Photographie/Arles 2026. Du 6 juillet au 4 octobre, les 57es Rencontres d’Arles transforment une nouvelle fois la cité provençale en capitale mondiale de la photographie. Réunies sous le thème Des mondes à relire, 47 expositions invitent à porter un regard neuf sur notre époque, entre mémoire, territoires, vivant et création contemporaine. Une édition ambitieuse qui rappelle combien la photo peut encore changer notre manière de voir le monde.
Arles 2026 : Les Rencontres préfèrent ouvrir des chemins, multiplier les points de vue et laisser le visiteur construire son propre récit.
Il suffit de quelques pas dans les ruelles d’Arles pour comprendre que, chaque été, la ville change de visage. Les anciennes chapelles, les friches industrielles, les cours d’hôtels particuliers et les monuments romains deviennent autant d’écrins pour la photographie contemporaine. Du 6 juillet au 4 octobre 2026, les 57es Rencontres d’Arles renouent avec cette alchimie unique, transformant la cité provençale en un immense laboratoire du regard.
Cette année, le festival s’articule autour d’un intitulé aussi simple que profond : « Des mondes à relire ». Une invitation qui résonne particulièrement dans une époque traversée par les crises, les conflits, les bouleversements climatiques et les fractures sociales.
Ici pourtant, il n’est jamais question de céder au pessimisme. Les images ne cherchent pas à simplifier le réel ; elles en révèlent les nuances, les zones d’ombre, mais aussi les espaces d’espoir.
Le parcours imaginé par le directeur Christoph Wiesner refuse les frontières entre documentaire, création artistique et récit intime. Chaque exposition dialogue avec une autre, comme si les photographes composaient ensemble une vaste conversation sur notre époque.
Le festival rend hommage à plusieurs figures majeures de la photographie. Impossible de passer à côté de William Klein, dont on célèbre le centenaire. Son regard insolent, son énergie brute et sa manière de dynamiter les codes photographiques continuent d’inspirer des générations d’artistes.
À ses côtés, Martine Barrat retrouve la lumière avec des images profondément humaines réalisées dans les quartiers populaires de Paris et de New York.
Quant à Ming Smith, première photographe afro-américaine à intégrer le prestigieux collectif Kamoinge, elle impose une écriture photographique faite de flous, de lumière et de poésie, où chaque image semble flotter entre rêve et mémoire.
La couleur, elle aussi, occupe une place de choix grâce au travail d’Harry Gruyaert. Ses photographies, baignées de teintes éclatantes, composent un voyage où New York, Tokyo, Mumbai, Zanzibar ou Paris deviennent autant de fragments d’un même monde.
Mais cette édition regarde également vers le Sud. La Méditerranée et le continent africain traversent une grande partie de la programmation.
Les artistes interrogent les héritages coloniaux, les indépendances, les migrations, les mémoires enfouies et les identités en mouvement. L’exposition Ghana ! célèbre la puissance des images dans la construction d’une nation indépendante, tandis que Paul Kodjo raconte, avec une incroyable inventivité, l’émergence d’une photographie populaire ivoirienne.
Les œuvres de Bruno Boudjelal, Anne-Lise Broyer, Katia Kameli ou Sammy Baloji dessinent quant à elles une géographie sensible où les paysages deviennent les dépositaires de l’histoire autant que des émotions.
L’autre grand récit de cette édition concerne notre relation au vivant. L’exposition Modèle animal rappelle combien la photographie entretient depuis ses origines un dialogue avec les animaux, oscillant entre fascination, domination, admiration ou exploitation.
Plus largement, plusieurs artistes brouillent les frontières entre nature et création. Chez Meghann Riepenhoff, les éléments naturels participent directement à la fabrication des images ; chez Lisa Oppenheim, les archives botaniques retrouvent une étonnante vitalité grâce aux procédés photographiques ; Lara Tabet explore, elle, les strates géologiques et organiques comme autant de mémoires inscrites dans la matière.
Cette attention au vivant rejoint une interrogation plus vaste : comment habiter le monde autrement ? C’est peut-être là que réside la véritable force de cette édition. Les Rencontres ne proposent pas un discours militant au sens classique du terme. Elles préfèrent ouvrir des chemins, multiplier les points de vue et laisser le visiteur construire son propre récit.
Ce qui fait la singularité des Rencontres d’Arles, c’est précisément cette capacité à faire dialoguer les générations, les continents, les esthétiques et les histoires. Une manière de relire le monde, image après image. On y vient pour découvrir des œuvres, bien sûr, mais on en repart souvent avec davantage de questions que de certitudes.
Victor Hache
- 57es Rencontres d’Arles, du 6 juillet au 4 octobre 2026. Toutes les informations ICI





