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"Maigret" : dans le rôle du célèbre commissaire (Capture d'écran)

Sortie cinéma. Après neuf ans d’absence, Patrice Leconte fait son grand retour à l’écran avec son nouveau film « Maigret », aux ressorts plus psychologiques que policiers. Avec dans le rôle du célèbre commissaire, un Gérard Depardieu mystérieux qui incarne un personnage fatigué, désabusé et presque en retrait, loin de l’image de l’enquêteur à la pipe des romans de Georges Simenon.


« Maigret » : Gérard Depardieu dans l’ombre du célèbre commissaire


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« Maigret » : un film de Patrice Leconte

L’Histoire

Années 1950 à Paris. Une jeune fille est retrouvée morte près du square des Batignolles, à Paris, tuée par arme blanche. Son sac à main a disparu mais elle est vêtue d’une robe du soir. Le commissaire Maigret, de la Brigade criminelle, 36 quai des Orfèvres, est chargé de l’enquête. Comment retrouver l’identité de la jeune morte ?

Le mythe Maigret

Comment s’emparer du mythe Maigret, personnage de fiction et héros des romans de Georges Simenon ? Réalisateur des « Bronzés » et « Ridicule », Patrice Leconte, après 9 années d’absence, a osé porter à l’écran le célébrissime commissaire, qu’il revisite de manière intimiste.

Après Michel Simon, Jean Gabin, Jean Richard et Bruno Cremer à la télévision, il a choisi Gérard Depardieu qui incarne ici un Maigret en fin de carrière, le corps fatigué, lourd, désabusé quant à son métier. Il parle peu et semble chercher davantage qui était la victime, plutôt que l’auteur du crime. Sa recherche sera lente. Une lenteur voulue par Patrice Leconte, qui du coup néglige tout ce qui fait le ressort d’un film policier : le suspense. On notera également les trop rares scènes à l’intérieur du commissariat.


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Un peu taiseux

En 1973, c’est Jean Richard qui avait joué le policier dans la même histoire, pour le téléfilm «Maigret et la jeune morte», tiré du roman de Simenon. Patrice Leconte l’a adapté en gardant la lourde silhouette et le laconisme du personnage de l’écrivain belge. Mais il a voulu, sans doute, représenter un héros de nos jours débarrassé du cliché de l’enquêteur classique, un peu taiseux, sans aspérités, ni brutalité. Pourtant, le crime a été extrêmement violent : 5 coups de couteau assénés dans le torse et le ventre de la jeune fille ! L’histoire prend une tournure plus psychologique que policière.


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Un Maigret sans pipe

On se raccroche alors à Depardieu, la gueule du cinéma français la plus populaire, qui met beaucoup d’humanité dans son jeu. Tenir ce rôle, c’est prendre son temps, un peu comme Bruno Crémer qui rallumait toujours sa pipe avant d’enquêter… Aujourd’hui, les temps ont changé et c’est l’inspecteur Janvier, son adjoint, qui fume la pipe sous l’œil de Depardieu, lequel le conseille sur la façon de tirer dessus : « Tous les acteurs qui ont interprété Maigret tirent sur leur pipe ! Pour moi, c’était une image intolérable, ça me bloquait » reconnait le réalisateur. Chez Patrice Leconte, la silhouette de Maigret s’est affaissée encore plus sous le poids de tellement de crimes et de drames personnels. Il a de la tension, respire avec difficulté. Trop de riches repas sans doute, de bières, de vin blanc.

Gérard Depardieu en retrait

L’acteur Depardieu est imposant, il endosse parfaitement le pardessus mais semble absent, à l’écart du rôle, du véritable tempérament du commissaire. Jean Gabin avait réussi la fusion entre lui et Maigret. André Wilms est très bien même si on se demande s’il est le père de la jeune morte, mais le laconisme de certaines scènes a été voulu, comme la scène du cimetière où on ne saisit pas très bien sur quelle tombe viennent se recueillir Maigret et sa femme. Au final, c’est plus une esquisse à laquelle on assite, nous laissant au bord de l’univers du commissaire. Une approche qui tue un peu le mystère.

Jane Hoffmann

  • A voir : «Maigret» (2021) de Patrice Leconte, avec Gérard Depardieu, André Wilms, Jade Labest, Mélanie Bernier, Aurore Clément.

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