Cream -« Wheels Of Fire » : retour sur un monument du rock

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Cream : l'album "Wheels Of Fire" demeure l’un des sommets du rock de la fin des années 1960.

Toutes les musiques de We Culte. Lorsque Wheels Of Fire paraît le 14 juin 1968 aux États-Unis, Cream est au sommet de sa gloire. Pourtant, moins d’un mois plus tard, le trio composé de Ginger Baker, Jack Bruce et Eric Clapton annonce sa séparation. Ce troisième album, devenu l’un des monuments du rock britannique, apparaît aujourd’hui comme le testament artistique d’un groupe qui n’aura vécu que deux années mais qui aura profondément transformé l’histoire du rock. Cette nouvelle édition Super Deluxe 5 CD permet de redécouvrir dans des conditions exceptionnelles un chef-d’œuvre aussi ambitieux que visionnaire.

Cream : l’album Wheels Of Fire demeure l’un des sommets du rock de la fin des années 1960. À la fois laboratoire sonore, manifeste artistique, il capture le groupe en pleine implosion, à l’instant précis où son génie atteint son point culminant.

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Cream – Pochette de l’album « Wheels of fire ».

Sorti à l’été 1968, Wheels Of Fire, troisième album de Cream, incarne l’apogée créative d’un trio légendaire qui a redéfini les codes du rock.

Entre puissance blues, audace psychédélique, sophistication harmonique et virtuosité instrumentale, cet opus conserve une modernité saisissante. Plus qu’un simple double album, il représente l’aboutissement d’une aventure musicale unique, celle de trois musiciens exceptionnels qui, en l’espace de quelques années, ont ouvert la voie au hard rock, au rock progressif et à la notion même de « supergroupe ».
 
Contrairement à Disraeli Gears, enregistré rapidement dans l’euphorie du succès, Wheels Of Fire est le fruit d’un travail étalé sur près d’une année. Entre juillet 1967 et juin 1968, Cream enregistre aux studios IBC de Londres puis aux Atlantic Studios de New York sous la supervision du producteur Felix Pappalardi.

Les ingénieurs Tom Dowd et Adrian Barber façonnent un son plus ample, plus ambitieux, tandis que le groupe profite des possibilités offertes par les techniques d’enregistrement modernes pour repousser ses propres limites.
 
Parallèlement aux séances studio, Pappalardi fait installer un studio mobile au Fillmore Auditorium et au Winterland Ballroom de San Francisco afin de capturer la puissance scénique du trio.

Cette décision donnera naissance à l’un des premiers grands doubles albums mêlant créations studio et performances live, formule encore rare à l’époque. L’album bénéficie également du remarquable travail visuel de Martin Sharp, dont la pochette psychédélique est devenue l’une des images emblématiques de la fin des années 1960.
 
L’une des surprises de Wheels Of Fire réside dans le rôle relativement discret d’Eric Clapton en tant que compositeur.

Contrairement à l’image populaire qui fait souvent de lui la figure centrale de Cream, il n’écrit aucun morceau et ne chante aucun titre majeur de l’album studio. Les véritables architectes du disque sont Jack Bruce et Ginger Baker.

Bruce signe plusieurs compositions avec le poète Pete Brown tandis que Baker collabore avec le pianiste Mike Taylor sur les morceaux les plus aventureux de l’album.

Cette redistribution des rôles donne naissance à une œuvre d’une richesse remarquable. « White Room », probablement la chanson la plus célèbre du groupe, demeure un sommet absolu du rock psychédélique.

La ligne de basse de Bruce, les paroles énigmatiques de Brown et les interventions magistrales de Clapton s’y combinent avec une évidence presque miraculeuse.

« Politician » illustre parfaitement l’évolution du blues chez Cream. Loin des structures traditionnelles de Chicago, le morceau développe une atmosphère lourde et menaçante qui annonce déjà Led Zeppelin et le hard rock du début des années 1970.

« Deserted Cities Of The Heart », porté par des riffs massifs et un chant habité, constitue l’une des compositions les plus ambitieuses du groupe.



Plus expérimentaux, « Passing The Time » et « Those Were The Days » témoignent de l’intérêt croissant de Ginger Baker pour les structures complexes et les rythmes inhabituels.

