était décédé. Le moment était venu de tenir la promesse faite durant leurs études, ouvrir ensemble une boucherie conçue selon leurs idées.
Finie la boutique traditionnelle : en plein-centre de Rouen, elles ouvrent un établissement qui casse les codes, avec un billot central entouré de chaises de bar sur lesquelles les clients peuvent suivre la préparation de leur commande et où des vitrines dessinées dans ce but, mettent en valeur leurs préparations.
Dès le jour de l’inauguration, la foule se presse. Et grâce à un article dithyrambique du journaliste de Paris-Normandie, le succès ne tarde pas à être au rendez-vous.
Mais dans ce tableau idyllique, des ombres planent. Des traumatismes liés à l’enfance, un père violent, une mère décédée dans un accident de voiture, une autre emportée par un cancer, une vie en foyer et cette pression « à faire la pute » les ont marquées au fer rouge. « En elles coulait le breuvage d’une révolte ».
Du coup, leurs couteaux tranchent bien au-delà du simple, bifteck. Derrière la devanture rose de leur boutique, ces trois femmes découpent leur propre place dans un univers où la force brute a toujours été le monopole des hommes. Les victimes se rebiffent et, à la brutalité masculine, elles opposent une riposte implacable : d’un coup de lame bien affûtée, elles renversent les rôles.
Les Bouchères, devient un sanctuaire féminin où la viande se travaille avec une rigueur sans faille, mais aussi une pointe de malice. Les trois femmes prennent un malin plaisir à régler leurs comptes, même si les disparitions mystérieuses ne tardent pas à faire jaser le voisinage.
Sophie Demange excelle à capturer la gestuelle du boucher, ce ballet minutieux des mains qui découpent, séparent, transforment la matière brute en morceaux choisis. Chaque scène résonne d’un réalisme saignant, comme si la chair vibrait encore sous la lame.
Mais là où le roman se distingue, c’est dans sa manière de conjuguer la violence à l’ironie. L’humour noir découenne les apparences et affûte des dialogues cinglants, faisant osciller le récit entre thriller carnassier et comédie grinçante.
Dans Les Bouchères, la chair est politique, et la domination masculine un morceau qu’on découpe avec précision.
Sans concession, Sophie Demange livre une fable féministe qui dégouline de vitalité. Un roman qui tranche net, laissant une empreinte indélébile sur l’échine du lecteur. Un régal !
Henri-Charles Dahlem
- Les Bouchères Sophie Demange. Éditions de L’Iconoclaste. Roman, 20,90 €. Paru le 23/01/2025

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A propos de l’autrice

Sophie Demange n’est pas bouchère mais découpe les personnages et les chapitres comme personne. Directrice au sein d’un établissement médico-social, elle est confrontée à la violence faite aux femmes et aux enfants. Les Bouchères est son premier roman. (Source : Éditions de l’Iconoclaste).





