Sortie cinéma/La Vénus électrique. Le Festival de Cannes a rarement proposé en ouverture un film prise de tête. Après PARTIR UN JOUR l‘an dernier, c’est LA VÉNUS ÉLECTRIQUE, comédie sentimentale très réussie, qui a enthousiasmé la plupart des critiques et déclenché, à l’ouverture de la 79e édition, l’ovation des invités de la grande salle Louis-Lumière du Palais des festivals et les applaudissements des spectateurs dans plusieurs centaines de salles dans lesquelles le film est sorti mardi soir 12 mai, en même temps que sur la Croisette.
La VÉNUS ÉLECTRIQUE est un petit bijou de comédie, un film qui fait des étincelles dans l’humour et le sentimental.
C’est le 11e (et le meilleur) film de Pierre Salvadori, 61 ans, depuis CIBLE ÉMOUVANTE en 1993. Ici il bénéficie d’un quatuor d’acteurs formidables, pour une double (triple?) histoire d’amour enrobée d’humour et d’émotion à tous les étages: Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Gilles Lellouche et Vimala Pons.
L’histoire se déroule à Paris en 1928. À la Foire de Saint-Ouen, Suzanne (Anaïs Demoustier) se fait exploiter depuis ses 15 ans par un forain qui a inventé pour elle une attraction qui attire les foules masculines: elle est la « Vénus Electrificata » qui, pour la modique somme de 30 centimes, offre « l’extase d’un baiser électrique ». Au moment de ce baiser coup de foudre, elle pose les deux mains sur deux globes dans lesquels, en coulisses, le forain envoie un courant électrique.
Voyante
Sans le sou, la jeune Suzanne se glisse, un soir, dans la roulotte d’une voyante, non loin. Antoine (Pio Marmaï), jeune peintre en vogue, s’y trouve aussi, ivre, qui réclame d’entrer en contact avec sa femme Irène (Vimala Pons), récemment décédée. Suzanne se prête au jeu, se fait passer pour la voyante et empoche les quelques billets du peintre, après une courte séance.
Puis, pour continuer à profiter du filon, elle lui donne rendez-vous chez lui, pour d’autres séances de spiritisme. Peu à peu elle se perfectionne et, assez vite, Antoine se remet à peindre et devient sobre –ce qu’il ne faisait plus depuis la mort d’Irène.
Supercherie
Cela arrange les affaires d’Armand (Gilles Lellouche), l’ami et le galeriste d’Antoine, qui découvre la supercherie de Suzanne. « Quand il vous voit, il peint. Et quand il peint, je vends », lui dit-il. Il lui propose donc un marché: inciter le peintre à reprendre ses activités: 100 francs (allez, disons 150) par tableau achevé, 150 (allez, disons 200) pour un grand format.
Bien sûr Suzanne, payée 8,50 francs par jour pour faire la « Vénus Électrique », accepte. Armand lui confie quelques informations sur Antoine et elle s’aide aussi du journal intime d’Irène, découvert dans un tiroir chez le peintre: la supercherie fonctionne à merveille. Mais peu à peu les choses vont se compliquer: Suzanne va tomber sous le charme d’Antoine…
Idée née en 2016
Pierre Salvadori a aussi fait l’acteur dans 8 films et raconte d’où vient l’idée de scénario de cette VÉNUS ÉLECTRIQUE: « C’est un sujet qui est venu à moi de façon assez surprenante. En 2016 j’ai interprété le rôle de Jean Servier, dans le film PlanÉtarium, de Rebecca Zlotowski. J’y jouais un cinéaste qui, à la fin des années 30, se lançait dans le tournage d’un drame sentimental teinté d’occultisme. Pour m’aider, Rebecca m’avait alors résumé en quelques mots le film que Servier était censé réaliser dans le sien: «Une fausse voyante fait croire à un jeune peintre qu’elle peut le mettre en contact avec son épouse défunte. Ce faisant, elle tombe amoureuse de lui et devient la porte-parole de sa propre rivale». J’avais adoré cette idée. C’est drôle, 10 ans plus tard j’ai écrit et réalisé le film que mon personnage tournait dans celui de Rebecca » –qu’il a créditée au générique de fin .
Bijou de comédie
Cette VÉNUS ÉLECTRIQUE est un petit bijou de comédie, un film qui fait des étincelles dans l’humour et le sentimental. Il est dans le droit fil des films de Pierre Salvadori, parfois acides et décalés, avec un soupçon de poésie et de second degré: deCIBLE ÉMOUVANTE à EN LIBERTÉ! (2018) en passant par LES APPRENTIS, HORS DE PRIX ou DE VRAIS MENSONGES.
C’est son premier film dont l’histoire n’est pas contemporaine et la reconstitution historique est ici impeccable mais discrète, sans poudre aux yeux ou dizaine de milliers d’euros qui-se-voient-à-l’écran. Les dialogues sont très drôles, qui tombent à pic, parfois quand on ne les attend pas, et il y a un mini-suspense sentimental à la fin.
Hommage à la création
Mais au-delà de l’humour et d’une histoire d’amour, le film offre une réflexion –et un hommage– aux artistes, notamment via le journal intime d’Irène: c’est « une déclaration d’amour à la création, à l’art, au cinéma » (et à la peinture), disait Gilles Lellouche à la montée des marches du Festival de Cannes.
Les acteurs et actrices qui incarnent les quatre personnages principaux sont savoureux, non seulement dans les dialogues mais aussi dans l’expression de leurs visages, en gros plan (Anaïs Demoustier et Gilles Lellouche surtout). Et, à côté de Suzanne et Antoine, Armand et Irène (de loin le personnage le plus profond) ne sont pas des rôles si secondaires –on le verra en fin de film.
Des jours meilleurs
Les quatre aspirent, tout au long de l’histoire, à des jours meilleurs, et ont du mal à y parvenir. « Personne ne peut écrire de comédie avec des personnages heureux », dit le réalisateur. « Je n’arrive pas à me souvenir d’une seule bonne comédie sans souffrance. Les comédies nous enchantent, elles nous aident à vivre, mais ceux qui les peuplent sont souvent désorientés, frustrés, maladroits ou perdus. Ce qui soulève tout, c’est la mise en scène. Je pense que c’est ce qui touche le plus le spectateur au cinéma. Les spectateurs attendent du récit dans les séries mais je crois qu’au cinéma, ils attendent un ton, un langage. Une mise en scène ».
De fait, la mise en scène de Pierre Salvadori est alerte et légère, ciselée, avec des retours en arrière sur Irène, via son journal intime lu par Suzanne, entremêlés avec maestria avec le récit du présent. C’est fluide, agréable, allègre, jusqu’au régal de la bande sonore du générique de fin –non, non, on ne vous en dit pas plus.
Jean-Michel Comte
LA PHRASE : « J’aime les peintres qui s’appliquent à ne pas s’appliquer » (Irène, dans son journal intime).
- LA VÉNUS ÉLECTRIQUE (France, 2h02). Réalisation: Pierre Salvadori. Avec Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche (Sortie 12 mai 2026)

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