André Ceccarelli : le rythme dans la peau d’un maître de la batterie

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André Ceccarelli publie "Aux rythmes d'une vie" : l’extraordinaire parcours d’un maître de la batterie. Photo de couverture du livre.

Le Book Club de We Culte. Des thés dansants de la promenade des Anglais aux studios londoniens, des Chats Sauvages à Tina Turner, de Claude Nougaro à Dee Dee Bridgewater, André Ceccarelli a accompagné six décennies de musique. Dans « Aux rythmes d’une vie », le batteur niçois se livre à Daniel Dumoulin et raconte son parcours où se croisent chanson, rock, variété, jazz et musiques de film, au fil de quelque 14 000 concerts et enregistrements.

André Ceccarelli : « Aux rythmes d’une vie » raconte cette formidable odyssée avec la voix d’un musicien qui, derrière ses fûts, aura passé sa vie à accompagner les autres avant de devenir, à son tour, l’un des grands noms de la batterie française.


Il existe des musiciens dont la carrière se lit comme une histoire de la musique. Elle peut aussi être une mémoire. Celle d’André Ceccarelli, né à Nice en 1946, conserve les traces de six décennies de musique française et internationale.

Depuis les années 1960, ses baguettes ont accompagné les métamorphoses de la chanson française, du rock, de la variété, du jazz et des musiques de films.

« Dédé », comme l’appellent affectueusement ses confrères, a joué avec presque tout ce que la musique compte de noms célèbres. Une présence discrète, mais essentielle, dont les chiffres donnent le vertige : quelque 14 000 concerts et enregistrements et une participation à près de 3 000 albums, comme sideman ou comme leader.

« Aux rythmes d’une vie », ouvrage d’entretiens avec Daniel Dumoulin, raconte cette traversée sans chercher à transformer le batteur en héros solitaire. Ceccarelli y apparaît plutôt comme un musicien de l’écoute, un homme qui a fait de l’accompagnement un art.
 
Tout commence à Nice, en 1946. Son père est lui-même batteur et travaille dans les orchestres des casinos de la Côté d’Azur et des villes thermales.

À 14 ans, André s’installe derrière une batterie pour accompagner des thés dansants à l’hôtel Royal, sur la promenade des Anglais. Deux ans plus tard, une audition lui ouvre les portes de Paris. Sur les conseils de son père, il rejoint les Chats Sauvages, le groupe de rock et de twist de Dick Rivers. Le contraste est brutal.

Le jeune Niçois découvre une capitale moins glamour que la Riviera. Entre les hôtel miteux, les petits cachets et les journées où l’on ne mange pas toujours à sa faim, les débuts sont difficiles. Mais cette première expérience forge le musicien. Il apprend le métier.

De Claude François, aux Champions en passant par l’orchestre d’Aimé Barelli au Sporting de Monte-Carlo, les engagements s’enchaînent. Vient ensuite l’Italie, où il accompagne notamment Rocky Roberts et multiplie les concerts de Rome à Milan, de Gênes à Turin.

À 24 ans, retour à Paris. Commence alors une décennie vertigineuse consacrée à la variété française. Eddy Mitchell, Michel Berger, Johnny Hallyday, Claude Nougaro, Michel Jonasz, Nicole Croisille, Diane Dufresne, Charles Aznavour, Serge Lama, Georges Moustaki, Alain Souchon, Bernard Lavilliers, France Gall… …

Les séances s’enchaînent à un rythme effréné. À l’époque, raconte-t-il avec amusement, il n’y a même pas de téléphone à son domicile, c’est le café situé en face de son appartement qui fait office de bureau et de standard téléphonique.



On y laisse les messages, les convocations pour les séances, les propositions de tournées. Il se souvient aussi de sa première séance avec Mireille Mathieu. Il arrive avec sa batterie sous le bras, découvre les partitions posées sur le pupitre et, quelques secondes plus tard, tout commence. Pas de longue répétition : « Trois, quatre… et la musique démarre ».  Il faut savoir déchiffrer à vue, écouter, anticiper, comprendre immédiatement ce que réclame une chanson.

La virtuosité ne suffit pas, il faut être au service de la musique, trouver le geste juste.  Les stars françaises et internationales ne tardent pas à croiser ses baguettes. Michel Legrand, Ray Charles, Tina Turner, Aretha Franklin… Il enchaîne les séances, les tournées et les musiques de films jusqu’au jour où le corps impose une pause.

Ce « break-down » devient un tournant. Lorsqu’il reprend ses baguettes, il ne veut plus courir après les séances. Il entend choisir sa musique, ses partenaires et son rythme de vie. Le jazz, déjà présent dans son parcours, devient son territoire privilégié.

Dee Dee Bridgewater, Michel Portal, Martial Solal, Sylvain Luc, Didier Lockwood, Biréli Lagrène, Stefano Di Battista, Laurent Coulondre, Baptiste Herbin ou Sophie Alour deviennent ses compagnons de route.

Il intègre en parallèle  l’Orchestre national de jazz et s’affirme progressivement comme leader. En 1993, son album « Hat Snatcher » lui vaut une Victoire du jazz.

En 2011, une nouvelle Victoire du jazz vient saluer l’ensemble de sa carrière. L’intérêt de ce livre tient aussi à ce qu’il ne se réduit pas à une autobiographie. La deuxième partie s’attarde sur ce qui constitue le cœur du métier. Il évoque le travail de l’instrument, le choix du matériel, la relation avec les bassistes, l’importance du tempo, de l’écoute, de l’interaction et de l’improvisation.

C’est avant tout l’art de servir la musique plutôt que de se mettre en avant. Ceccarelli parle de ses rencontres avec Chick Corea, Brad Mehldau ou Michel Legrand, mais aussi les musiciens avec lesquels il a construit de puissantes assises rythmiques, de Ron Carter à Henri Texier en passant par Jannick Top.

Et puis il y a les souvenirs plus intimes : la tournée avec son père, son frère et son fils au sein de la Ceccarelli’s Family, ou encore l’enregistrement de « La Note bleue » de Claude Nougaro, marqué par la maladie du chanteur. Il en parle comme d’un moment « très particulier », chargé d’amitié, de nostalgie et de tristesse.

Pour compléter ce récit, Daniel Dumoulin propose une sélection commentée de cinquante albums : de Troc à « Starmania », de Martial Solal à Michel Portal, d’Aretha Franklin à Dee Dee Bridgewater, de « West Side Story » à « Carte blanche », jusqu’à « Le Coq et la Pendule », hommage à Nougaro, et « Django », enregistré avec Baptiste Herbin.
 
De Nice aux plus grands studios, de la variété au jazz, André Ceccarelli aura traversé les époques sans jamais perdre le fil rythmique. Celui d’une musique fondée sur l’écoute, la curiosité et le partage.

« Aux rythmes d’une vie » raconte cette formidable odyssée avec la voix d’un musicien qui, derrière ses fûts, aura passé sa vie à accompagner les autres avant de devenir, à son tour, l’un des grands noms de la batterie française.
 
Jean-Christophe Mary
 
André Ceccarelli « Aux Rytmes d’une vie ». Edition Du Layeur -Collection Music Land -240 pages.

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Jean-Christophe Mary