Sortie cinéma / The Dog Stars. Et si le monde s’était arrêté ? Après une pandémie qui a décimé l’humanité, quelques survivants tentent de retrouver une vie parmi les ruines d’une civilisation redevenue sauvage. À 88 ans, Ridley Scott revient avec The Dog Stars, un film post-apocalyptique contemplatif, traversé de fulgurances de violence et porté par une question essentielle : que reste-t-il de nous lorsque tout a disparu ? Une œuvre étrange et poétique où la fin du monde ressemble aussi à une dernière chance de recommencer.
Notre avis ★★★
The Dog Stars : Ridley Scott sème le chaud et le froid. Il est rarement là où ses fans l’attendent. Et c’est peut-être aussi ce qui fait, depuis toujours, sa singularité
L’HISTOIRE
Après qu’une épidémie a presque totalement éradiqué la population, quelque part dans le Colorado (U.S.A.), vivent Hig, son chien Jasper et un ancien marine, Bangley. Hig était mécanicien. Il a remis en état un vieux « coucou » et survole désormais les environs, accompagné de Jasper. Pour survivre, il rapporte des vivres et des médicaments récupérés dans le supermarché d’une ville désertée.
Puis il rentre au camp, où il retrouve Bangley, qui passe une partie de son temps en haut d’un mirador, armé d’un fusil à longue portée et de ses jumelles. Lorsqu’une bande de trois ou quatre assaillants attaque de nuit, Bangley les abat avant de brûler leurs corps, pandémie oblige.
Un jour, Hig capte sur sa radio de bord un message provenant de Denver. Il n’a alors plus qu’une idée en tête : y aller. Mais Bangley n’est pas d’accord : « Ce qui est si loin n’est pas mieux qu’ici… » Hig part tout de même à bord de son avion.
Notre avis ★★★
Ridley Scott signe un film profondément contemplatif, entrecoupé de scènes choc qui viennent régulièrement hachurer le récit. Il nous livre une réflexion sur la vie et la mort, sur le deuil et la manière de le surmonter, mais aussi sur l’amitié : comment la faire naître, comment la préserver, comment lui permettre de durer.
Pourquoi le héros, interprété par Jacob Elordi, cherche-t-il à fuir et à trouver ailleurs ce qui se trouve peut-être déjà près de lui ? L’amour de son chien ne pourra jamais remplacer celui d’une femme. Quant à la véritable amitié, peut-être faut-il justement la consolider pour qu’elle perdure, plutôt que de partir au loin chercher ce qui n’est peut-être qu’un mirage, avant de revenir pour tenter de reconstruire le monde… et de se reconstruire soi-même.
Deux des plus célèbres films de science-fiction de l’histoire du cinéma, « Alien » et « Blade Runner », sont signés Ridley Scott. Pour son 30e film, à 88 ans, le cinéaste choisit de nous plonger dans un pays redevenu sauvage, où les rares humains survivants vivent en bandes. Certains, nus et peints comme des Indiens, montent à cheval ; d’autres surgissent à pied, courant et poussant des hurlements, pour attaquer les derniers survivants qui tentent de se reconstruire une existence comme « avant ».
Ce Ridley Scott-là n’est pas sans rappeler « Le Survivant » avec Charlton Heston, « Mad Max: Fury Road », mais également « Blade Runner » par sa dramaturgie sans espoir.
Venons-en maintenant aux reproches que l’on peut adresser à « The Dog Stars » : un début trop long — vingt minutes sans véritable action —, un héros un peu trop tranquille, heureusement tempéré par le bon sens et la gâchette facile des deux « papys », Josh Brolin et Guy Pearce, dans des rôles qu’ils semblent habiter avec un plaisir communicatif. Voir le film rien que pour eux suffirait presque.
Le rythme est souvent proche de la zénitude, mais surtout, on peine à comprendre l’avant-dernière scène, à Denver. Qui sont ces gens, gentils en apparence, qui les accueillent ? Sont-ils des cannibales ? Le doute demeure.
Heureusement, l’espoir renaît dans les dernières minutes du film. Ridley Scott porte alors un regard légèrement plus optimiste sur un avenir possible, où la vie semble enfin pouvoir recommencer.
« The Dog Stars » est un film qui invite à méditer, comme nombre des réalisations de Ridley Scott où l’action compte finalement moins que les personnages et les questions qu’ils soulèvent : le superbe « Thelma et Louise » (1991), « Christophe Colomb » (1992) avec Gérard Depardieu, « À armes égales » (1997), « Kingdom of Heaven » (2005), « Seul sur Mars » (2015)…
Ridley Scott sème le chaud et le froid. Il est rarement là où ses fans l’attendent. Et c’est peut-être aussi ce qui fait, depuis toujours, sa singularité.
Jane Hoffmann
- « The Dog Stars« , de Ridley Scott, avec Jacob Elordi, Josh Brolin, Guy Pearce, Margaret Qualley. D’après le roman de Peter Heller, « La Constellation du chien ». En salles depuis le 26 août 2026.





