David Bowie « Station to Station » : un album audacieux et fascinant 

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David Bowie : l'album "Station to Station" impressionne par sa construction progressive et son souffle épique. Photo pochette de l'album

Toutes les musiques de We Culte. A la fois disque de bascule et œuvre hantée, Station to Station demeure l’un des albums les plus fascinants de David Bowie. Cinquante ans après sa sortie, il conserve une puissance étrange, entre groove dansant, froideur et vision futuriste et demeure l’un des plus troublants et des plus influents de la carrière du White Thin Duck.

David Bowie : Station to Station impressionne par sa construction progressive et son souffle épique

David Bowie : « Station to Station ». Photo pochette de l’album

L’année 2026 marque le 50e anniversaire de la sortie de Station to Station, le dixième album studio de David Bowie.

À cette occasion, le disque est réédité cinquante ans après sa parution originale en deux éditions limitées : un LP half-speed master spécialement réalisé pour cet anniversaire, ainsi qu’un picture disc LP issu du même master accompagné d’une reproduction du poster promotionnel utilisé à l’époque.


Cette réédition est l’occasion de se replonger dans un album de transition majeur et de redécouvrir les six morceaux qui le composent. Station to Station permet aussi d’appréhender un David Bowie sous un jour nouveau au moment précis où son art bascule entre deux périodes.

Musicalement, l’opus prolonge encore la veine soul de Young Americans (1975), notamment avec « Golden Years » que Bowie aurait proposé à Elvis Presley ou selon Angela Bowie, écrite pour elle, ainsi que les morceaux funk tendus « TVC 15 » et « Stay ».

Mais l’autre versant du disque s’ouvre déjà sur les paysages plus austères à venir peuplés de synthétiseurs omniprésents et de structures étirées annonçant les expérimentations glacées de la période berlinoise, une trilogie incarnée ici par la chanson-titre. 



La direction sonore reflète l’intérêt grandissant de Bowie pour les musiques électroniques et les rythmiques motorik allemandes, notamment celles de NEU! et Kraftwerk.

Cette influence est flagrante sur Station to Station, pièce maîtresse hypnotique de 10 minutes tout en laissant subsister en parallèle cette e énergie dansante et sensuelle que l’on retrouve sur « Golden Years » ou « Stay ».

L’album est aussi indissociable de l’état mental de Bowie à l’époque. Sous l’emprise massive de cocaïne, paranoïaque, persuadé de mourir prochainement, l’artiste livre un disque traversé par une atmosphère apocalyptique.

On y entend un homme au bord de la rupture, presque désincarné : un robot déréglé, une sorte de fantôme en version encore plus anesthésié de l’extraterrestre de L’Homme qui venait d’ailleurs.

Dans Station to Station, Bowie convoque religions marginales, occultisme, millénarisme et obsessions mystiques, flirtant dangereusement avec des mythologies qu’il évoquera en interview.

Mais il ne s’agit pas d’idéologie, c’est la voix d’un homme qui a perdu pied. Le vers désespéré « Its not the side-effects of the cocaine, I’m thinking that it must be love » en est la parfaite illustation.

Autour de Bowie, un groupe d’une redoutable efficacité : Carlos Alomar et Earl Slick aux guitares, George Murray à la basse, Dennis Davis à la batterie, Geoff MacCormack aux chœurs, et Roy Bittan (E Street Band) au piano et à l’orgue.

Alomar, Murray et Davis formeront d’ailleurs le noyau dur autour de Bowie jusqu’à la fin de la décennie, dès la tournée Isolar, dont l’esthétique rock, froide et minimaliste inspirée de l’expressionnisme allemand et de Bertolt Brecht marquera les concerts.

Les chansons confirment l’ambition radicale du projet. Station to Station impressionne par sa construction progressive et son souffle épique. « Golden Years » séduit par son groove lumineux quand « Word on a Wing » et « Wild Is the Wind » révèlent une fragilité vocale saisissante.

« TVC 15 », faussement léger, cache une étrangeté presque prophétique, tandis que « Stay » déploie un funk tendu porté par un dialogue incandescent entre Bowie et Earl Slick.

Un demi-siècle plus tard, Station to Station demeure l’un des sommets artistiques de David Bowie. Album difficile d’accès, parfois dérangeant, il continue de captiver par sa modernité, son audace et sa noirceur.

Témoignage d’un artiste au bord de l’effondrement, Station to Station prouve que Bowie même au cœur de la psychose a su transformer le  chaos en une œuvre majeure dont l’impact reste intact sur le public.

Jean-Christophe Mary

  • Album Station To Station, David Bowie (Parlophone)

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