Toutes les musiques de We Culte. L’artiste iconoclaste ne cesse de surprendre ! Dans son nouvel album « A Drink With Burt », Chloé Mons rend un vibrant hommage à Burt Bacharach. Elle revisite avec brio son œuvre, produite et orchestrée, d’une façon très dépouillée. Avec sa voix chaude et embrasée, son Fender Rhode, porté par la guitare électrique de Yan Péchin, elle nous transporte sur une planète inconnue peuplée de tubes « Raindrops keep falling on my head », «What’s new pussycat ?», « Don’t make me over » ou encore « Walk on by » Cet ovni de onze titres, épuré et maîtrisé est un régal.
Chloé Mons : « Cet album est un disque pour ceux qui sont attirés par des créations un peu bizarres, ceux qui se laissent encore surprendre. L’art doit nous bousculer dans nos certitudes »
Comment est venue l’idée de rendre hommage à Burt Bacharach ?
Chloé Mons : Je suis cinéphile et je l’aime depuis toujours. Son répertoire est collectivement et intimement lié au cinéma, et à ma géographie musicale. J’ai pris le parti de revisiter son œuvre à l’os. Il en reste une mélodie. Est-ce la mélodie du morceau ? Je n’en suis pas sûre. En revanche, c’est l’idée que je m’en fais. C’est presque l’image mentale de la mélodie. C’est ce qui m’intéresse dans le travail de reprise car j’y trouve une certaine vérité. Je vais chercher la petite graine qui a fait surgir les morceaux.
Le disque est produit par Jean Lamoot : producteur et ingénieur du son de «Fantaisie militaire» d’Alain Bashung. Il a aussi co-produit « Des visages des figures » de Noir Désir, et plusieurs albums de Salif Keïta. Burt Bacharach semblait loin de son univers, non ?
Chloé Mons : Comme toujours, je conçois mes disques seule. J’ai pensé à Jean Lamoot car je sais qu’il effectue un travail subtil et délicat sur le son. Et je ne voulais surtout pas d’un arrangeur ou d’un producteur qui aurait rajouté des violons. Il me fallait quelqu’un qui comprenne ce geste. Il a écouté mes maquettes, faites au piano. On a joué en live avec Yann Péchin. Jean a réalisé la post-production à sa façon, en rajoutant, une cloche, un écho, … Son travail est très subtil. Mais c’est ce qui fait l’unité de l’album, à la fois cool et swing.
Votre univers est singulier. Vous aimez les pas de côté.
Chloé Mons : Oui de plus en plus. Nous sommes dans un monde du formaté, avec désormais l’intelligence artificielle. Je préfère mon monde. Un monde de niche. Je serai heureuse de réunir ceux qui aiment Burt Bacharach, ceux qui aiment le rock, le jazz, ceux qui m’aiment, et les autres. Cet album est un disque pour ceux qui sont attirés par des créations un peu bizarres, ceux qui se laissent encore surprendre. L’art doit nous bousculer dans nos certitudes. Les curieux sont les bienvenus.
Burt Bacharach représente l’époque faste d’Hollywood. Est-ce à l’opposé du dépouillement de votre disque ?
Chloé Mons : Absolument ! Ce sont les photos de Slim Aarons montrant la vie de la jet-set, sans artifice, avec piscines, diamants et manteaux de fourrure. C’est un monde opulent qui n’existe plus. Aujourd’hui, il n’y a plus un rond dans la musique. On a fait cet album avec peu. Et en 2026, ça a du sens. La mélodie et la magie sont toujours là, mais nous la faisons vivre d’une manière plus âpre et rugueuse, à l’image du monde. Et, c’est ce qui m’intéresse.
Le disque sort en vinyle. Pour quelle raison ?
Chloé Mons : S’il doit survivre quelque chose de notre ère musicale, ce sera le vinyle. Les tubes de Burt Bacharach sont sortis en vinyle, non ? Je veux rester dans la tradition.
Entretien réalisé par Christian Panvert
Chloé Mons : « A Drink With Burt » (Red And Star / Universal)
Une carrière faite de pas de côté
En 2002, Chloé Mons enregistre « Le Cantique des cantiques » avec son mari Alain Bashung. En 2006, ce sont deux disques qui paraissent : « Chienne d’un Seul » en solo, et « La Ballade de Calamity Jane », album qu’elle définit comme un « film sonore » avec Rodolphe Burger et Alain Bashung.
En 2009, après une série de concerts entre la France, les USA et l’Angleterre, où elle est seule avec son Ukulélé et ses distorsions, elle publie un nouvel opus « Par la Rivière », album où le punk embrasse la country. En 2011, elle part à Kingston dans l’État de New York pour enregistrer un disque aux influences blues et tribales « Walking » avec Malcolm Burn, producteur, et musicien canadien collaborateur de Daniel Lanois, Bob Dylan, Iggy Pop ou Emmylou Harris. Suivent un album de reprises de standards des années 50, « Il Buio » puis « Soon », à son image…rocks et aventureux. Cette même année, elle publie aux Éditions Lamartinière « Let Go », qu’elle définit comme un journal de deuil. Il sera ensuite réédité aux Éditions Mediapop en 2019.
En 2016, Elle sort son Huitième album « Alectrona » avant d’inviter quelques artistes, comme Jean-Louis Murat, à poser leurs voix sur certaines chansons d’« Hôtel de l’univers ». Elle travaille ensuite avec Alain Klingler pour la création théâtrale « Je ne suis pas narcissique » qui sera jouée au Festival d’Avignonet sera reprise à Paris au Lucernaire en 2023 pour 5 semaines.
Elle publie un second livre, « Jachère » chez Médiapop en 2020 qui ressortira en 2023 au Livre de Poche. En 2021, elle sort un nouvel album « Globe-Trotter, Ode to Bond » un ensemble de reprises de génériques de James Bond. En Octobre 2024, un troisième livre « SPACING » est sorti en librairie. Il rassemble textes et photos, aux éditions Médiapop.