« As You Said », avec son climat contemplatif et son chant en falsetto, explore quant à lui des territoires psychédéliques que peu de groupes britanniques osaient encore aborder.

Cream reste cependant fidèle à ses racines blues. « Sitting On Top Of The World », classique des Mississippi Sheiks, est transformé en blues-rock électrique, tandis que « Born Under A Bad Sign » d’Albert King bénéficie d’une interprétation puissante qui souligne toute l’élégance du jeu de Clapton.

Ce qui frappe toujours aujourd’hui, c’est la capacité du groupe à intégrer ces influences multiples sans jamais perdre son identité. Chaque morceau semble repousser les limites du format rock traditionnel.
 
La seconde partie de Wheels Of Fire est consacrée aux enregistrements réalisés à San Francisco en mars 1968. Felix Pappalardi y sélectionne quatre titres destinés à mettre en valeur les qualités individuelles des trois musiciens.

« Traintime » offre à Jack Bruce l’occasion de démontrer son talent d’harmoniciste dans un blues inspiré du rhythm and blues américain. « Toad » met en avant Ginger Baker à travers un spectaculaire solo de batterie devenu l’un des plus célèbres de l’histoire du rock.

Mais ce sont surtout « Spoonful » et « Crossroads » qui assurent la postérité de ce disque live. La longue relecture du classique de Willie Dixon illustre la dimension improvisée des concerts de Cream, tandis que « Crossroads », adaptation du morceau de Robert Johnson, demeure l’un des sommets absolus de la carrière d’Eric Clapton.

Rarement un guitariste aura semblé aussi inspiré. En quatre minutes fulgurantes, Clapton concentre toute la science du blues électrique moderne. Cette version est devenue une référence incontournable pour plusieurs générations de musiciens.
 
L’année 1968 reste l’une des plus riches de l’histoire du rock. Les Beatles publient leur monumental White Album, le Jimi Hendrix Experience révolutionne la guitare avec Electric Ladyland, tandis que les Doors, les Rolling Stones ou The Band livrent eux aussi des œuvres majeures.

Pourtant, Wheels Of Fire conserve une place particulière dans ce panthéon. Là où les Beatles explorent tous les styles possibles et où Hendrix repousse les frontières sonores de la guitare électrique, Cream invente pratiquement le modèle du power trio moderne.

Le groupe se distingue par une tension permanente entre virtuosité individuelle et interaction collective. Bruce, Baker et Clapton jouent constamment sur le fil, donnant à leur musique une intensité presque volcanique. Cette énergie brute, nourrie autant par le blues que par le jazz et la psychédélie, demeure sans équivalent en 1968.
 
Cette édition Super Deluxe constitue bien davantage qu’une simple réédition. Les deux premiers disques proposent la version remasterisée de l’album ainsi qu’une nouvelle version corrigée du procédé Haeco-CSG qui affectait l’image stéréo originale.

Le résultat est spectaculaire : les instruments gagnent en définition et en profondeur. Les troisième et quatrième CD rassemblent les enregistrements complets du Fillmore Auditorium et du Winterland Ballroom.

On y découvre plusieurs prestations qui serviront plus tard à Live Cream et Live Cream Volume II, ainsi qu’une remarquable version inédite de « We’re Going Wrong ».

Le cinquième disque est sans doute la pièce maîtresse de l’ensemble. Versions alternatives, mixages inédits, singles rares et neuf titres jamais publiés permettent d’entrer dans l’atelier créatif du groupe. Ces documents éclairent sous un jour nouveau la genèse d’un album devenu mythique.

L’ensemble est complété par un élégant livre relié de 24 pages contenant un texte inédit du journaliste Jim Farber, ainsi qu’un luxueux coffret à finition argentée destiné aux collectionneurs.
 
 
Wheels Of Fire demeure l’un des sommets du rock de la fin des années 1960
. À la fois laboratoire sonore, manifeste artistique et chant du cygne d’un groupe en pleine implosion, il capture Cream à l’instant précis où son génie atteint son point culminant.
 
Cette édition Super Deluxe 5 CD permet de mesurer toute l’ampleur de l’héritage laissé par Bruce, Baker et Clapton. Plus de cinquante ans après sa sortie, ce brasier créatif continue d’éclairer l’histoire du rock avec une intensité intacte.

Jean-Christophe Mary 

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