Toutes les musiques de We Culte. Vendredi 10 juillet, trois ans après son dernier passage à Paris, The Weeknd retrouvait le Stade de France pour le troisième de ses quatre concerts franciliens. Devant près de 75 000 spectateurs, le chanteur canadien a livré un show monumental, porté par une scénographie hors norme, une débauche de moyens techniques et moments d’émotion qui ont rappelé qu’au-delà de la machine à tubes, Abel Tesfaye reste un interprète profondément habité.
The Weeknd au Stade de France: Son After Hours Til Dawn Tour s’impose comme l’une des expériences scéniques les plus abouties de ces dernières années et rejoint sans difficulté le cercle des grands spectacles populaires qui marquent durablement l’histoire des concerts en stade.

Avec After Hours Til Dawn Tour, The Weeknd embrasse toute son histoire. Aucun chapitre n’est oublié, pas même House of Balloons, la mixtape fondatrice publiée anonymement sur Internet en 2011, qui réapparaît presque au terme du concert comme un clin d’œil à ses débuts.
Une façon de refermer la boucle pour celui qui est devenu, en quinze ans, l’une des plus grandes stars de la planète. Pendant plus de deux heures, Abel Tesfaye alterne les hymnes destinés aux stades et les morceaux plus introspectifs qui ont construit son identité artistique.
Ce qui frappe d’emblée quand on prend place dans l’enceinte à ciel ouvert, c’est cette scène gigantesque qui traverse littéralement le Stade de France.
Au bout de cette immense avancée trône une spectaculaire statue de douze mètres en acier poli, imaginée par l’artiste japonais Hajime Sorayama. Dominant un décor de ruines, un escalier monumental et de bâtiments détruits, elle devient le point d’ancrage d’un dispositif scénique hors norme.
Les musiciens joueront au milieu de ces vestiges tandis que deux avancées latérales, bordées d’immenses anneaux métalliques, permettent au chanteur d’occuper l’ensemble de l’espace.
À l’autre extrémité, une petite scène offre un quatrième point de jeu. Grâce à cette architecture ingénieuse, The Weeknd peut s’adresser tour à tour à chacun des spectateurs, quelle que soit sa place dans le stade.
À 20 h 55, une trentaine de danseurs vêtus de longues capes rouges et coiffés de masques dorés envahissent la scène dans une épaisse fumée.
Leurs silhouettes rappellent immédiatement celles des servantes du roman à succès et de la série La Servante écarlate. Au milieu des flammes surgit The Weeknd, lui-même masqué, les yeux rouge vif, pour ouvrir le concert avec Baptized in Fear, avant d’enchaîner Open Hearts, Wake Me Up et After Hours.
Les écrans géants mêlent son visage à des images de gratte-ciel, de paysages enneigés ou de soleils aveuglants, donnant au spectacle une dimension presque cinématographique.
Après Starboy, enregistré à l’époque avec Daft Punk, Abel Tesfaye retire enfin son masque. Le Stade explose. Souriant, il savoure de longues secondes d’ovation avant de lancer dans un français impeccable : « Paris, comment ça va ? » Puis il remercie le public de lui offrir quatre Stade de France complets, convaincu que « la tournée commence vraiment en France ».
Habillé de noir, silhouette protégée par une veste évoquant un gilet pare-balles, lunettes sombres sur le nez, le chanteur évolue aux côtés de ses trente-deux danseurs dans une succession de tableaux saisissants.
Les flammes jaillissent autour de la statue pendant São Paulo, les lasers semblent sortir de ses yeux, tandis que les chorégraphies transforment sans cesse le décor.
Les chansons, souvent présentées dans des versions raccourcies afin d’enchaîner pas moins de trente-sept titres, donnent pourtant le sentiment d’un spectacle parfaitement rythmé.
La voix d’Abel Tesfaye demeure l’un des grands atouts du concert. Immédiatement reconnaissable dans la pop internationale, elle conjugue avec une rare aisance puissance, fragilité et intensité émotionnelle.
Son timbre aérien grimpe naturellement vers les aigus sans jamais perdre sa douceur. Même dans un stade de cette taille, cette voix conserve une proximité étonnante.
Le public est constamment sollicité. The Weeknd multiplie les bains de foule, traverse la longue passerelle centrale, rejoint la scène du fond du stade, serre des mains, improvise un duo avec une spectatrice sur Out of Time et laisse régulièrement les dizaines de milliers de fans reprendre seuls les refrains.
Lorsque tombe la nuit, les bracelets lumineux distribués à l’entrée illuminent les tribunes d’une lumière bleue qui transforme le Stade de France en un immense ciel étoilé.
Les tubes s’enchaînent sans temps mort : Take My Breath, Sacrifice, Can’t Feel My Face, The Hills, Timeless avec Playboi Carti, Die for You, Save Your Tears, Less Than Zero puis l’inévitable Blinding Lights, accueilli par une véritable explosion de joie.
Entre deux déflagrations pyrotechniques, The Weeknd ménage quelques respirations avec Wicked Games, Call Out My Name ou Is There Someone Else?, rappelant que son univers reste traversé par les amours contrariées, les blessures sentimentales et une profonde mélancolie.
Alors que l’on croit le spectacle terminé, le Canadien remonte encore plus loin dans son histoire avec House of Balloons, cette chanson fondatrice bâtie autour d’un sample de Happy House de Siouxsie and the Banshees.
Un immense lâcher de ballons accompagne ce retour aux origines avant le final explosif sur Moth to a Flame, couronné par un spectaculaire feu d’artifice tiré depuis le toit du Stade de France.
Même si plusieurs morceaux sont volontairement raccourcis afin de faire tenir l’ensemble de son répertoire dans un peu plus de deux heures, l’impression de générosité domine très largement.
Grâce à une scénographie monumentale, une maîtrise technique impressionnante et une proximité constante avec son public, The Weeknd livre une nouvelle démonstration de son savoir-faire.
Son After Hours Til Dawn Tour s’impose comme l’une des expériences scéniques les plus abouties de ces dernières années et rejoint sans difficulté le cercle des grands spectacles populaires qui marquent durablement l’histoire des concerts en stade.
Jean-Christophe Mary





