Mathilde Beaussault : Un premier roman qui secoue le polar rural

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Mathilde Beaussault publie "Les Saules", un premier roman qui secoue le polar rural. © Photo Bénédicte Roscot.

Le Book Club de We Culte /Mathilde Beaussault. Un premier roman. Une voix. Un choc. Une révélation. Avec « Les Saules » Mathilde Beaussault raconte l’onde de choc provoquée par la découverte du corps d’une jeune fille au bord d’une rivière bretonne. Au fil des interrogatoires, les secrets vont se révéler…

Mathilde Beaussault ne s’intéresse pas qu’au crime. Elle dissèque. Elle fouille. Elle expose, sans pitié et sans complaisance, les rancœurs qui couvent.

Mathilde Beaussault : « Les Saules », un polar rural d’une puissance rare.

Le corps de Marie Legrand, 17 ans, git au bord de la coulée. Ce bras mourant de rivière bordé de saules pleureurs que tout le monde connaît. Elle est là, allongée, presque apaisée. « On pourrait croire qu’elle dort. » Mais des marques violacées enserrent son cou. La belle s’en est allée pour de bon.

Marie était la fille du pharmacien. Celle de la Haute Motte — le bon côté du village, celui des mains propres et des cuticules blanches. Un détail qui compte énormément dans ce hameau breton coupé en deux, où quelques centaines de mètres séparent deux mondes qui se haïssent en silence.

Elle était trop libre, Marie. Trop belle, trop courte vêtue, trop décidée à vivre à sa façon. « Marie-couche-toi-là », disait-on dans son dos. Les rumeurs avaient depuis longtemps précédé la réalité. Alors quand on la retrouve morte, certains lèvent à peine les yeux de leur assiette. Elle l’avait bien cherché, non ?

C’est Marguerite qui l’a vue en premier. Une gamine de dix ans « différente », la risée de l’école. Elle vit à la Basse Motte, dans la ferme de ses parents paysans, entre les cochons et le silence. Elle a vu le corps la veille. Elle n’a rien dit. Et c’est au détour d’un repas de famille, presque par inadvertance, qu’elle lâche la nouvelle : « Elle joue pas. Elle est morte. »

Le père ne bronche pas. La mère agrippe le rebord de l’évier. « On veut pas d’embêtements. » Voilà tout.



L’enquête s’ouvre. Les gendarmes ratissent le village. André, le capitaine local, pragmatique et débordé, fait défiler les habitants. Chacun arrive avec ses petits secrets soigneusement rangés dans sa poche. Personne n’a rien vu. Personne ne sait rien. Pourtant, à mesure que les interrogatoires avancent, une communauté se révèle dans toute sa noirceur.

Car Mathilde Beaussault ne s’intéresse pas qu’au crime. Elle dissèque. Elle fouille. Elle expose, sans pitié et sans complaisance, les rancœurs qui couvent depuis des années entre la Haute et la Basse Motte.

L’histoire des bidons de pesticide jetés dans la rivière. La jalousie autour d’un champ de terre. Et ce pharmacien, père de la victime, qui militait pour la cause environnementale. Un affront supplémentaire aux yeux des agriculteurs voisins qui ont les mains dans le lisier du matin au soir.

La mesquinerie distille son poison lentement, comme seules les petites communautés savent le faire. Les langues se délient peu à peu, mais l’enquête piétine. Et dans les bureaux de la gendarmerie, André souffle : « Il y a forcément quelqu’un qui a vu ou qui sait quelque chose, bon Dieu. » Son adjointe Arlette reste stoïque : « Soit on n’a pas mis la main dessus, soit il cache suffisamment bien son jeu pour nous échapper. »

Au milieu de tout ça, le regard de Marguerite permet de percevoir la brutalité du village, son côté sombre, âpre, sensoriel. On sent l’odeur des saucisses qui sèchent devant la cheminée, on entend le torchon humide claquer sur la cuisse de la mère, on voit le chien baisser la tête sous le regard du père.

Le premier roman de cette fille d’agriculteurs qui a grandi dans la nature avant de devenir prof de lettres est une révélation. Il entre dans la grande famille du polar rural français, aux côtés de Fred Vargas ou de Colin Niel, avec une voix singulière, une maîtrise étonnante et une écriture qui ne laisse aucun répit. Sandrine Collette n’est pas loin.

On referme le livre sonné. Et on se souvient longtemps des saules pleureurs qui bordent la rivière, témoins muets d’un village incapable de protéger ses enfants. Un coup de cœur, sans réserve.

Henri-Charles Dahlem

  • « Les saules«  Mathilde Beaussault. Éditions du Seuil. Premier roman. 272 p., 19,90 €. Paru le 10/01/2026

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A propos de l’autrice

Mathilde Beaussault
Mathilde Beaussault © Photo Bénédicte Roscot

Née en Bretagne au début des années 1980, Mathilde Beaussault, fille d’agriculteurs, a trouvé dans ses origines la matière de son premier roman. (Source : Éditions du Seuil).


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Henri-Charles Dahlem