Toutes les musiques de We Culte. La machine de guerre de Jimmy Fallon a rappelé, mercredi 08 juillet au Zénith de Paris, pourquoi elle demeure l’un des plus grands groupes de scène de la planète. Entre hip-hop, soul, jazz et funk, The Roots a livré un concert incandescent devant un Zénith comble.
The Roots : Cette impressionnante machine de guerre hip-hop, funk et soul, rompue depuis près de quarante ans à l’exercice du live, n’a rien perdu de sa superbe

On les voit chaque soir accompagner Jimmy Fallon dans The Tonight Show. Mais avant d’être l’un des groupes de télévision les plus célèbres au monde, The Roots s’est forgé une réputation sur les scènes américaines.
Depuis la fin des années 1980, le collectif de Philadelphie a fait du concert son terrain de jeu favori. Cette impressionnante machine de guerre hip-hop, funk et soul, rompue depuis près de quarante ans à l’exercice du live, n’a rien perdu de sa superbe. Mercredi soir, devant un Zénith de Paris plein à craquer, le groupe a offert une démonstration aussi musicale que spectaculaire.
La marque de fabrique de The Roots reste unique : du hip-hop joué par un véritable groupe de musiciens, nourri de jazz, de soul, de funk, de gospel et de R&B. Là où le rap s’est longtemps construit autour des samples et des boîtes à rythmes, Questlove, Black Thought et leurs sidemen ont toujours préféré la puissance d’un orchestre jouant tout en direct.
À 20 h 30 précises, le collectif entre dans la fournaise d’un Zénith sold out pour délivrer The Pros, avant d’enchaîner immédiatement une rafale de classiques funk. I Got My Mind Made Up d’Instant Funk, Jungle Boogie de Kool & the Gang, Soul Makossa de Manu Dibango, Think Twice de Donald Byrd puis Lookin’ at the Front Door de Main Source s’enchaînent avec une fluidité déconcertante.
Ici, pas de longues pauses ni de discours : les morceaux s’imbriquent comme les titres d’une immense compilation où le groove ne s’interrompt jamais.
Le concert est mené de main de maître par les deux piliers historiques du groupe. Derrière sa batterie, Questlove dirige les opérations. Son jeu, d’une précision redoutable, privilégie la respiration et le groove plutôt que la démonstration technique.
Chaque battement semble placer l’ensemble sur des rails. Au centre de la scène, Black Thought captive immédiatement le regard. Barbe fournie, lunettes de soleil, bonnet vissé sur la tête, pantalon ample et Doc Martens aux pieds, le MC impose une silhouette reconnaissable entre toutes.
Son flow, extraordinairement articulé, épouse chaque inflexion des musiciens. Grave, précis, toujours parfaitement calé, il confirme sa réputation de l’un des plus grands rappeurs de sa génération.
Autour d’eux, sept musiciens bâtissent un véritable mur de son. Deux claviers, guitare, basse, trompette, saxophone, trombone et sousaphone donnent au concert une richesse orchestrale rare dans l’univers du hip-hop. La trompette apporte une élégance presque jazz, tandis que les cuivres soufflent un vent de funk.
Les morceaux défilent sans le moindre temps mort. La transition entre chaque titre est si naturelle qu’on ne distingue parfois plus où s’arrête l’un et où commence le suivant.
Cette continuité devient rapidement la signature du concert. L’ambiance monte d’un cran lorsque Black Thought multiplie les échanges avec la salle. « Make some noise ! » lance-t-il. Le Zénith répond d’un tonnerre de « Yeah ! ».
Quelques titres plus loin, « Clap your hands ! » transforme les milliers de spectateurs en percussion géante. Puis vient l’inévitable « Put your hands up ! », auquel le public obéit instantanément. Dans les gradins, tout le monde est debout. On danse, on frappe dans les mains, on reprend les refrains. Le concert est devenu une immense fête collective.
Le spectacle est aussi visuel. Les éclairages alternent les teintes roses qui enveloppent les musiciens et les grands aplats bleus sur le fond de scène, avant que les rouges incandescents ne viennent sublimer Touch This.
Les musiciens, eux, jouent pleinement la carte du show à l’américaine. À plusieurs reprises, ils abandonnent leurs positions pour se placer en ligne, esquissant des pas synchronisés de droite à gauche puis de gauche à droite, comme les grands orchestres funk des années 1970.
Même le joueur de sousaphone dépose son imposant instrument pour venir danser au bord de la scène et haranguer les premiers rangs.
Ce soir le groupe revisite naturellement les titres qui ont construit sa légende. Proceed, What They Do, The Next Movement, The Fire, You Got Me, Here I Come, Clones ou encore The Seed (2.0) qui déclenchent la réaction immédiate du public.
Entre ces classiques, les séquences funk s’intensifient, montent en puissance et deviennent de plus en plus brûlantes. Un solo de basse au son rond et profond chauffe la salle avant qu’un déluge de cuivres ne relance la machine. Plus loin, Black Thought reste seul avec Questlove pour un slam incandescent qui provoque une standing ovation.
Depuis qu’ils accompagnent Jimmy Fallon, d’abord dans Late Night en 2009 puis dans The Tonight Show depuis 2014, The Roots ont développé cette capacité rare de passer d’un style à un autre sans perdre une once de cohérence.
Les reprises de leurs contemporains -Instant Funk, Kool & the Gang, Manu Dibango, Donald Byrd, Main Source, Fatback, The J.B.‘s, Curtis Mayfield ou Erykah Badu – illustrent cette culture musicale hors norme.
Pendant près de deux heures, The Roots ne relâchera jamais la pression. Peu de groupes sont aujourd’hui capables d’offrir un tel mélange de virtuosité instrumentale, d’énergie scénique et de communion avec le public.
Entre une setlist particulièrement généreuse, des musiciens au sommet de leur art et un spectacle parfaitement rodé, le retour des Américains s’impose déjà comme l’un des concerts marquants de l’été parisien.
Une démonstration éclatante que le hip-hop, lorsqu’il est porté par un véritable orchestre, peut atteindre une dimension spectaculaire rare.
Jean-Christophe Mary





