« Les héros du Louvre » : quand la Joconde échappa aux nazis

les heros du louvre
"Les héros du louvre" : Babi (Kad Merad), sa femme Lucie (Marie Gillain) et leurs enfants prennent la route avec un camion rempli de tableaux du Musée du Louvre, pour les soustraire aux Nazis en route vers Paris (©Stéphanie Branchu).

Sortie cinéma. C’est, dit-il, son film le plus personnel. Dans LES HÉROS DU LOUVRE (mercredi 9 septembre sur les écrans), Élie Chouraqui raconte l’histoire vraie de son grand-père qui, veilleur de nuit au Musée du Louvre en 1939, sauva la Joconde et des centaines d’autres œuvres d’art des griffes de l’occupant nazi.

Les héros du Louvre est le film le plus personnel d’Élie Chouraqui, 76 ans, qui a voulu exalter « la loyauté, l’amour de son pays, l’attachement à sa culture, le respect de celles des autres… »

Dans LES HÉROS DU LOUVRE, Élie Chouraqui rend ainsi hommage à ce grand-père maternel, Babi Maklouf Benhamou, « parce qu’il incarne le genre de héros qui me fascine le plus: celui qui accomplit son devoir dans l’ombre et dans l’anonymat, au moment où il estime qu’il est indispensable de le faire, même s’il doit mettre sa vie et celle de ses proches en danger… »

Métier de rêve

On est en 1939 à Paris. Babi (Kad Merad), arrivé d’Oran en 1933 avec sa famille juive –sa femme Lucie (Marie Gillain) et leurs six enfants–, trouve un emploi de gardien de nuit au Musée du Louvre. Pour lui, amoureux des arts et de la France, c’est une opportunité inespérée, un métier de rêve.

Mais la Seconde guerre mondiale éclate et, devant l’avancée des troupes allemandes, son patron le conservateur du musée, Jacques Jaujard (Bernard Lecoq), lui demande son aide pour organiser le sauvetage secret des œuvres d’art afin qu’elles ne tombent pas aux mains des nazis.

Mission dangereuse

Il lui confie un des camions chargés d’emporter loin de Paris les chefs-d’œuvre du musée. Babi accepte cette mission dangereuse, à condition de pouvoir emmener avec lui femmes et enfants.

Et voici la famille sur les routes en direction du sud de la France, avec la Joconde, La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne, et tous ces tableaux inestimables: Chartres, Orléans, Chambord, Bleré (Inde-et-Loire), l’abbaye de Loc-Dieu (Aveyron), puis Pau. Où, tout en cachant toujours ces trésors, il va être engagé comme guide du château par le conservateur Albert Ohen (Jean-Hugues Anglade), dont il se méfie…

Mon grand-père ce héros

« Ce qui me bouleverse le plus dans cet épisode peu connu de l’histoire du Louvre est que ceux qui l’écrivaient ne se considéraient pas comme des héros », dit Élie Chouraqui. « Mon grand-père nous disait seulement: «C’était la guerre. Il fallait sauver ces œuvres. Elles appartenaient à la France». Il n’en avait jamais attendu ni gloire, ni fortune. Il en avait juste retiré la satisfaction d’avoir accompli son devoir. Il était resté un citoyen «normal» dans une situation qui ne l’était plus ».



Avant son film, le réalisateur avait raconté cette histoire en 2024 dans une BD en trois tomes, Le Héros du Louvre (Ed. Glénat). Il l’a adaptée au cinéma, en réalisant un film à la fois historique et familial: « Je ne voulais pas m’en tenir uniquement aux retombées de la guerre et de la période de l’Occupation. Je désirais aussi (surtout?), au cœur de la grande Histoire, raconter les (més)aventures vécues d’une famille juive, en l’occurrence la mienne, immigrée d’Algérie, mais si profondément attachée à la France qu’elle était prête à mourir pour elle ».

Histoire vraie

Et il insiste sur le fait qu’il s’agit d’une histoire vraie: « Excepté certaines scènes indispensables au bon fonctionnement de la narration, je n’ai rien inventé. Toutes les péripéties et anecdotes du film m’ont été racontées par celles et ceux qui les avaient vécues ». Ce sauvetage secret des œuvres du Louvre, minutieusement organisé par le fonctionnaire Jacques Jaujard, a impliqué des dizaines de personnes.

Réalisé avec beaucoup de plans-séquences, agrémenté d’images d’archives (et de photos des vrais personnages, au générique de fin), LES HÉROS DU LOUVRE est parfois un peu didactique, voire lourd, et certaines scènes ne sont pas très réussies, trop candides ou évidentes.

Authenticité et sincérité

Mais le ton global fait ressortir, avec souvent des moments d’émotion (et pas mal de suspense), une authenticité et une sincérité qui conviennent à ce genre d’histoires et à cette période de l’Histoire. C’est un devoir de mémoire, pour les spectateurs comme pour Élie Chouraqui, 76 ans, qui a voulu exalter « la loyauté, l’amour de son pays, l’attachement à sa culture, le respect de celles des autres… »

Pour le réalisateur d’une douzaine de films depuis 1978 (PAROLES ET MUSIQUE, LES MARMOTTES) et qui n’avait pas tourné depuis dix ans, c’est le film le plus personnel: « Oui. Sans aucune hésitation. J’ai l’impression que tout mon parcours de cinéaste convergeait vers lui. Je ne dis pas cela par vanité, mais parce que ce film n’est pas pour moi un film de plus. J’y ai mis l’histoire de ma famille, qui est forcément un peu la mienne, et aussi mon expérience professionnelle ».

Jean-Michel Comte

LA PHRASE : « L’amour n’a pas besoin d’avoir des yeux pour voir » (Kad Merad à Marie Gillain).

  • Les HÉros du Louvre (France, 1h45). Réalisation: Élie Chouraqui. Avec Kad Merad, Marie Gillain, Jean-Hugues Anglade (Sortie 9 septembre 2026)

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