« L’Adolescence du perroquet » : Amélie Nothomb, qui domine qui ?

l'adolescence du perroquet
"L'Adolescence du perroquet" : Une nouvelle fois, Amélie Nothomb réussit ce tour de force de faire d’un sujet minuscule, un perroquet dans un appartement parisien, un miroir tendu à notre humanité tout entière © Photo Albin Michel

Rentrée littéraire/ L’Adolescence du perroquet. À chaque rentrée littéraire depuis trente cinq ans, Amélie Nothomb nous offre un nouveau roman. On l’attend, on doute quelquefois et souvent on est conquis. Comme cette fois avec L’Adolescence du perroquet, la rencontre d’un chroniqueur radio avec un gris du Gabon nommé Jo. L’occasion d’interroger le langage, la domination, la solitude.

Notre note ★★★★ (on a adoré)

L’Adolescence du perroquet : Une nouvelle fois, Amélie Nothomb réussit ce tour de force de faire d’un sujet minuscule, un perroquet dans un appartement parisien, un miroir tendu à notre humanité tout entière.

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« L’Adolescence du perroquet » d’Amélie Nothomb

Alban est un spécialiste de l’anecdotique et un grand amateur d’art. Parfois, il réussit même à mêler les deux. C’est ainsi qu’il propose une chronique sur la radio parisienne qui l’emploie pour expliquer la difficulté qu’il a rencontré visiter le Louvre.

Après des heures d’attente, il s’est finalement vu refuser l’entrée. L’émission fait un tabac. En retour, il reçoit une carte des Amis du Louvre. Il peut enfin renouer avec ce qu’il appelle son « éphémère distillation du monde ».

Mais son quotidien va être chamboulé le jour où son voisin lui propose d’adopter son perroquet baptisé Jo. La cohabitation va se faire par étapes. L’oiseau écoute. Il ne parle pas. Voilà une belle leçon, aussi juste que drôle : « un humain qui écoute, cela se voit peu », tandis que l’oiseau, lui, trahit chaque mot capté par un éclair dans l’œil.

Jo apprend à chanter, à imiter, à répondre. Il détruit aussi l’appartement. Il mord son maître. Et peu à peu, c’est Alban qui se retrouve jugé, sondé, presque dominé par sa propre créature.

Ce renversement est le cœur du livre. « Tel maître, tel animal : on se doute que c’est l’inverse », écrit Amélie Nothomb, avant de laisser Alban s’interroger sur sa propre part d’ombre : est-il, sans le savoir, en train de devenir un monstre ? La question n’est jamais résolue frontalement. Elle infuse tout le récit, avec cette ironie discrète qui est la signature de l’autrice.



On retrouve ici la veine des contes revisités, celle de Barbe Bleue ou de Riquet à la houppe.

Nothomb ne réécrit pas Perrault, elle en réactive les archétypes : la brutalité, l’humiliation, l’enfermement. Comme dans Acide sulfurique, la cruauté devient une expérience-limite, un révélateur. Sauf qu’ici, le bourreau a des plumes, et la victime n’est pas toujours celle qu’on croit.

Car sous ses airs de fable animalière sans morale, le roman est aussi un texte politique. Il parle des rapports de pouvoir, de notre fascination pour la domination, d’une violence qui reste psychologique, jamais spectaculaire.

L’arrivée de deux femmes dans la vie d’Alban et de Jo vient encore complexifier cette mécanique : le triangle devient quatuor, et le quotidien du duo bascule cette fois pour de bon.

L’Adolescence du perroquet : drôle de duel entre l’homme et l’oiseau

Avec ses phrases sèches, ses formules ciselées, son art consommé de la litote qui dit beaucoup en peu de mots, et son humour qui affleure sans cesse, l’autrice joue avec son lecteur.

Car derrière cette légèreté de surface, le fond est mordant. On sourit avant de réaliser ce qu’on vient vraiment de lire.

Derrière ce conte, avec sa délicatesse et sa cruauté élégante, Amélie poursuit son exploration entamée il y a trente cinq ans avec Hygiène de l’assassin, son premier roman (et à mon avis l’un de ses meilleurs) autour de l’identité, du pouvoir, de la quête d’un interlocuteur avec qui dialoguer vraiment.

J’étais alors jeune journaliste et j’écrivais alors en conclusion de ma chronique « vous feriez bien de ne pas oublier Amélie Nothomb. On en reparlera, j’en suis persuadé. »

Très vite, la prédiction s’est vérifiée et trente-quatre livres plus tard la magie continue d’opérer avec cette « histoire d’amour non réciproque » entre un homme et un oiseau.

Une nouvelle fois, Nothomb réussit ce tour de force de faire d’un sujet minuscule, un perroquet dans un appartement parisien, un miroir tendu à notre humanité tout entière. Ce faisant, elle touche à quelque chose d’universel, la peur de ne jamais être vraiment entendu.

Henri-Charles Dahlem

  • L’Adolescence du perroquet Amélie Nothomb. Éditions Albin Michel. Roman 160 p., 18,90 €. Paru le 20/08/2026

  • Retrouvez cet article ainsi que l’ensemble des chroniques littéraires de Henri-Charles Dahlem sur le site Collection de livres.

A propos de l’autrice

Amélie Nothomb © Photo Albin Michel

Amélie Nothomb, nom de plume de Fabienne Claire Nothomb, est une romancière belge de langue française née le 9 juillet 1966 à Etterbeek. Selon d’autres sources, elle serait née le 13 août 1967 à Kobe, au Japon, où son père, le baron Patrick Nothomb, fut ambassadeur de Belgique. Un pays qu’elle devait, selon cette version, ne connaître qu’à 17 ans, pour y terminer ses études de philologie romane à l’Université libre de Bruxelles.

Autrice prolifique, elle publie un ouvrage par an depuis 1992, année de publication de son premier roman, Hygiène de l’assassin. Ses romans font partie des meilleures ventes littéraires et sont traduits en plusieurs langues. Stupeur et Tremblements remporte en 1999 le grand prix du roman de l’Académie française.

Ce succès lui vaut un arrêté royal qui lui accorde le titre honorifique de commandeur de l’ordre de la Couronne et, sur la proposition du vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, le roi Philippe lui a proposé la concession du titre personnel de baronne.

En 2015, elle est élue membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. En 2021, elle est couronnée du prix Renaudot pour Premier sang. L’Adolescence du perroquet est son 35e roman. (Source : Éditions Albin Michel / Wikipédia)


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Henri-Charles Dahlem