Richard Ashcroft au Zénith: un show aussi bouillant qu’électrique

Richard Ashcroft
Richard Ashcroft au Zénith: un show aussi bouillant qu’électrique. Photo Jean-Christophe Mary.

Toutes les musiques de We Culte. Mercredi 24 juin, Richard Ashcroft retrouvait enfin le public parisien au Zénith de Paris, quelques mois après son passage en première partie de Lenny Kravitz à Paris La Défense Arena. Dans une salle transformée en véritable étuve par la canicule, l’ancien leader de The Verve a offert un concert aussi court qu’intense, un show sous haute tension électrique, entre envolées rock et moments d’émotion pure.

Richard Ashcroft, au Zénith de Paris, a proposé un voyage à travers plus de trente ans de musique britannique

Richard Ashcroft au Zénith de Paris, mercredi 24 juin 2026. Photo Jean-Christophe Mary


Entre les grands classiques de The Verve, le groupe qu’il mena au sommet de la britpop dans les années 1990, et les chansons issues de sa carrière solo, Richard Ashcroft a proposé un voyage à travers plus de trente ans de musique britannique.

Une prestation resserrée, à peine plus d’une heure quinze de concert, mais portée par une voix unique et une présence scénique intacte.

La chaleur était déjà étouffante à l’extérieur. Elle l’était davantage encore à l’intérieur du Zénith. Dans la salle dépourvue de climatisation, le thermomètre semblait grimper à mesure que la soirée avançait. Un contexte caniculaire qui collait parfaitement à l’ambiance d’un concert aussi bouillant qu’électrique.

À 21 heures précises, la sono diffuse « Bring On the Lucie (Freda Peeple) », la reprise du titre de John Lennon que Richard Ashcroft avait sorti en single numérique en 2021. Quelques minutes plus tard, le groupe apparaît sur scène. En tête, Richard Ashcroft, blouson noir sur les épaules, éternelles Ray-Ban vissées sur le nez.

L’entrée en matière est immédiate avec « Weeping Willow », extrait du répertoire de The Verve. Le public est déjà conquis. Sans transition, le groupe enchaîne avec « Sonnet ». Le morceau est étiré, développé, porté par une interprétation habitée.

Richard Ashcroft, bras croisés, laisse régulièrement le public reprendre le refrain. Une communion qui donne déjà le ton de la soirée.

Vient ensuite « Space and Time ». Armé de sa Gibson J-200, le chanteur déroule cette ballade pop-rock avec une sérénité impressionnante. Sa voix qui se distingue par un mélange rare de puissance, de fragilité et de ferveur émotionnelle, demeure l’une des plus reconnaissables du rock britannique des années 1990 et 2000.  

Mais un premier incident technique survient. Le bassiste multiplie les gestes vers les coulisses pour signaler une absence de son. Pendant quelques secondes, le son disparaît avant de revenir. Le groupe poursuit pourtant sans broncher.



Sous une chaleur devenue accablante, Ashcroft retire son blouson noir, révélant un tee-shirt gris anthracite rapidement trempé de sueur. Les lunettes de soleil, elles, ne quitteront jamais son visage. Avant « Music Is Power », Richard Ashcroft prend le temps de remercier le public parisien.

Il rappelle que cela faisait longtemps qu’il n’avait pas donné de concert en France sous son propre nom. Puis la machine se remet en route.

Le morceau devient rapidement une longue jam-session. Armé de sa Stratocaster Sunburst, Ashcroft stimule ses musiciens. Agenouillé devant son guitariste, il l’encourage, le provoque presque, faisant monter la pression. Le titre dépasse largement les dix minutes et transforme le Zénith en véritable chaudron.

Derrière le groupe, deux immenses lettres « RA » brillent comme des enseignes lumineuses. Puis retentissent les premières notes de « A Song for the Lovers ». Sa célèbre descente d’accords fait immédiatement son effet.

Cette introduction si particulière mêle une guitare presque flamenca à une ampleur orchestrale héritée de Scott Walker et à une émotion profondément britannique.

Une fois encore, le groupe prolonge le plaisir, développant le morceau bien au-delà de sa version studio. Sur « Break the Night With Colour », le guitariste signe un solo magistral tandis que le public reprend en chœur le refrain. Le morceau s’étire encore, dans une dynamique qui caractérisera toute la soirée.

L’émotion atteint un premier sommet avec « The Drugs Don’t Work ». Richard Ashcroft l’entame seul à la Gibson J-200 avant que les musiciens ne viennent progressivement le rejoindre. La chanson conserve intacte sa force mélancolique.

Les problèmes techniques reviennent perturber la soirée. Le bassiste manifeste une nouvelle fois son mécontentement. Cette fois, Richard Ashcroft s’adresse directement au public pour expliquer que certaines difficultés sont probablement liées à la chaleur exceptionnelle qui règne dans la salle.

Avant « Lucky Man », le chanteur livre un moment inattendu en rendant hommage à Michel Platini, Zinédine Zidane, Serge Gainsbourg, Éric Cantona ainsi qu’au public parisien. Une déclaration accueillie par une ovation avant que ne résonnent les premières notes de ce classique de The Verve.

Tout au long du concert, Richard Ashcroft démontre que sa voix n’a rien perdu de son pouvoir évocateur. Dans les grands moments de « Sonnet » ou plus tard de « Bitter Sweet Symphony », elle donne toujours l’impression que le chanteur cherche quelque chose de plus grand que lui-même. Cette quête intérieure, mélange de spiritualité, de romantisme et de mélancolie reste sa signature artistique.

Pour l’unique rappel, impossible d’échapper à « Bitter Sweet Symphony ». Dès les premières notes, le Zénith se lève comme un seul homme. Debout, le public reprend l’hymne en chœur dans une atmosphère de communion totale.

À 22 h15, les lumières se rallument. Très court. Trop court même. Mais difficile de bouder son plaisir après une telle prestation. Malgré la chaleur suffocante et quelques incidents techniques, Richard Ashcroft a offert au public parisien une performance intense, élégante et profondément sincère.

Une nouvelle démonstration de l’excellence et du savoir-faire à l’anglaise, portée par l’une des voix les plus singulières du rock britannique contemporain.

Jean Christophe Mary

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Jean-Christophe Mary