Télé Vioc, la télé qui réveille les vieux

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Télé Vioc, "la chaîne d'une vieillesse libre, active et solidaire". Photo Télé Vioc.

Nouvelle chaîne/Télé Vioc. Les soixante-huitards ne sont pas éternels et ils vieillissent même comme tout le monde. Ils ont mis du temps à s’en rendre compte mais maintenant que l’EPHAD se rapproche dangereusement, ils commencent à se manifester. Après la revue Schnock qui avait ouvert la voie il y a 15 ans, Antoine de Caunes et Romain Jubert créaient le magazine Vieux il y a deux ans, « un journal pour les vieux et ceux qui vont le devenir ». Et en mars 2025 est née Télé Vioc une chaîne sur Internet qui entend parler des vieux autrement et se définit comme «la chaîne d’une vieillesse libre, active et solidaire ». Rencontre avec Francis Carrier, l’initiateur et le co-fondateur avec la journaliste Laure Adler, de ce nouveau media original.

Télé Vioc « Un peu par magie on a trouvé une équipe, un style, des sujets qui étaient abordés nulle part avec le désir de parler différemment des vieux et de la vieillesse«  (Francis Carrier, co-fondateur de la chaîne)

Présente sur YouTube « la chaîne des vieux nouveaux » Télé Vioc réussi à diffuser mensuellement 14 épisodes sans assurer à ce jour un modèle économique qui lui permette de pérenniser pour le moment son projet. Le quinzième épisode programmé pour septembre va donc ouvrir une période d’incertitude. Mais la qualité des réalisations passées et la sympathie qu’a suscitée cette expérience laisse prévoir que, sous la même forme ou dans un format différent, ce nouveau médial n’a pas dit son dernier mot.

Comment avez-vous créé Télé Vioc ?

Francis Carrier : J’avais participer à la création du CnaV, un mouvement citoyen qui a pour but d’affirmer l’identité « vieille » et la volonté de s’autodéterminer d’une nouvelle génération de «personnes vieilles». Je me suis dit un jour que « nouveaux vieux » voulaient dire nouveaux médias car je ne me retrouvais pas dans les médias qui ont pour cible les vieux. Le magazine Vieux est apparu à ce moment-là et on m’a proposé d’y écrire.

Comment s’est constituée l’équipe ?

Francis Carrier : Je connaissais Laure Adler et je lui ai proposé de créer un média qui parlerait différemment de la vieillesse sans écarter aucun sujet. Elle m’a répondu « je te suis ». Nous avons été rejoints par Catherine Vincent qui a été journaliste au Monde et on s’est retrouvé finalement avec une équipe de rédaction de 5 personnes avec Cécile Lestienne et Hélène Mathieu, rejointe par Safia Amor. Elles ont toutes un passé de rédactrice dans les médias féminins, à Nous Deux, Psychologie et à Science et Avenir.

Un peu par magie on a trouvé une équipe, un style, des sujets qui étaient abordés nulle part avec le désir de parler différemment des vieux et de la vieillesse. Un vrai miracle. Nous sommes tous bénévoles sauf Mehdi Sahed, le professionnel qui assure le montage, parfois la captation, ce qui représente quand même pas mal de travail. On a pris le parti pris de sujets courts car même les vieux se lassent des sujets longs.



Comment a été accueillie Télé Vioc ?

Francis Carrier : L’audience a été très bonne à nos débuts où nous avons eu beaucoup de presse. On a commencé avec 50 000 visionnements. On est maintenant autour de 10 000 visionnements avec 17 000 abonnés et un cumul de 270 000 vues depuis le début.

Quels thèmes ou rencontres vous ont le plus touché au cours de ces 14 épisodes ?

Francis Carrier : La rencontre avec Elie Guillou m’a beaucoup plu. Il est chanteur, écrivain-voyageur et officiant funéraire, ce pourquoi nous l’avions invité. Il accompagne donc les cérémonies pour les morts. Il a une humanité, une façon de parler très touchante. Il est apaisant et si toutes les cérémonies étaient dans l’écoute qui est la sienne ce serait merveilleux. Il propose une cérémonie avec des musiciens qui n’est pas religieuse et a du sens. Elle représente le défunt et permet à tous ses amis et parents de partager un moment de recueillement rempli de sens. Un moment où on retrouve avec plaisir qui était la personne morte.

D’autres rencontres vous ont particulièrement touché ?

Francis Carrier :  J’ai beaucoup aimé Charlette qui vit dans un bateau au port de la Bastille et qui nous a fait visiter son petit chez soi empli de souvenirs. Elle a 92 ans et son témoignage était très touchant et plein de vie. Je pense aussi à Emma qui a fait sa transition de genre à plus de 60 ans, accompagnée par sa femme et ses enfants. Quand elle a arrêté sa vie professionnelle de chef d’entreprise elle a décidé d’assumer sa transition comme femme. Elle nous en parlait de façon très douce et touchante. Il y a  plein de gens qu’on a rencontrés, souvent des gens du commun qui parle d’eux d’une façon sincère et inspirante.

Avez rencontré aussi des personnalités connues ?

Francis Carrier : Il y a eu effectivement aussi des grands noms comme l’historienne Michelle Perrot, Noëlle Chatelet, Daniel Cohn-Bendit, Boris Cyrulnik et tout récemment Marie-Christine Barrault dans l’épisode de l’été 2026. Ce sont des gens connus mais qui parlent d’eux un peu différemment. On voit ainsi que la vieillesse, que l’on soit connu ou pas, on doit la vivre avec le positif et le négatif que ça comporte. Mais notre objectif n’est pas de faire pleurer dans les chaumières, c’est plutôt de montrer la diversité pour mieux s’inspirer des différences. C’est la signature de Télé Vioc.

Quel est l’avenir de la chaîne ?

Francis Carrier : On a réussi à créer quelque chose de totalement original, une perle dans le paysage qui fait peur dans une société qui privilégie le commercial et ne veut pas soutenir des vieux qui se prennent en charge. Nous traversons une phase difficile sur le plan économique mais nous allons rebondir sous la même forme ou avec un modèle différent.

Entretien réalisé par Yves Le Pape

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