« Cezanne et nous » : le peintre qui a changé notre regard

cezanne et nous
"Cezanne et nous" : Paul Cezanne, La Montagne Sainte-Victoire au grand pin, vers 1887, huile sur toile, 66.8 x 92.3 cm. The Courtauld Institute of Art, Londres © Courtauld.

Exposition/ Cezanne et nous. Au Grand Palais, à Paris, « Cezanne et nous » raconte en images l’influence immense de Paul Cézanne sur les artistes qui, après lui, ont cherché à réinventer la peinture. À travers 180 œuvres, l’exposition nous invite à regarder le maître d’Aix-en-Provence avec les yeux de ceux qu’il a inspirés, de Georges Braque à Picasso, de Pierre Bonnard à Georg Baselitz. Une magnifique traversée de l’art moderne et contemporain, à découvrir pour comprendre comment, dans le silence de son atelier, Cézanne a changé notre manière de regarder le monde. Une lecture ludique et passionnante de l’héritage d’un artiste qui a contribué à ouvrir en grand les portes de l’art moderne.

Cezanne et nous : Son œuvre reste un modèle vivant de réflexion sur la peinture. Plus d’un siècle après sa disparition, elle continue d’interroger les artistes et demeure l’une des références majeures de la création contemporaine.

L’exposition « Cezanne et nous » montre comment les 70 peintures de Cézanne présentées ont nourri l’imaginaire de 75 artistes, venus d’horizons et d’époques différents. Une manière de mesurer l’empreinte laissée par celui qui, dans la solitude de son atelier, allait bouleverser le regard porté sur la peinture et préparer, presque malgré lui, les grands bouleversements de la modernité.

La couleur, la composition, les sujets eux-mêmes : tout, chez Cézanne, pouvait devenir source d’inspiration pour les artistes de la fin du XIXe siècle qui cherchaient à s’affranchir des règles anciennes. Sa peinture ouvrait un espace nouveau, où la réalité ne se copiait plus mais se reconstruisait sur la toile.

L’exposition s’articule en trois parties :

  • La découverte, après les années de solitude de Paul Cézanne et la stupéfaction suscitée par ses premières toiles auprès des peintres, autour des années 1880-1890.
  • La reconnaissance, qui s’affirme notamment grâce au marchand Ambroise Vollard, puis avec le célèbre Salon d’Automne de 1907, où l’œuvre de Cézanne est enfin regardée à la mesure de son importance.
  • La consécration, lorsque Picasso et les avant-gardes du début du XXe siècle découvrent à leur tour l’œuvre du peintre d’Aix et contribuent à faire de lui celui que l’on désignera bientôt comme « le père de la modernité ».

Dans les galeries 3 et 4, l’exposition devient particulièrement démonstrative. Les œuvres dialoguent et se répondent, offrant de véritables lectures visuelles. La comparaison entre « La Montagne Sainte-Victoire » de Cézanne, peinte en 1887, et « Mont Sainte-Victoire » de Marsden Hartley, réalisé en 1927, permet ainsi de mesurer, d’un regard, la puissance de cette transmission.



Georges Braque, Pierre Bonnard ou Émile Bernard incarnent cette première génération de l’art moderne. D’autres artistes, comme Georg Baselitz, Pierre Buraglio ou Edwin Blumenfeld, témoignent de la permanence de cet héritage jusque dans l’art contemporain. D’une époque à l’autre, les formes changent, les regards se déplacent, mais la peinture de Cézanne demeure une présence souterraine, toujours prête à ressurgir.

L’héritage artistique de Paul Cézanne est celui d’un peintre déjà engagé sur le chemin de l’abstraction, d’un artiste qui regardait la modernité avant même que celle-ci ne trouve véritablement son langage. Son œuvre reste un modèle vivant de réflexion sur la peinture. Plus d’un siècle après sa disparition, elle continue d’interroger les artistes et demeure l’une des références majeures de la création contemporaine.

C’est toute la force de l’exposition : grâce à l’angle choisi, nous regardons Cézanne avec les yeux de ceux qu’il a influencés. Les 180 œuvres réunies deviennent alors autant de fragments d’une immense histoire de la peinture, où les échos, les filiations et les métamorphoses se répondent d’une salle à l’autre.

« Cezanne et nous » condense ainsi l’histoire de la peinture, de la fin du XIXe siècle jusqu’à la fin du XXe, avec une richesse esthétique et intellectuelle qui trouve au Grand Palais un écrin à sa mesure. Dans cette immense coquille parisienne, la peinture de Cézanne semble continuer de résonner, comme une question demeurée ouverte : comment regarder le monde autrement ?

Jane Hoffmann

  • Exposition : « Cezanne et nous » – Grand Palais, 17 avenue du Général Eisenhower, Paris 8e. Jusqu’au 17 janvier 2027.

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Jane Hoffmann