livre i am, i am, i am de maggie o' farrell

Roman étranger. L’écrivaine irlandaise Maggie O’Farrell revient avec “I am, I am, I am“. Une autobiographie pas comme les autre qui se dissèque en 17 planches anatomiques. Jusqu’à frôler la mort.

Dans “I am, I am, I am” l’écrivaine irlandaise Maggie O’ Farrell expose un système organique en lambeaux et livre une autobiographie en forme de cours de sciences naturelles à échelle humaine. Les mots d’un être debout

livre i am, i am, i am de maggie o farrellI am, I am, I am
Maggie O’Farrell, traduit de l’anglais par Sarah Tardy.
Belfond, 250 pages, 21 euros

“Le corps parlant”, “le corps comme caisse de résonance”, Jacques Lacan et Françoise Dolto ont ausculté les symptômes liés à l’inconscient. Maggie O’Farrell reste en retrait de ces questions et pourtant… Dans “I am, I am, Iam” – titre rappelant le roman “la Cloche de détresse” de la poétesse américaine Sylvia Plath – il s’agit de réminiscences, flashs-back répétitions, comportements à risques. De 1975 à 2010, l’autrice dissèque des parties anatomiques, des poumons au cervelet, de la colonne vertébrale au crâne, du cou au système sanguin, du ventre à la tête. Elle va révéler à travers des récits authentiques les dangers auxquels elle a échappé, la violence de la maladie, la souffrance, la peur, la mort proche et lointaine à la fois.

Comment un  livre peut-il captiver celui ou celle qui va l’ouvrir pour ne plus oublier de le reprendre ? Comment ces êtres de chair et de sang dont elle décrit les scènes poursuivent les lecteur.rice-s ? Sans doute, hormis les cas extrêmes, parle-t-elle de nous, de notre rapport à l’humaine condition soumise aux dysfonctionnements internes d’un corps déstabilisé, détraqué. D’une plongée dans la mer et soudain les poumons ne répondent plus, la bouche au bord de l’asphyxie ; de la mauvaise rencontre un après-midi de randonnée et son cou ne supportera plus d’être touché. “Je possède un don pour sentir la violence. Quand on vous frappe ou que l’on vous fait du mal enfant, la rapidité avec laquelle une situation peut déraper, aussi vite qu’un battement de cils, sont des choses que vous n’oubliez jamais“, écrit-elle.

L’écrivaine irlandaise expose un système organique en lambeaux. Une encéphalite à 8 ans l’emprisonne sur un fauteuil roulant ; lors d’un voyage en Chine un parasite amibien lui dévore les entrailles ; un premier accouchement passé dans un bain sanguinolent. Enfant Maggie O’Farrell avait le don de se perdre, s’égarer, prendre la fuite, fuir la cadence du quotidien. Toute sa vie, elle valse avec la mort, mais au sortir de ces frôlements, elle en revient avec un esprit d’inconscience : marcher sur un lac gelé, prendre des trains de nuit et atterrir en pays inconnu, arriver au Japon sans un sous en poche. L’insouciance prend fin avec son devenir de mère. Les suites de l’encéphalite transforment sa perception du monde, elle voit des choses qui n’existent pas, elle use de stratagèmes dans la vie ordinaire “de ruses, d’écran de fumée”.

Même si elle se relève à chaque épreuve, les dernières pages consacrées à sa fille nourrisson atteinte d’un choc anaphylactique sont criantes de chagrin. Avec cette enfant percluse d’eczéma chronique, c’est le regard des autres qui outrage sa mère, “Vous priez tout bas pour que les gens voient la petite fille qui se cache derrière la maladie, pour qu’on la considère comme autre chose qu’un amas de symptômes“. Au-delà de la douleur, c’est un combat à la recherche de soi qui se dessine sur ces planches d’anatomie. Avoir été à certains moments un être fantomatique, avoir appris à remarcher, à tenir un crayon, à s’attacher, à savoir continuer à vivre avec des manques, des chairs et des pores abîmés, réussir à respirer. Dire je à travers les maux et s’identifier encore vivante. Etre là pour soi et ses enfants, ses proches et ne jamais renoncer à écrire. Une autobiographie en forme de cours de sciences naturelles à échelle humaine. Les mots d’un être debout.

Maggie O’ Farrell, la bio:

maggie o farrell
L’écrivaine irlandaise Maggie O’ Farrell ©Murdo Macleod

Née en 1972 en Irlande du Nord, Maggie O’Farrell a grandi au pays de Galles et en Écosse. À la suite du succès de son premier roman, Quand tu es parti (2000, rééd. 2017 ; 10/18, 2019), elle a abandonné sa carrière de journaliste littéraire pour se consacrer à l’écriture. Après La Maîtresse de mon amant (2003 ; 10/18, 2005), La Distance entre nous (2005 ; 10/18, 2008), L’Étrange Disparition d’Esme Lennox (2008 ; 10/18, 2009), Cette main qui a pris la mienne (2011 ; 10/18, 2013), lauréat du prestigieux Costa Book Award 2010, En cas de forte chaleur (2014 ; 10/18, 2019) et Assez de bleu dans le ciel (2017 ; 10/18, 2019), Belfond publie son huitième livre.

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