Jethro Tull: « Under Wraps » réhabilité dans un coffret monumental

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Jethro Tull: "Under Wraps" enfin réhabilité dans un coffret monumental. Photo pochette de l'album.

Toutes les musiques de We Culte/Jethro Tull. Longtemps considéré comme l’album le plus controversé de Jethro Tull, Under Wraps revient sous les projecteurs dans une impressionnante édition 5 CD + Blu-ray supervisée par Ian Anderson. Avec de nouveaux remix signés Bruce Soord, des raretés, un concert inédit et l’album solo Walk Into The Light, ce coffret permet de redécouvrir une période souvent incomprise mais essentielle de l’histoire du groupe britannique.

Jethro Tull : Phénomène unique dans l’histoire du rock, le groupe a bâti sa légende sur un mélange inimitable de rock puissant, de folk britannique, de blues et de rock progressif porté par la flûte singulière d’Ian Anderson

Jethro Tull : Under Wraps : The Unwrapped Edition s’impose comme l’une des plus importantes publications consacrées au groupe.


Lorsqu’il paraît en 1984, Under Wraps déclenche l’incompréhension. Jugé trop froid, trop synthétique, trop éloigné du son qui avait fait la gloire de Jethro Tull dans les années 1970, l’album est sévèrement accueilli par une partie de la critique et du public.

L’utilisation massive des synthétiseurs, des boîtes à rythmes et des technologies numériques alors à la mode lui vaut rapidement une réputation sulfureuse. Plus de quarante ans après sa sortie, cette réédition monumentale invite pourtant à reconsidérer l’un des chapitres les plus audacieux de la carrière d’Ian Anderson.
 
Phénomène unique dans l’histoire du rock, Jethro Tull a bâti sa légende sur un mélange inimitable de rock puissant, de folk britannique, de blues et de rock progressif porté par la flûte singulière d’Ian Anderson.

Des albums devenus classiques comme Aqualung, Thick As A Brick ou A Passion Play ont fait du groupe l’une des formations majeures des années 1970.

Malgré les changements de mode et les fluctuations de popularité, Anderson n’a jamais cessé de faire évoluer son univers, jusqu’au récent retour créatif incarné par The Zealot Gene et Curious Ruminant.
 
Mais au milieu des années 1980, le paysage musical a profondément changé. La new wave, la synth-pop, le hard FM, le rap naissant et la New Wave of British Heavy Metal dominent les classements.

Les géants du rock progressif cherchent alors leur place dans cette nouvelle décennie. Genesis triomphe avec une orientation plus pop, Yes modernise son approche, Rush explore les synthétiseurs. Jethro Tull suit à son tour cette voie avec Under Wraps, probablement sa mutation la plus radicale.
 
L’histoire de Under Wraps débute en réalité un an plus tôt avec Walk Into The Light, premier album solo d’Ian Anderson réalisé avec le claviériste Peter-John Vettese.

Fasciné par les nouvelles technologies, Anderson s’immerge dans l’univers des synthétiseurs et des boîtes à rythmes. L’expérience se poursuit en 1984 sous la bannière Jethro Tull.

Dans son studio personnel, le musicien programme une grande partie des rythmiques électroniques et développe une esthétique très éloignée des racines folk du groupe.

Les textes s’éloignent également des récits bucoliques habituels pour explorer un univers inspiré de la Guerre froide, de l’espionnage et des tensions géopolitiques de l’époque.

Si le public britannique accueille plutôt favorablement cette évolution, le marché américain la rejette largement, contribuant à faire d’Under Wraps l’un des albums les plus controversés de la discographie du groupe.
 
Avec le recul, cette réévaluation apparaît pourtant largement méritée. Certes, certaines productions portent la marque sonore des années 1980 et quelques expérimentations n’ont pas conservé toute leur fraîcheur.

Mais derrière les programmations électroniques se cachent des compositions particulièrement inspirées. Des titres comme « European Legacy », « Later, That Same Evening », « Tundra » ou « Nobody’s Car » comptent parmi les morceaux les plus réussis de cette période.

Leur richesse mélodique, leur sophistication harmonique et leurs atmosphères cinématographiques témoignent du talent intact d’Anderson.

Cette décennie souvent sous-estimée de Jethro Tull — de A à Rock Island en passant par The Broadsword and the Beast, Under Wraps et Crest of a Knave — contient d’ailleurs certaines des compositions les plus ambitieuses de son leader. Parmi les sommets de cette réédition figurent notamment « Astronomy », « Heat » et « Apogee », qui révèlent toute leur ampleur grâce aux nouveaux remix.
 
Les critiques de l’époque reprochaient souvent à Under Wraps de ne plus ressembler à Jethro Tull. Pourtant, cette démarche s’inscrit parfaitement dans l’ADN du rock progressif.

Depuis ses origines, ce courant musical s’est construit sur l’expérimentation, le refus des conventions et la volonté constante de repousser les limites.

Sous cet angle, Under Wraps apparaît comme un véritable album-concept. Derrière ses rythmes électroniques et ses nappes de synthétiseurs se dessine une chronique de la Guerre froide, peuplée d’agents secrets, de surveillance, de paranoïa politique et d’incertitudes géopolitiques.



Une thématique cohérente qui traverse l’ensemble du disque et lui confère aujourd’hui une étonnante unité.
Des morceaux comme « Lap Of Luxury », « Saboteur », « Radio Free Moscow » ou « European Legacy » illustrent parfaitement cette vision. Anderson y conjugue son goût pour la narration avec les sonorités froides et mécaniques caractéristiques des années Reagan et Gorbatchev.
 
Supervisé par Ian Anderson, Under Wraps : The Unwrapped Edition constitue sans doute la réhabilitation définitive de cette période longtemps mal comprise.

Les albums Under Wraps et Walk Into The Light bénéficient chacun de deux nouveaux remix réalisés par Bruce Soord : une version « 2026 Drums » modernisée et une version « Original Drums » respectant davantage les enregistrements d’époque.

Le résultat offre un éclairage nouveau sur des compositions dont les qualités étaient parfois masquées par les contraintes technologiques des années 1980.

Le coffret rassemble également de nombreuses raretés, des démos inédites, des faces B devenues recherchées, ainsi qu’un remarquable concert enregistré pour BBC Radio 1 au Hammersmith Odeon en 1984.

Le Blu-ray complète l’ensemble avec des mixages stéréo haute résolution, du Dolby Atmos, des transferts des bandes originales et plusieurs vidéos promotionnelles.
 
Bien plus qu’une simple réédition, Under Wraps : The Unwrapped Edition réhabilite un album qui a longtemps souffert d’être jugé à l’aune des chefs-d’œuvre progressifs des années 1970.

En remettant en perspective les ambitions artistiques d’Ian Anderson et sa volonté d’explorer les technologies de son temps, ce coffret révèle un disque audacieux, imparfait parfois, mais passionnant de bout en bout.

Avec ses nouveaux remix « 2026 Drums » et « Original Drums » réalisés par Bruce Soord, ses nombreuses raretés et inédits, le concert BBC Radio 1 du Hammersmith Odeon de 1984, son Blu-ray richement documenté et son imposant livre de 100 pages, cette édition s’impose comme l’une des plus importantes publications consacrées à Jethro Tull ces dernières années.

Une redécouverte indispensable pour les collectionneurs comme pour ceux qui souhaitent enfin comprendre l’un des albums les plus mal aimés — et peut-être les plus visionnaires — de la carrière d’Ian Anderson.
 
Jean-Christophe Mary
 

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